Le Royaume du Divin Fiat chez les créatures
Le Livre du Ciel
Tome 3
Appel des créatures à revenir à la place, au rang
et au but
pour lesquels elles ont été créées par
Dieu
Luisa Piccarreta
La Petite Fille de la Divine Volonté
1er novembre 1899
Alors que j'étais dans mon état habituel, je me suis
soudainement trouvée hors de mon corps, à l'intérieur
d'une église. Là, il y avait un prêtre qui célébrait
le Sacrifice divin. Il pleurait amèrement et disait: «La colonne
de mon Église n'a pas d'endroit où se reposer!»
Pendant qu'il disait cela, j'ai vu une colonne dont le sommet touchait
le ciel. À la base de cette colonne, se trouvaient des prêtres,
des évêques, des cardinaux et d'autres dignitaires. Ils soutenaient
la colonne. J'observais de très près. À ma surprise,
j'ai vu que, parmi ces personnes, l'une était très faible,
une autre à moitié putréfiée, une autre infirme,
une autre couverte de boue. Très peu étaient en condition
pour soutenir la colonne. En conséquence, cette pauvre colonne vacillait.
Elle ne pouvait rester ferme à cause des coups qu'elle recevait
au bas.
À son sommet se tenait le Saint-Père qui, avec des chaînes
d'or et des rayons émanant de toute sa personne, faisait tout ce
qu'il pouvait pour stabiliser la colonne et pour attacher et éclairer
les personnes qui se trouvaient plus bas (bien que quelques-unes s'échappaient
pour être plus libres de pourrir ou de devenir plus boueuses). Il
s'efforçait aussi d'attacher et d'éclairer le monde entier.
Comme je regardais tout cela, le prêtre qui célébrait
la messe (je pense que c'était Notre-Seigneur, mais je n'en suis
pas sûre) m'appela près de lui et me dit:
«Ma fille, regarde dans quel piteux état se trouve mon
Église! Ces personnes mêmes qui devraient la soutenir, la
démolissent. Ils la frappent et vont jusqu'à la diffamer.
Le seul remède pour moi est de faire couler beaucoup de Sang pour
en former comme un bain afin de pouvoir laver cette boue putride et guérir
ces blessures profondes. Lorsque, par ce Sang, ces personnes seront guéries,
fortifiées et belles, elles pourront être des instruments
capables de maintenir mon Église stable et ferme.» Et il ajouta:
«Je t'ai appelée pour te demander si tu veux être une
victime et, ainsi, être une tutrice pour supporter cette colonne
en ces temps si incorrigibles.»
En premier lieu, j'ai senti un frisson me traverser, car j'avais peur
de ne pas avoir la force. Ensuite, je me suis offerte et je me suis vue
entourée de plusieurs saints, anges et âmes du purgatoire
qui, avec des fouets et d'autres instruments, me tourmentaient. Au début,
j'ai eu peur. Par la suite, plus je souffrais, plus mon désir de
souffrir augmentait, et je goûtais la souffrance comme un très
doux nectar. Et il me vint cette pensée: «Qui sait? Peut-être
que ces douleurs seront un moyen de consumer ma vie et de m'amener à
prendre mon dernier envol vers mon unique Bien!»
Mais après avoir subi de dures souffrances, j'ai vu, à
mon grand regret, que ces souffrances ne consumaient pas ma vie. Ô
Dieu, quelle douleur de constater que cette fragile chair m'empêche
de m'unir à mon éternel Bien!
Puis j'ai vu un massacre sanglant sur les gens qui étaient au
bas de la colonne. Quelle horrible catastrophe! Ceux qui ne furent pas
victimes étaient très peu nombreux. L'audace des ennemis
alla aussi loin que de tenter de tuer le Saint-Père!
Ensuite, il me sembla que ce sang versé et ces victimes constituaient
le moyen de rendre forts ceux qui restaient, de telle manière qu'ils
devinrent aptes à soutenir la colonne sans qu'elle vacille. Ah!
que d'heureux jours se levèrent par la suite! Des jours de triomphe
et de paix. La face de la terre sembla renouvelée. La colonne acquit
son lustre et sa splendeur première. À distance, je salue
ces heureux jours qui vont donner tant de gloire à l'Église
et tant d'honneur à ce Dieu qui en est la tête!
3 novembre 1899
Ce matin, mon aimable Jésus vint et me transporta hors de mon
corps à l'intérieur d'une église, puis il me laissa
là, seule. Me trouvant en présence du Très Saint Sacrement,
je fis mon adoration coutumière. Ce faisant, j'étais tout
yeux pour voir si je n'apercevrais pas mon doux Jésus. Justement,
je l'ai vu sur l'autel sous la forme d'un enfant qui m'appelait de ses
gracieuses petites Mains. Qui aurait pu décrire mon contentement?
J'ai volé vers lui et, sans autre pensée, je l'ai serré
dans mes bras et je l'ai embrassé.
Mais pendant ces simples gestes, il prit un aspect sérieux,
me montra qu'il n'appréciait pas mes baisers et commença
à me repousser. Cependant, ne prêtant pas attention à
cela, je continuai et lui dis: «Mon cher Amour, l'autre jour tu voulus
te manifester à moi avec des baisers et des embrassades et je t'ai
accordé toute liberté. Aujourd'hui, c'est moi qui veux me
manifester à toi. Ah! accorde-moi la liberté de le faire!»
Cependant, il continuait de me repousser. Voyant que je ne cessais
pas, il disparut. Qui pourrait dire combien je fus mortifiée et
anxieuse quand je me suis retrouvée en mon corps? Un peu plus tard,
il revint. Comme je désirais lui demander pardon pour mes impertinences,
il me pardonna en me manifestant sa tendresse. Il me dit en m'embrassant:
«Délice de mon coeur, ma Divinité habite en toi continuellement.
Comme tu inventes de nouvelles choses pour faire mes délices, ainsi
je veux faire envers toi.» Ainsi, j'ai compris que c'était
une blague qu'il m'avait faite.
4 novembre 1899
Mon Jésus ne s'étant pas présenté ce matin,
le démon a essayé de se montrer à moi en prenant l'aspect
de Jésus. N'ayant pas perçu les effets habituels, j'ai commencé
à avoir des doutes. Je me suis signée, puis j'ai tracé
le signe de la croix sur lui. Se voyant signé, le démon trembla.
Je l'ai immédiatement repoussé, sans le regarder.
Un peu plus tard, mon cher Jésus vint. Mais, ayant peur que
ce soit encore l'esprit malin, j'ai essayé de le repousser en invoquant
l'aide de Jésus et de Marie. Pour me rassurer, Jésus me dit:
«Ma fille, pour détecter si c'est moi ou non, ton attention
doit se porter sur les effets intérieurs que tu ressens, en te demandant
s'ils te poussent à la vertu ou au vice car, étant vertu,
ma Nature ne peut communiquer à mes enfants rien d'autre que des
choses vertueuses.»
6 novembre 1899
Mon adorable Jésus me transporta hors de mon corps et me montra
des rues remplies de chair humaine. Quel carnage! Je suis horrifiée
rien que d'y penser. Il me montra quelque chose qui était arrivé
dans les airs; beaucoup moururent soudainement. Cela se passait dans le
mois de mars.
Selon mon habitude, je l'ai prié de garder son calme et de protéger
ses propres images de tourments si cruels et de guerres si sanglantes.
Comme il portait sa couronne d'épines, je la lui ai prise et l'ai
placée sur ma propre tête, dans le but de l'apaiser. Mais,
à mon grand chagrin, j'ai vu que presque toutes les épines
étaient restées cassées sur sa Tête très
sainte, de sorte qu'il n'en restait que très peu pour me faire souffrir.
Jésus se montra sévère, sans presque m'accorder
d'attention. Il me ramena dans mon lit, et je me suis vue les bras étendus
et souffrant les douleurs de la crucifixion. Il prit mes bras, les croisa
et les attacha avec une petite corde dorée. Sans chercher à
comprendre la signification de cela, et pour briser son air sévère,
je lui dis: «Mon très doux Amour, je t'offre les gestes de
mon corps, gestes que toi-même as faits, et tous les autres gestes
que je pourrai faire dans le seul but de te plaire et de te glorifier.
Ah oui! je désire que les mouvements de mes paupières, de
mes lèvres et de tout mon être soient faits uniquement pour
te plaire! Accorde, ô bon Jésus, que tous mes os et mes nerfs
témoignent continuellement de mon amour pour toi!»
Il me dit: «Tout ce qui est fait dans le but de me plaire uniquement
brille tellement devant moi qu'il attire mon divin Regard. J'aime tant
ces actes, même si ce n'est que de bouger une paupière, que
je leur donne la valeur qu'ils auraient si je les faisais moi-même.
Au contraire, les actes bons en eux-mêmes, et même grands,
qui ne sont pas faits pour moi seul, sont comme des ors rouillés,
éclaboussés, qui ne brillent pas; je ne leur accorde même
pas un regard!»
Alors je dis: «Ah! Seigneur! Comme il est facile à la
poussière de souiller nos actions!» Et Jésus reprit:
«On ne doit pas remarquer la poussière car elle sera secouée.
Ce qu'on doit remarquer, c'est l'intention.»
Pendant qu'il disait cela, Jésus attacha mes bras. Je lui dis:
«Ô Seigneur, que fais-tu?» Il répondit: «Je
fais cela parce que, lorsque tu es dans la position de la crucifixion,
tu m'apaises. Et comme je veux châtier les personnes, je t'attache
ainsi les bras.» Ayant dit cela, il disparut.
10 novembre 1899
Pendant plusieurs jours, je fus en opposition avec Jésus parce
que je lui demandais d'être libérée et qu'il ne le
voulait pas. Tantôt il se montrait endormi, tantôt il m'imposait
le silence. Ce matin, mon confesseur me commanda plus d'une fois de demander
à Jésus de me libérer. Mais Jésus ne faisait
pas attention.
Contrainte par l'obéissance, je dis à Jésus: «Mon
aimable Jésus, quand as-tu contrevenu à l'obéissance?
Ce n'est pas moi qui veux être libérée, c'est le confesseur
qui veut que tu cesses de me faire souffrir la crucifixion. Condescends
donc à cette vertu d'obéissance si prédominante chez
toi, cette vertu qui tissa ta Vie toute entière et qui te conduisit
à ton Sacrifice sur la Croix.»
Jésus répondit: «Tu veux vraiment me faire violence
en te prévalant de l'anneau de l'obéissance, celui qui a
uni mon Humanité à ma Divinité!» Comme il disait
cela, il prit l'aspect du Crucifié et il partagea avec moi les douleurs
de la crucifixion. Que le Seigneur soit toujours béni et que tout
soit fait pour sa Gloire!
Puis je me sentis comme libérée.
11 novembre 1899
Alors que j'étais dans mon état habituel, je me trouvai
subitement hors de mon corps et il me sembla que je circulais partout sur
la terre. Oh! comme elle était inondée d'iniquités.
C'était horrible à voir!
À un endroit, je trouvai un prêtre menant une vie sainte
et, à un autre, une vierge dont la vie était sainte et sans
faute. Tous les trois avons échangé sur les nombreux châtiments
que le Seigneur inflige et sur les nombreux autres qu'il s'apprête
à infliger. Je leur dis: «Que faites-vous? Êtes-vous
ajustés à la Justice divine?»
Ils me répondirent: «Nous sommes conscients de toute la
gravité de ces tristes temps et de ce que l'homme ne se rendra pas,
même si un apôtre était suscité ou si le Seigneur
envoyait un autre saint Vincent Ferrier qui, par des miracles et de grands
signes, essayait de l'amener à la conversion. L'homme a atteint
une telle obstination et un tel degré d'insanité que même
des miracles ne le feraient pas bouger de son incrédulité.
Ainsi, par stricte nécessité, pour le bien de l'homme, pour
endiguer cette mer pourrie qui inonde la terre, et pour la gloire de notre
Dieu si outragé, l'humanité est confrontée à
la Justice. Nous ne pouvons que prier et nous offrir comme victimes pour
que ces châtiments amènent la conversion des peuples.»
Et ils ajoutèrent: «Et toi, que fais-tu? N'es-tu pas ajustée
à la Justice divine comme nous?» Ce à quoi je répondis:
«Ah non! je ne le peux pas. L'obéissance m'en empêche,
bien que Jésus l'aimerait bien. Et comme l'obéissance doit
prévaloir par-dessus tout, il est nécessaire pour moi d'être
en opposition avec Jésus béni, ce qui m'afflige beaucoup.»
Ils reprirent: «Il faut se conformer à l'obéissance.»
Après cela, je revins en mon corps alors même que je n'avais
pas encore vu mon très cher Jésus. Je voulus savoir de quelle
partie du monde ce prêtre et cette vierge étaient. Jésus
me dit qu'ils étaient du Pérou.
12 novembre 1899
Ce matin, mon aimable Jésus vint et me transporta hors de mon
corps. Et j'ai vu quelque chose qui allait être déplacé
du ciel pour toucher la terre. J'étais si effrayée que j'ai
crié en disant: «Ah! que fais-tu Seigneur? Quelle destruction
surviendra si cela arrive! Tu dis que tu m'aimes et tu veux m'effrayer?
Ne fais pas cela! Non, non! Tu ne peux pas faire cela! Je ne le veux pas!»
Compatissant, Jésus me dit: «Ma fille, n'aie pas peur!
Quand donc accepteras-tu que je fasse quelque chose? Faudrait-il que je
ne te laisse rien voir quand je châtie les gens? Je vais fortifier
ton coeur comme un tronc d'arbre afin que tu sois capable de supporter
ce que tu vois.»
À ce moment, il sortit de mon coeur comme un tronc d'arbre.
Au sommet, il y avait deux branches qui formaient comme une fourche. L'une
des branches s'éleva dans les airs et s'empara de ce qui se déplaçait.
Ainsi, la chose fut arrêtée. L'autre branche semblait toucher
le sol.
Ensuite, je revins en mon corps. J'ai prié Jésus de s'apaiser.
Il me sembla s'être si bien rendu à ma demande qu'il me partagea
les douleurs de la Croix. Puis il disparut.
13 novembre 1899
Ce matin, mon adorable Jésus semblait agité. Il ne faisait
qu'aller et venir. À un moment, il restait avec moi. Au moment d'après,
comme attiré par son ardent Amour envers les créatures, il
allait voir ce qu'elles faisaient. Il sympathisait beaucoup avec elles
sur ce qu'elles souffraient, à tel point qu'il était pris
par leurs souffrances plus qu'elles-mêmes.
Plusieurs fois, par ses pouvoirs sacerdotaux, mon confesseur contraignit
Jésus à me faire souffrir ses douleurs afin qu'il soit apaisé
par mes souffrances. Quoique Jésus semblait ne pas vouloir être
apaisé, il devenait reconnaissant par la suite et, de bon coeur,
remerciait le prêtre de s'être occupé d'arrêter
son Bras vengeur. Il me faisait partager une souffrance, puis une autre.
Oh! qu'il était émouvant de le voir dans cet état!
Cela brisait mon coeur de compassion. Plusieurs fois il me dit:
«Conforme-toi à ma Justice, car je ne peux plus la retenir.
Ah! l'homme est trop ingrat! De tous côtés, il me contraint
à le châtier; il m'arrache lui-même les châtiments
des mains. Si tu savais comme je souffre quand je déploie ma Justice.
Mais c'est l'homme lui-même qui me force. Par le fait que j'ai acheté
sa liberté au prix de mon Sang, il devrait m'être reconnaissant.
Mais, au contraire, pour me faire un plus grand mal, il invente de nouvelles
manières de rendre mon Sang inutile.»
Pendant qu'il disait cela, il pleurait amèrement. Pour le consoler,
je lui dis: «Mon doux Bien, ne t'afflige pas. Je vois que ton affliction
est davantage reliée à la nécessité que tu
ressens de châtier les gens. Ah non! Puisse-t-il n'en jamais être
ainsi. Puisque tu es tout pour moi, je veux être tout pour toi. En
conséquence, envoie tes châtiments sur moi. Je suis une victime
toujours à ta disposition. Tu peux me faire souffrir tout ce que
tu voudras. Ainsi, ta Justice sera apaisée de quelques degrés
et tu seras réconforté dans les afflictions que tu ressens
en voyant souffrir les créatures. J'ai toujours été
contre l'application de ta Justice car, lorsque l'homme souffre, tu souffres
plus que lui.»
17 novembre 1899
Mon aimable Jésus continuait à se montrer affligé.
Ce matin, notre Reine Maman vint avec lui. Il me sembla qu'elle m'amenait
Jésus pour que je l'apaise et qu'avec elle je le prie de me faire
souffrir pour sauver les gens. Il me dit que ces jours derniers, si je
ne m'étais pas interposée pour empêcher l'application
de sa Justice, et si le confesseur n'avait pas usé de ses pouvoirs
sacerdotaux pour lui demander de me faire souffrir, conformément
à ses intentions, plusieurs catastrophes seraient arrivées.
À cet instant, j'ai vu le confesseur et j'ai immédiatement
prié Jésus et la Reine Mère pour lui. Tout tendre,
Jésus dit: «Dans la mesure où il prendra soin de mes
intérêts en me priant et en s'engageant à renouveler
les autorisations pour que je puisse te faire souffrir dans le but d'épargner
les gens, alors je prendrai soin de lui et je l'épargnerai. Je suis
prêt à faire cet arrangement avec lui.»
Après cela, je regardai mon doux Bien. J'ai vu qu'il tenait
deux éclairs dans ses Mains. L'une représentait un grand
tremblement de terre et l'autre, une guerre accompagnée de beaucoup
de morts subites et de maladies contagieuses. Je l'ai prié pour
qu'il verse sur moi ces éclairs; je voulais presque les prendre
de ses Mains. Mais, pour m'empêcher de les prendre, il s'éloigna
de moi. J'ai essayé de le suivre et, ainsi, je me suis retrouvée
hors de mon corps. Jésus disparut et je restai seule.
Alors, je suis allée faire un tour et je me suis retrouvée
dans des endroits où c'était la saison des récoltes.
Il semblait qu'il y avait là des bruits de guerre. Je voulais m'y
rendre pour aider les personnes, mais les démons m'empêchaient
d'aller où ces choses étaient sur le point d'arriver. Ils
me frappaient pour m'empêcher d'aider les gens. Il usèrent
de tant de violence qu'ils me forcèrent à reculer.
19 novembre 1899
Mon adorable Jésus vint. Avant son arrivée, mon esprit
pensait à certaines choses qu'il m'avait dites dans les années
passées (et dont je ne me souvenais plus très bien). Un peu
pour me les rappeler, il me dit: «Ma fille, l'orgueil ronge la grâce.
Dans le coeur des orgueilleux, il n'y a que le vide rempli de fumée,
ce qui produit l'aveuglement. L'orgueil fait d'une personne sa propre idole.
L'orgueilleux n'a pas son Dieu en lui-même; par le péché,
il le détruit dans son coeur. En érigeant un autel dans son
coeur, il se place au-dessus de Dieu et il s'adore.»
Ô Dieu, quel abominable monstre est ce vice! Il me semble que
si l'âme était attentive à ne pas le laisser entrer
en elle, elle serait libre de tout autre vice. Mais si, pour sa plus grande
infortune, elle se laisse dominer par cette monstrueuse mère, celle-ci
donne naissance à tous ses enfants ingouvernables que sont les autres
péchés. Ô Seigneur, préserve-moi de l'orgueil!
21 novembre 1899
Ce matin, mon très aimable Jésus venait tout juste d'arriver
quand il m'a dit: «Ma fille, tout ton plaisir doit être de
te regarder en moi. Si tu fais toujours cela, tu attireras en toi toutes
mes qualités, ma physionomie et mes traits. En échange, mon
plaisir et mon plus grand contentement seront de me regarder en toi.»
Ayant dit cela, il disparut. Alors que je réfléchissais
à ce qu'il venait de me dire, il revint soudain. Mettant sa sainte
Main sur ma tête, il tourna ma face vers la sienne et ajouta: «Aujourd'hui,
je veux me réjouir un peu en me regardant en toi.»
Ainsi, dans un grand frisson, je revis toute ma vie. Une telle terreur
s'empara de moi que je me sentis mourir, car je vis qu'il me regardait
très intensément, se regardant en moi, désirant se
réjouir dans mes pensées, mes regards, mes paroles et tout
le reste. Je me suis dit en mon intérieur: «Ô Dieu,
est-ce que je te réjouis ou est-ce que je t'aigris?».
À ce moment, notre chère Reine Maman vint à mon
aide. Tenant une robe très blanche dans ses Mains, elle me dit avec
beaucoup d'amabilité: «Ma fille n'aie pas peur. Je veux t'habiller
de mon Innocence. De cette manière, se regardant en toi, mon cher
Fils trouvera en toi les plus grandes délices que l'on puisse trouver
chez une créature humaine.»
Elle m'habilla avec cette robe et me présenta à mon cher
Bien en lui disant: «Mon cher Fils, accepte-la à cause de
moi, et réjouis-toi en elle.» Toutes mes peurs me laissèrent
et Jésus se réjouit en moi et moi en lui.
24 novembre 1899
Ce matin, mon doux Jésus vint et me transporta hors de mon corps.
Le voyant rempli d'amertume, je l'ai supplié de verser cette amertume
en moi. Mais, même si je l'ai beaucoup prié, je n'arrivais
pas à obtenir qu'il le fasse. Cependant, ma respiration devint amère,
puisque je m'étais approchée de sa Bouche pour recevoir son
amertume.
Pendant ce temps, j'ai vu un prêtre qui mourait. Je n'étais
par sûre de son identité, compte tenu de ce que j'avais une
intention de prière pour un prêtre malade. Je ne pouvais pas
savoir si c'était lui ou un autre. Et j'ai dit à Jésus:
«Seigneur, que fais-tu? Ne vois-tu pas le manque de prêtres
qu'il y a dans Corato pour que tu veuilles nous en prendre un autre!»
Sans faire attention à moi et avec une main menaçante,
Jésus dit: «Je les détruirai! J'en détruirai
encore plus!»
26 novembre 1899
Pendant que j'étais très souffrante, mon aimable Jésus
vint. Il mit son Bras derrière mon cou comme pour me soutenir. Étant
tout près de lui, j'ai voulu adorer ses saints Membres, en commençant
par sa très sainte Tête. À ce moment, il me dit: «Ma
bien-aimée, j'ai soif. Laisse-moi étancher ma soif dans ton
amour, car je ne peux plus me retenir.» Alors, prenant l'aspect d'un
enfant, il se plaça dans mes bras, commença à se nourrir,
et sembla même prendre un très grand plaisir à cela.
Il en fut complètement rafraîchi et désaltéré.
Ensuite, voulant presque jouer avec moi, il traversa mon coeur de part
en part avec une lance qu'il tenait dans sa Main. J'en ai ressenti une
douleur très grande, mais j'étais très contente de
souffrir, spécialement parce que c'était par les Mains de
mon seul et unique Bien! Je l'ai invité à me faire souffrir
par de plus grandes déchirures encore car, de là, provenait
le plaisir et la douceur que je goûtais.
Pour me rendre plus heureuse, Jésus déchira mon coeur,
le prit dans ses Mains et, avec la même lance, le coupa au milieu
et y trouva une croix très blanche et resplendissante. La prenant
dans ses Mains, il se réjouit grandement et me dit: «L'amour
et la pureté avec lesquels tu as souffert ont produit cette croix.
Je me réjouis beaucoup de la manière dont tu souffres; non
seulement moi, mais aussi le Père et le Saint-Esprit.»
En un instant, j'ai vu les trois Personnes divines qui, m'entourant,
se réjouissaient en regardant cette croix. Mais je me suis plainte
en disant: «Grand Dieu, ma souffrance est trop petite; je ne suis
pas contente avec seulement la croix, je veux aussi les épines et
les clous; et si je ne les mérite pas parce que je suis indigne
et pécheresse, vous pouvez certainement me donner les dispositions
pour que je les mérite.»
M'envoyant un rayon de lumière intellectuelle, Jésus
me fit comprendre qu'il voulait que je confesse mes péchés.
Je me suis sentie presque anéantie devant les trois Personnes divines,
mais l'Humanité de Notre-Seigneur infusa en moi la confiance. Me
tournant vers lui, j'ai dit le confiteor puis j'ai commencé à
confesser de mes péchés. Comme je me trouvais toute plongée
dans mes misères, une voix vint du milieu d'eux et me dit: «Nous
te pardonnons. Ne pèche plus.»
J'ai cru que j'allais recevoir l'absolution de Notre-Seigneur mais,
le moment venu, il disparut. Un peu plus tard, il revint sous la forme
du Crucifié et partagea avec moi les douleurs de la Croix.
27 novembre 1899
Ce matin, mon cher Jésus n'est pas venu. Après beaucoup
de difficultés, je l'ai à peine entrevu. Pour me plaindre
de son retard, je lui ai dit: «Seigneur béni, pourquoi as-tu
tant tardé? Peut-être as-tu oublié que je ne peux être
sans toi? Aurais-je perdu ta grâce, pour que tu ne viennes plus?»
Interrompant mon discours plaintif, il me dit: «Ma fille, sais-tu
ce que fait ma grâce? Ma grâce rend heureux les âmes
qui ont la vision béatifique de même que les voyageurs sur
la terre, avec cette différence: les âmes qui ont la vision
béatifique jouissent et se réjouissent elles-mêmes
et les voyageurs sur la terre travaillent à ma promotion. Celui
qui possède la grâce porte en lui le Paradis, car posséder
la grâce n'est rien d'autre que de me posséder. Et puisque
moi seul suis l'objet enchanteur qui enchante tout le Paradis et qui forme
tout le bonheur des bienheureux, en possédant la grâce, l'âme
possède son Paradis où qu'elle soit.»
28 novembre 1899
Mon délicieux Jésus vint, plein d'affabilité.
Il était comme un ami intime qui fait beaucoup de compliments à
son ami et lui témoigne son amour. Les premiers mots qu'il me dit
furent: «Ma bien-aimée, si tu savais seulement combien je
t'aime! Je me sens puissamment attiré à t'aimer. Mes simples
délais à venir me demandent beaucoup d'efforts et sont de
nouvelles raisons qui me font venir te remplir de grâces nouvelles
et de charismes célestes. Si tu pouvais comprendre combien je t'aime,
ton propre amour te paraîtrait comme imperceptible comparativement
au mien.»
Je lui dis: «Mon doux Jésus, ce que tu dis est vrai, mais
moi aussi je t'aime beaucoup. Et si tu dis que mon amour comparé
au tien est à peine perceptible, c'est parce que ta Puissance est
sans limite et la mienne très limitée. Je ne peux faire que
ce qui m'est donné par toi. Ceci est tellement vrai que lorsque
me vient le désir de souffrir davantage pour mieux te témoigner
le grand amour que j'ai pour toi, si tu ne me concèdes pas de souffrir,
cela n'est pas en mon pouvoir et je suis contrainte à me résigner
à être inutile, comme je l'ai toujours été par
moi-même. La souffrance est en ton Pouvoir. Quelle que soit la manière
que tu veuilles utiliser pour me manifester ton Amour, tu peux le faire
quand tu le veux. Mon Bien-aimé, donne-moi le même pouvoir
que toi et je te montrerai ce que je sais faire pour te manifester mon
amour. Dans la mesure où tu me donnes ton Amour, dans la même
mesure je te donnerai le mien.»
Il écoutait avec grand plaisir mes paroles insensées
et, presque pour me mettre à l'épreuve, il me transporta
hors de mon corps à l'entrée d'un endroit profond, noir et
plein de feu liquide (la simple vue de cet endroit me causait horreur et
frayeur). Il me dit: «Voici le purgatoire où sont rassemblées
de nombreuses âmes. Tu iras dans cet endroit pour souffrir et libérer
ces âmes qui me plaisent; tu le feras par amour pour moi.»
Un peu en tremblant, je lui dis: «Pour ton Amour, je suis prête
à tout; mais tu dois venir avec moi parce que, si tu me laisses,
je ne serai pas capable de te trouver et tu me feras beaucoup pleurer.»
Il répondit: «Si je vais avec toi, que sera ton purgatoire?
Avec ma présence, tes douleurs seront changées en joies et
en contentements.» Je lui dis: «Je ne veux pas y aller seule.
Nous irons dans ce feu ensemble, tu seras derrière moi; ainsi je
ne te verrai pas et j'accepterai cette souffrance.»
J'allai donc dans ce lieu rempli de denses ténèbres.
Il se mit derrière moi. Effrayée qu'il puisse me laisser,
je pris ses Mains et je les tenais pressées dans mon dos. Qui pourrait
décrire les douleurs que ces âmes souffrent? Elles sont certainement
inexplicables à des personnes vêtues de chair humaine. Par
ma présence dans ce feu, ces douleurs furent amoindries et les ténèbres
furent dissipées. Beaucoup d'âmes sortirent, et les autres
furent soulagées. Après avoir été là
pendant environ un quart d'heure, nous quittâmes.
Cependant, Jésus gémissait beaucoup. Je lui dis: «Dis-moi,
mon Bien, pourquoi gémis-tu? Ma chère Vie, j'en suis peut-être
la cause; c'est peut-être parce que je ne voulais pas aller dans
cet endroit de douleurs? Dis-moi, dis-moi, as-tu beaucoup souffert en voyant
souffrir ces âmes? Que ressens-tu?»
Il me répondit: «Ma bien-aimée, je me sens tout
rempli d'amertume, si bien que je ne peux plus les contenir; je suis près
de les verser sur la terre.» Je lui dis: «Non, non, mon doux
Amour, tu les verseras sur moi, ne veux-tu pas?» Je me suis donc
approchée près de sa Bouche et il versa dans la mienne une
liqueur très amère et en telle abondance que je ne pouvais
la contenir. Je le priai pour qu'il me donne la force de la garder. Autrement,
j'aurais fait ce que je ne voulais pas qu'il fasse, c'est-à-dire
que je l'aurais versée sur la terre et j'aurais beaucoup regretté
d'avoir fait cela.
Il semble qu'il me donna la force, même si les souffrances étaient
si grandes que je me sentais faiblir. Me prenant dans ses Bras, Jésus
me soutint et me dit: «Avec toi, on doit nécessairement se
soumettre. Tu deviens si importune que je me sens obligé de te contenter.»
30 novembre 1899
Mon adorable Jésus vint comme à l'accoutumée.
Cette fois, je l'ai vu quand il était à la colonne. Se détachant
par lui-même, il se jeta dans mes bras pour être pris en pitié.
Je l'ai pressé sur moi et j'ai commencé à sécher
et à placer ses Cheveux tout encroûtés de Sang. Je
les baisais, de même que ses Yeux et sa Face, et je faisais des actes
variés de réparation. Quand j'arrivai à ses Mains
et que je lui enlevai la chaîne, avec grand étonnement, j'ai
remarqué que, même si la Tête était celle de
Jésus, les membres étaient de beaucoup d'autres personnes,
religieuses spécialement. Oh! combien étaient nombreux les
membres infectés donnant plus de ténèbres que de lumière!
Sur la gauche étaient ceux qui faisaient souffrir le plus Jésus.
Il y avait là des membres malades, pleins de blessures profondes
remplies de vers, et d'autres qui étaient rattachés à
ce corps à peine par un nerf. Ah! comme cette Tête divine
souffrait et vacillait au-dessus de ces membres! Sur le côté
droit se tenaient ceux qui étaient mieux, c'est-à-dire, les
membres sains, resplendissants, couverts de fleurs et de rosée céleste,
et dégageant de délicieuses odeurs.
La Tête divine, au-dessus des membres, souffrait beaucoup. C'est
vrai qu'il y avait des membres resplendissants qui étaient comme
de la lumière pour la Tête, qui la ravivaient et lui donnaient
une très grande gloire, mais le plus grand nombre étaient
des membres infectés.
Ouvrant sa très douce Bouche, Jésus me dit: «Ma
fille, combien de douleurs ces membres me donnent! Ce corps que tu vois
est le corps mystique de mon Église, duquel je me glorifie d'être
la Tête. Mais quelles déchirures cruelles ces membres font
dans le corps. Il semble qu'ils se stimulent l'un l'autre à me tourmenter
davantage.»
Il m'a dit d'autres choses sur ce corps, mais je ne me souviens plus
très bien. Aussi, je m'arrête ici.
2 décembre 1899
Pendant que j'étais très affligée à cause
de certaines choses qu'il ne m'est pas permis de dire ici, mon aimable
Jésus, désirant me réconforter, vint d'une manière
toute nouvelle. Il me sembla habillé de bleu ciel, tout orné
de petites clochettes d'or qui tintaient quand elles se frappaient entre
elles et qui émettaient un son jamais encore entendu. À ce
spectacle et au son charmant des clochettes, je me suis sentie enchantée
et soulagée de mon affliction qui, comme une fumée, se dissipa.
Je serais restée là en silence (les puissances de mon
âme étaient tellement étonnées), si Jésus
béni n'avait pas brisé le silence en me disant: «Ma
fille bien-aimée, ces clochettes sont autant de voix qui te parlent
de mon Amour et qui t'invitent à m'aimer. Maintenant, laisse-moi
voir combien de clochettes tu as qui me parlent de ton amour et qui m'appellent
à t'aimer!»
En rougissant, je lui dis: «Oh! Seigneur, que dis-tu? Je n'ai
rien, sinon mes défauts habituels.» Prenant pitié de
ma misère, il poursuivit: «Tu n'as rien, c'est vrai, mais
je veux t'orner de mes propres clochettes pour que tu aies plein de voix
avec lesquelles m'appeler et me montrer ton amour.»
Ensuite, il me sembla qu'il entourait ma taille d'une bande décorée
de ces petites clochettes. Puis, je restai silencieuse. Il ajouta: «Aujourd'hui,
j'ai le plaisir de rester avec toi; dis-moi quelque chose.» Je lui
dis: «Tu sais que tout mon contentement est d'être avec toi!
Quand je t'ai, j'ai tout! Quand je te possède, il me semble que
je n'ai rien d'autre à désirer ou à dire.»
Il poursuivit: «Fais-moi entendre ta voix qui réjouit
mon Ouïe. Conversons ensemble un peu. Je t'ai souvent parlé
de la croix. Aujourd'hui, laisse-moi t'entendre m'en parler.»
Je me suis sentie toute confuse. Je ne savais pas quoi dire. Mais lui,
pour m'aider, m'envoya un rayon de lumière intellectuelle, et j'ai
commencé à dire: «Mon Bien-Aimé, qui peut te
dire ce qu'est la croix et ce qu'elle fait? Seulement ta Bouche peut parler
dignement de la sublimité de la croix! Mais puisque tu veux que
je t'en parle, je le ferai.
«La croix soufferte par toi, Jésus-Christ, me libère
de l'esclavage du démon et m'unit à la Divinité par
un lien indissoluble. La croix est fertile et donne naissance à
la grâce en moi. La croix est légère, elle me désillusionne
du temporel et me dévoile l'éternité. La croix est
un feu qui réduit en cendres tout ce qui n'est pas de Dieu, jusqu'à
vider le coeur de toute petite poussière qui pourrait s'y trouver.
«La croix est une monnaie d'une valeur inestimable. Si j'ai la
bonne fortune de la posséder, je deviens enrichie d'une monnaie
éternelle apte à faire de moi la plus riche du Paradis, car
la monnaie qui circule dans le Ciel provient des croix souffertes sur la
terre.
«La croix m'amène à me connaître moi-même.
Elle me donne aussi la connaissance de Dieu. La croix greffe sur moi toutes
les vertus. La croix est le noble siège de la Sagesse incréée
qui m'enseigne les doctrines les plus hautes, les plus subtiles et les
plus sublimes. Elle me dévoile les mystères les plus secrets,
les choses les plus cachées, les perfections les plus parfaites,
toutes choses cachées aux plus savants et aux plus sages du monde.
«La croix est cette eau bienfaisante qui me purifie et qui nourrit
en moi les vertus. Elle les fait croître. Elle me quitte après
m'avoir conduite à la vie éternelle.
«La croix est cette céleste rosée qui préserve
et embellit en moi le beau lys de la pureté. La croix nourrit l'espérance.
La croix est le flambeau de la foi agissante. La croix est ce bois solide
qui préserve et maintient toujours enflammé le feu de la
charité. La croix est ce bois sec qui fait s'évanouir et
se disperser la fumée de l'orgueil et de la vaine gloire, et qui
produit dans l'âme l'humble violette de l'humilité.
«La croix est l'arme la plus puissante pour assaillir les démons
et me défendre de toutes leurs emprises. L'âme qui possède
la croix fait l'envie et l'admiration de tous les anges et de tous les
saints, et la rage et la colère des démons. La croix est
mon paradis sur la terre, tel que si le Paradis d'en haut est jouissance,
celui d'ici-bas est souffrance.
«La croix est la chaîne d'or très pur qui me relie
à toi, mon plus grand Bien, et qui forme la plus intime union qui
puisse être en me faisant me transmuer en toi, mon Objet bien-aimé,
jusqu'à ce que je me sente perdue en toi et que je vive de ta Vie
même.»
Après que j'eus dit cela -- je ne sais si c'est un non-sens
--, mon aimable Jésus se réjouit grandement et, pris par
un transport d'Amour, me baisa partout et me dit: «Bravo, bravo,
ma bien-aimée! Tu as bien parlé! Mon Amour est feu, mais
pas comme un feu de la terre qui rend stérile tout ce qu'il pénètre
et réduit tout en cendres. Mon Feu est fertile et rend stérile
seulement ce qui n'est pas vertu. À tout le reste, il donne vie.
Il fait germer de belles fleurs, donnant des fruits très exquis
et formant le jardin céleste le plus délicieux.
«La croix est si puissante et je lui ai communiqué tant
de grâces qu'elle est plus efficace que les sacrements eux-mêmes.
Il en est ainsi parce que lorsqu'on reçoit le sacrement de mon Corps,
les dispositions et le libre concours de l'âme sont nécessaires
pour qu'on en reçoive mes grâces. Ils peuvent souvent manquer,
tandis que la croix a la puissance de disposer l'âme à la
grâce.»
21 décembre 1899
Ce matin, brisant un long silence, mon aimable Jésus me dit:
«Je suis le réceptacle des âmes pures.» En me
disant cela, il me donna une lumière intellectuelle qui me fit comprendre
plusieurs choses sur la pureté. Mais je ne puis traduire en mots
que très peu ou rien du tout de ce que je ressens dans mon intellect.
Cependant, la très honorable dame obéissance veut que j'écrive
quelque chose, même si ça risque de manquer de sens. Pour
la contenter, elle seule, je dirai mes sottises sur la pureté.
Il m'apparaît que la pureté est le plus noble joyau qu'une
âme puisse posséder. L'âme qui possède la pureté
est investie d'une lumière candide. En la regardant, Dieu y voit
sa propre Image. Il se sent tellement attiré par cette âme
qu'il en tombe amoureux. Son Amour pour elle est si grand qu'il lui donne
son Coeur très pur comme refuge. D'ailleurs, seulement ce qui est
pur et sans tache peut entrer dans son Coeur.
L'âme qui possède la pureté garde en elle la splendeur
première que Dieu lui a donnée au moment de sa création.
Rien en elle n'est souillé ou ignoble. Comme une reine qui aspire
aux noces du Roi céleste, cette âme préserve sa noblesse
jusqu'à ce que la noble fleur qu'elle est soit transplantée
dans le jardin céleste.
Cette fleur virginale a un parfum distinctif! Elle s'élève
au-dessus de toutes les autres fleurs, au-dessus des anges eux-mêmes.
Elle se distingue par une beauté différente, tellement que
tous sont pris d'estime et d'amour pour elle! Ils la laissent passer librement
pour qu'elle atteigne l'Époux divin. La première place auprès
de Notre-Seigneur est donnée à cette noble fleur. C'est pourquoi
Notre-Seigneur se réjouit tant de marcher au milieu de ces lys qui
parfument et la terre et le Ciel. Il se plaît d'autant plus à
être entouré de ces lys, qu'il est lui-même le premier,
le plus noble et l'exemple de tous les autres.
Oh! comme il est beau de voir une âme vierge! Son coeur ne respire
aucun autre souffle que celui de la pureté et de l'innocence. Elle
n'est obscurcie par aucun amour qui n'est pas de Dieu. Même son corps
dégage la pureté. Tout est pur en elle. Elle est pure dans
ses pas, dans ses actions, dans son discours, dans ses regards, dans ses
mouvements. Simplement à la regarder, on reçoit sa fragrance.
Quels charismes, quelles grâces, quel amour réciproque,
quelles amoureuses ingénuités entre l'âme pure et son
Époux Jésus! Seulement celui qui la côtoie peut en
dire quelque chose. Cependant tout ne peut être dit. Et je ne sens
pas que je sois habilitée à parler sur ce sujet. C'est pourquoi
je fais silence et je passe.
22 décembre 1899
Ce matin, mon adorable Jésus n'est pas venu. Cependant, après
avoir attendu un bon moment, il se montra plusieurs fois, mais très
rapidement, presque comme l'éclair. Il semblait que je voyais une
lumière plutôt que Jésus. De cette lumière,
la première fois qu'il est venu, j'ai entendu une voix qui m'a dit:
«Je t'attire de trois manières pour que tu m'aimes: par mes
bienfaits, par mon attraction et par la persuasion.»
Qui pourrait dire combien de choses j'ai alors comprises? Par exemple
que, pour attirer notre amour, Jésus béni fait descendre
sur nous une pluie de bienfaits. Et voyant que cette pluie bienfaisante
n'arrive pas à attirer notre amour, il va aussi loin que de se rendre
plaisant et charmant. Et quels sont ses moyens d'attraction? Ce sont les
douleurs souffertes par amour pour nous, allant jusqu'à mourir sur
la Croix en répandant un déluge de Sang, où il devint
si attrayant et si agréable que ses bourreaux et ses plus féroces
ennemis tombèrent en amour avec lui. Et pour nous persuader davantage
et pour rendre notre amour plus fort et plus stable, il nous a laissé
la lumière de ses saints exemples et de sa doctrine céleste
qui dissipe les ténèbres de cette vie et nous conduit au
salut éternel.
La deuxième fois qu'il est venu, il m'a dit: «Je me manifeste
aux âmes à travers la Puissance, les Nouvelles, et l'Amour.
La Puissance est le Père Créateur; les Nouvelles sont la
Parole; l'Amour est le Saint-Esprit.»
Il me semble que, par sa Puissance, Dieu se manifeste à l'âme
à travers toute la Création. La Toute-Puissance de Dieu se
manifeste à travers tous les êtres. Le ciel, les étoiles
et tous les autres êtres nous parlent d'un Être suprême,
d'un Être incréé et de sa Toute-Puissance. Le plus
savant des hommes, avec toute sa science, ne peut même pas créer
un vil rat. Et cela nous dit qu'il doit y avoir un Être incréé,
un Être très puissant, qui a créé, qui a donné
la vie et qui soutient tous les êtres. Oh! comme tout l'univers nous
manifeste, en notes claires et en lettres indélébiles, Dieu
et sa Toute-Puissance! Celui qui ne le voit pas est aveugle, et aveugle
volontaire. Avec ses Nouvelles, il me semblait que Jésus béni,
en descendant du Ciel, vint en personne sur la terre pour nous donner des
nouvelles de ce qui est invisible pour nous. Par combien de voies ne s'est-il
pas manifesté!
Oh! combien d'autres choses j'ai comprises, mais mes capacités
de les décrire sont trop faibles. Je crois que chacun, par lui-même,
comprend le reste. Aussi, je ne prolongerai pas sur ce sujet.
25 décembre 1899
J'ai passé un bon nombre de jours dans la presque totale privation
de mon plus grand et seul Bien, dans l'aridité de coeur, sans être
capable de pleurer sur la grande perte que je vivais, même si j'offrais
cette aridité à Dieu en lui disant: «Seigneur, reçois
cela comme un sacrifice de ma part. Toi seul peux ramollir mon coeur si
dur.»
Finalement, après une longue période de souffrance, ma
chère Maman Reine vint, portant sur son Sein l'Enfant céleste,
tout tremblant et enveloppé d'un vêtement de toile. Elle le
mit dans mes bras en me disant: «Ma fille, réchauffe-le de
ton affection, car mon Fils est né dans la pauvreté extrême,
dans un total abandon des hommes et dans la plus grande austérité.»
Ah! comme il était mignon dans sa céleste beauté!
Je l'ai pris dans mes bras et je l'ai serré pour le réchauffer,
car il avait froid, n'ayant sur lui qu'une simple couverture de toile.
Après que je l'eus réchauffé autant que je le
pouvais, ouvrant ses Lèvres pourpres, mon tendre petit Bébé
me dit: «Me promets-tu d'être toujours une victime par amour
pour moi, comme je le suis par amour pour toi?»
Je lui répondis: «Oui mon petit Trésor, je te le
promets.» Il poursuivit: «Je ne suis pas satisfait de seulement
ta parole, je veux un serment et une signature avec ton sang.» Alors
je lui dis: «Si l'obéissance le veut, je le ferai.»
Il sembla tout content et poursuivit: «À partir du moment
de ma naissance, mon Coeur a toujours été offert en sacrifice
pour glorifier le Père, pour la conversion des pécheurs et
pour les personnes qui m'entouraient et qui étaient mes plus fidèles
compagnons dans mes douleurs. Ainsi, je veux que ton coeur soit continuellement
dans cette attitude, offert en sacrifice à ces trois fins.»
Comme il disait cela, la Reine Maman voulait l'Enfant pour le rafraîchir
de son très doux Lait. Je le lui remis et elle exposa son Sein pour
le porter à la Bouche du divin petit Garçon. Et moi, rusée,
voulant faire une blague, je commençai à sucer avec ma bouche.
Dès l'instant que je fis cela, ils disparurent, me laissant à
la fois contente et peinée. Que tout soit pour la gloire de Dieu
et pour la confusion de la misérable pécheresse que je suis.
27 décembre 1899
Il continuait de se montrer comme une ombre ou un éclair. Ainsi,
je me retrouvai dans une mer d'amertume. Dans un court instant, il m'apparut
en me disant: «La charité doit être comme un manteau
qui recouvre toutes tes actions, de telle façon que tout en toi
brille d'une parfaite charité. Que signifie ce déplaisir
que tu ressens quand tu ne souffres pas? Il signifie que ta charité
n'est pas parfaite, car souffrir par amour pour moi ou ne pas souffrir
par amour pour moi (sans que ta volonté n'intervienne), c'est la
même chose.»
Puis il disparut, me laissant plus amère qu'auparavant. C'est
un sujet pour moi trop délicat pour que j'en parle ici. Après
que j'eus pleuré des larmes amères sur mon état si
misérable et aussi à cause de son absence, il revint et me
dit: «Avec les âmes justes, j'agis avec justice. Beaucoup plus,
je les récompense doublement pour leur justice en les favorisant
des plus grandes grâces et en leur donnant des grâces de justice
et de sainteté.»
Je me trouvais si confuse et mauvaise que je n'ai pas osé dire
un seul mot. Plutôt, j'ai continué à pleurer sur ma
misère. Jésus, désirant infuser en moi la confiance,
mit sa Main sous ma tête pour la tenir (car elle ne pouvait se tenir
seule) et me dit: «N'aie pas peur. Je suis le bouclier des combattants
et des affligés.» Puis il disparut.
30 décembre 1899
Comme ce matin l'obéissance m'avait demandé de prier
pour une personne, dès que j'ai vu Jésus, je lui ai recommandé
cette personne. Il me dit: «L'humiliation ne doit pas seulement être
acceptée, mais on doit aussi l'aimer. On doit pour ainsi dire la
mâcher comme de la nourriture. Comme c'est le cas pour la nourriture
amère, plus on la mâche, plus on en goûte l'amertume.
Bien mâchée, l'humiliation donne naissance à la mortification.
Et ces deux moyens, l'humiliation et la mortification, sont très
puissants pour surmonter certains obstacles et obtenir les grâces
nécessaires.
Comme la nourriture amère, l'humiliation et la mortification
semblent nuisibles à la nature humaine et semblent apporter du mal
plutôt que du bien. Cependant, il n'en est pas ainsi. Plus le fer
est battu sur l'enclume, plus il étincelle et devient purifié.
Il en va ainsi pour l'âme qui veut vraiment marcher sur la voie du
bien. Plus elle est humiliée et battue sur l'enclume de la mortification,
plus il en jaillit des étincelles de feu céleste et plus
elle est purifiée.»
1er janvier 1900
Je me trouvais très affligée par la privation de mon
plus grand et seul Bien. Après l'avoir longuement attendu, je l'ai
finalement vu venir dans l'intérieur de mon coeur. Il pleurait.
Il me fit comprendre combien il souffrit et s'humilia lui-même quand
il fut circoncis. Cela me causa une grande souffrance, car je me suis sentie
absorbée par son amertume. Compatissant avec moi, le petit Bébé
béni me dit:
«Plus l'âme est humiliée et se connaît elle-même,
plus elle s'approche de la Vérité. Dans la Vérité,
elle cherche à suivre le chemin des vertus, duquel elle se sent
très éloignée. Et, sur ce chemin, elle perçoit
la distance qu'elle a encore à parcourir parce que ce chemin est
sans fin. Il est infini comme je suis infini.
L'âme qui est dans la Vérité cherche toujours à
se perfectionner, mais elle n'arrive jamais à se trouver parfaite.
Cela l'amène à travailler continuellement, à se perfectionner
toujours davantage, sans perdre de temps dans l'oisiveté. Et moi,
bénissant ce travail, petit à petit, je fais les retouches
pour peindre en elle mon image. C'est pourquoi j'ai voulu être circoncis:
je voulais donner l'exemple de la plus grande humilité, ce qui stupéfia
même les anges du Ciel.»
3 janvier 1900
Je continuais de me voir non seulement remplie de misères, mais
j'étais également inquiète. Tout mon intérieur
était en effervescence à cause de la perte de Jésus.
Je réfléchissais en moi-même en me disant que mes grands
péchés m'avaient mérité que Jésus me
laisse et que, par conséquent, je ne le verrai jamais plus. Oh!
quelle mort cruelle c'était pour moi, plus cruelle que toute autre!
J'étais terriblement accablée de ne plus voir Jésus,
de ne plus entendre sa douce Voix, d'avoir perdu celui de qui ma vie dépendait,
de qui me venait tout bien! Comment vivre sans lui? Ah! ayant perdu Jésus,
tout était fini pour moi!
Noyée dans ces pensées, je me suis sentie dans une agonie
mortelle et tout mon intérieur était bouleversé. Je
voulais tellement Jésus! Alors, dans un éclat de lumière,
il se manifesta à mon âme et me dit: «Paix, paix! Ne
te trouble pas. De même qu'une fleur très odorante parfume
le lieu où elle est placée, ainsi la paix de Dieu remplit
l'âme qui la possède.» Puis il s'enfuit comme l'éclair.
Ah! Seigneur, comme tu es bon avec la pécheresse que je suis.
Avec confiance, je te dis: «Ah! comme tu es singulier! Même
si je suis en train de te perdre, tu ne veux pas que je sois troublée
ou alarmée. Et, si je le suis, tu me fais comprendre que je m'éloigne
ainsi de toi car, avec la paix, je me remplis de Dieu; et, dans le trouble,
je me remplis de tentations diaboliques. Oh! mon doux Jésus, quelle
patience est nécessaire avec toi! Car peu importe ce qui m'arrive,
tu ne veux même pas que je m'alarme ou me trouble; tu me veux d'un
calme et d'une paix parfaites.»
5 janvier 1900
Alors que je me trouvais dans mon état habituel, je me suis
sentie quitter mon corps et j'ai trouvé mon adorable Jésus.
Mais, oh! comme je me suis vue remplie de péchés en sa présence!
Intérieurement, j'ai senti un désir très fort de me
confesser à Notre-Seigneur. Ainsi, me tournant vers lui, j'ai commencé
à lui dire mes péchés. Il m'écoutait. Quand
j'eus fini, il se tourna vers moi avec un air plein d'affliction et me
dit:
«Ma fille, s'il est grave, le péché est un poison
et une étreinte mortelle pour l'âme; et non seulement pour
l'âme, mais aussi pour toutes les vertus qui s'y trouvent. S'il est
véniel, c'est une étreinte qui blesse et qui rend l'âme
faible et malade ainsi que les vertus qui s'y trouvent. Quel venin mortel
est le péché! Seul, il peut blesser l'âme et lui donner
la mort! Rien d'autre ne peut nuire à l'âme. Rien d'autre
ne peut la rendre laide et haïssable devant moi. Seulement le péché.»
Comme il disait cela, j'ai compris la laideur du péché;
j'ai ressenti une telle douleur que je ne sais pas comment l'exprimer.
Jésus, me voyant toute torturée par la douleur, leva sa Main
droite et prononça les paroles de l'absolution.
Et il ajouta: «Alors que le péché blesse l'âme
et lui donne la mort, le sacrement de la confession lui redonne vie, guérit
ses blessures, redonne vigueur à ses vertus et cela, plus ou moins,
selon ses dispositions. C'est ainsi que travaille ce sacrement.»
Il me semblait que mon âme recevait une vie nouvelle. Après
l'absolution de Jésus, je n'ai plus ressenti le trouble d'auparavant.
Puisse le Seigneur être toujours remercié et glorifié!
6 janvier 1900
Ce matin, j'ai reçu la communion. Me retrouvant avec Jésus,
j'ai aussi trouvé la Reine Maman. Et quelle merveille: en regardant
la Mère, j'ai vu son Coeur transformé en Jésus bébé;
j'ai regardé le bébé et j'ai vu la Mère dans
son Coeur. Alors je me suis souvenue que c'était la fête de
l'Épiphanie. À l'exemple des saints rois mages, j'aurais
voulu offrir quelque chose à Jésus bébé. Mais
je n'avais rien à lui donner.
Alors, à travers ma misère, la pensée me vint
de lui offrir, comme myrrhe, mon corps avec toutes les souffrances des
douze années pendant lesquelles j'avais été alitée,
prête à souffrir et à continuer aussi longtemps qu'il
le désirerait. Comme or, je lui offris les douleurs que je ressens
quand il me prive de sa présence, ce qui est pour moi la chose la
plus souffrante et la plus douloureuse. Comme encens, je lui offris mes
pauvres prières en les unissant à celles de la Reine Maman,
afin qu'elles soient plus acceptables pour Jésus bébé.
J'ai fait mon offrande dans la confiance totale que l'Enfant allait
l'accepter. Cependant, il me sembla que même si Jésus acceptait
ma pauvre offrande avec grand plaisir, ce qu'il aimait le plus était
la confiance avec laquelle je l'offrais.
Il me dit: «La confiance a deux bras. Avec le premier, on embrasse
mon Humanité et on en use comme d'une échelle pour s'élever
jusqu'à ma Divinité. Avec l'autre, on embrasse ma Divinité
et on obtient d'elle des torrents de grâces célestes. Ainsi,
l'âme est tout inondée par l'Être divin.
«Quand l'âme a confiance, elle est sûre d'obtenir
ce quelle demande: je garde mes Bras attachés et je laisse l'âme
faire ce qu'elle veut. Je la laisse pénétrer plus profondément
dans mon Coeur et je la laisse y prendre ce qu'elle m'a demandé.
Si je ne faisais pas ainsi, je me sentirais dans un état de violence
vis-à-vis de l'âme.»
Comme il disait cela, de la Poitrine de l'Enfant (ou de la Poitrine
de la Mère) venaient des courants de liqueur (mais je ne sais pas
exactement comment nommer ce que j'appelle ici liqueur) qui inonda toute
mon âme. Puis la Reine Maman disparut.
Par la suite, l'Enfant et moi allâmes dans la voûte des
cieux. J'ai vu sa charmante Figure attristée. Je me suis dit en
moi-même: «Peut-être désire-t-il les caresses
de la Reine Maman.» Je l'ai pressé fortement sur mon coeur
et Jésus bébé prit un aspect jubilant. Qui pourrait
dire ce qui se passa alors entre Jésus et moi? Je n'ai pas la langue
pour le manifester ni les expressions pour le décrire.
8 janvier 1900
Je me disais intérieurement: «Qui pourrait dire combien
d'erreurs et de bévues contiennent ces choses que j'écris?»
À ce moment, je me suis sentie comme si je perdais connaissance
et Jésus béni vint et me dit: «Ma fille, même
tes erreurs aideront à faire comprendre qu'il n'y a aucune tromperie
volontaire de ta part et que tu n'es pas un docteur (car si tu en étais
un, tu saurais où tu erres). Elles rendront encore plus clair que
c'est moi qui te parle -- du moins pour ceux qui savent voir les choses
simplement. Mais je t'assure qu'ils ne trouveront pas une ombre de vice,
ni rien qui ne dise "vertu" car, quand tu écris, moi-même
guide ta main. Tout au plus, ils pourront trouver quelque chose qui, au
premier regard, semble erroné, mais qui, s'ils regardent de plus
près, correspond à la Vérité.»
Ayant dit cela, il disparut. Quelques heures plus tard, alors que je
me sentais toute perplexe et mal à l'aise relativement à
ce qu'il m'avait dit, il revint et ajouta: «Mon héritage est
fermeté et stabilité. Je ne suis sujet à aucun changement.
Plus une âme s'approche de moi et avance sur le chemin de la vertu,
plus elle se sent ferme et stable dans le bien; d'autre part, plus elle
est loin de moi, plus elle est sujette à osciller entre le bien
et le mal.»
Texte non daté
Alors que je me trouvais dans mon état habituel, mon aimable
Jésus se montra à moi dans un état lamentable. Ses
Mains étaient attachées solidement, sa Face était
couverte de crachats, et il y avait plusieurs personnes qui le giflaient
copieusement. Quant à lui, il était calme et tranquille,
sans bouger et sans proférer une seule plainte. Il ne bougeait même
pas une paupière, montrant ainsi qu'il voulait souffrir ces outrages,
non seulement extérieurement, mais aussi intérieurement.
Quel spectacle émouvant, capable de briser les coeurs les plus durs!
Combien de choses me disait cette Face souillée de boue et de dégoûtants
crachats! J'étais frappée d'horreur. Je tremblais. Je me
suis vue toute remplie d'orgueil comparativement à lui.
Il me dit: «Ma fille, seuls les petits se laissent traiter comme
on le veut; pas ceux qui sont petits en raison humaine, mais ceux qui sont
petits et remplis de raison divine. Je peux dire que je suis humble, mais
ce qui est appelé humilité chez l'homme devrait être
appelé connaissance de soi. Celui qui ne se connaît pas lui-même
marche dans la fausseté.»
Puis, pendant quelques minutes, il fut silencieux. Je le contemplais.
Et j'ai vu une main munie d'une lumière qui cherchait en moi, dans
les endroits les plus intimes et cachés, pour voir si on pouvait
y trouver la connaissance de soi et l'amour des humiliations, de la confusion
et de la disgrâce. La lumière trouva un vide en mon intérieur
et j'ai vu que cet endroit aurait dû être rempli d'humiliations
et de confusion, suivant l'exemple de mon Jésus béni.
Oh! combien de choses cette lumière et cette attitude sacrée
de Jésus me firent comprendre. Je me suis dit en moi-même:
«Un Dieu humilié et confus pour mon amour; et moi, une pécheresse
privée de ces marques de distinction! Un Dieu stable et ferme qui,
devant tant d'injustices, ne bouge même pas pour se défaire
des crachats dégoûtants qui couvrent son Visage. Ah! s'il
voulait rejeter ces souffrances, ces outrages, il pourrait parfaitement
le faire! Je comprends que ce ne sont pas les chaînes qui le retiennent
dans cette situation, mais sa Volonté stable qui veut sauver la
race humaine quelqu'en soit le prix! Et moi, où sont mes humiliations?
Où est ma fermeté et ma constance à travailler par
amour pour Jésus et mon prochain! Oh! quels êtres dissemblables
nous sommes Jésus et moi!»
Pendant que mon petit cerveau se perdait dans ces pensées, mon
adorable Jésus me dit: «Mon Humanité fut submergée
par la disgrâce et l'humiliation, au point de débordement.
C'est pourquoi, devant mes vertus, le Ciel et la terre tremblent et les
âmes qui m'aiment usent de mon Humanité comme d'une échelle
pour atteindre quelques reflets de mes vertus.
«Dis-moi: comparativement à mon humilité, où
est la tienne? Moi seul peux me glorifier de posséder une vraie
humilité. Unie à ma Divinité, mon Humanité
aurait pu faire des prodiges à chaque pas, en paroles et en actes,
mais, volontairement, je me suis restreint aux bornes de mon Humanité,
je me suis montré le plus pauvre, j'ai été jusqu'à
me confondre avec les pécheurs.
«J'aurais pu accomplir la Rédemption dans un temps très
bref, et même d'un seul mot. Mais, pendant de longues années,
avec tant de privations et de souffrances, j'ai voulus faire miennes les
misères de l'homme. J'ai voulu m'adonner à de nombreuses
et diverses actions pour que l'homme puisse être renouvelé
et divinisé, même dans ses plus petits travaux. Portés
par moi qui était Dieu et homme, ces travaux humains reçurent
une nouvelle splendeur et furent marqués du sceau de la Divinité.
«Dissimulée dans mon Humanité, ma Divinité
descendit aussi bas que de se mettre au niveau des actes humains, alors
que, d'un simple acte de ma Volonté, j'aurais pu créer un
nombre infini de mondes qui auraient transcendé les misères
et les faiblesses de cette humanité! Devant la Justice divine, j'ai
choisi de voir mon Humanité recouverte de tous les péchés
des hommes pour lesquels j'ai eu à expier par des douleurs inouïes
et en versant tout mon Sang! Ainsi, j'ai accompli des actes continuels
d'humilité héroïque.
«La grande différence entre mon humilité et celle
des créatures qui, devant la mienne, n'est qu'une ombre -- même
celle de mes saints --, c'est que les créatures sont toujours créatures
et ne connaissent pas comme moi le vrai poids du péché. Bien
que certaines âmes furent héroïques et que, à
mon exemple, elles se soient offertes pour souffrir les peines des autres,
elles ne sont pas différentes des autres: elles sont faites de la
même glaise.
«La simple pensée que leurs souffrances sont la cause
de nouveaux gains pour elles, et qu'elles en glorifient Dieu, est un grand
honneur pour elles. De plus, les créatures sont restreintes au cercle
où Dieu les a mises; elles ne peuvent aller hors des limites de
ce cercle. Oh! s'il était en leur pouvoir de faire et de défaire,
combien d'autres choses ne feraient-elles pas. Chacun atteindrait les étoiles!
Au contraire, mon Humanité divinisée n'avait aucune limite.
Cependant, elle s'est restreinte aux limites humaines afin que toutes ses
Oeuvres soient tissées d'humilité héroïque.
«Le manque d'humilité de l'homme fut la cause de tous
les maux qui ont inondé la terre. Et moi, par l'exercice de cette
vertu, je devais attirer sur les hommes tous les biens de la Divinité.
Aucune grâce ne quitte mon Trône, si ce n'est à travers
l'humilité; aucune requête ne peut être reçue
par moi, si elle n'a pas la signature de l'humilité. Aucune prière
n'est entendue par mes Oreilles ni n'émeut mon Coeur à la
compassion, si elle n'est pas parfumée d'humilité.
«Si la créature ne va pas jusqu'au bout pour détruire
en elle cette recherche des honneurs et l'estime de soi (ce qu'on détruit
en aimant être haï, humilié et confondu), elle sentira
autour de son coeur comme une tresse d'épines, et elle aura un vide
dans son coeur qui l'ennuiera toujours et la maintiendra très dissemblable
de ma très sainte Humanité. Si elle n'en vient pas à
aimer les humiliations, tout au plus sera-t-elle capable de se connaître
un peu, mais elle ne brillera pas devant moi, vêtue du beau et charmant
vêtement de l'humilité.»
Qui pourrait dire toutes les choses que j'ai comprises concernant la
vertu d'humilité et la corrélation entre la connaissance
de soi et l'humilité? Il me semble avoir saisi la distinction entre
ces deux vertus, mais je n'ai pas les mots pour l'exprimer. Pour dire quelque
chose là-dessus, je me servirai d'un exemple.
Imaginons un homme pauvre qui sait qu'il est pauvre et qui, pour les
personnes qui ne le connaissent pas et qui pourraient croire qu'il possède
quelque chose, manifeste clairement sa pauvreté. On peut dire de
cet homme qu'il se connaît, qu'il dit la vérité et,
qu'ainsi, il sera plus aimé. Il attirera les autres à la
compassion sur son état misérable. Tous l'aideront. C'est
ce que produit la connaissance de soi.
Mais qu'arriverait-il si cet homme, ayant honte de manifester sa pauvreté,
se vantait d'être riche, alors que tous sauraient qu'il ne possède
même pas les vêtements qu'il porte et qu'il meurt de faim.
Tous le haïraient, personne ne l'aiderait et il deviendrait la risée
de tous ceux qui le connaissent. Ce misérable homme irait de mal
en pis et finirait par périr. C'est ce que l'orgueil produit devant
Dieu et devant les hommes. Celui qui ne se connaît pas s'éloigne
automatiquement de la Vérité et s'engage sur les chemins
de la fausseté.
Il y a une autre forme d'humilité héroïque qui résulte
aussi de la connaissance de soi. Imaginons un homme riche, né au
milieu du confort et des richesses, et qui est bien reconnu comme tel.
Cependant, considérant les humiliations profondes auxquelles Notre-Seigneur
Jésus-Christ s'est soumis par Amour pour nous, il devient amoureux
de la sainte humilité, abandonne ses richesses et son confort, enlève
ses nobles vêtements et se couvre de guenilles. Il vit inconnu. Il
ne dit à personne qui il est. Il vit avec les plus pauvres comme
s'il était leur égal. Il fait sa joie des mépris et
des confusions. On trouve chez cet homme ce qui arrive aux saints qui s'humilient
de plus en plus et qui savent que le Seigneur les remplit ainsi de ses
grâces et de ses dons.
Dans ces exemples, on voit que la connaissance de soi sans humilité
n'est bonne à rien, alors que la connaissance de soi accompagnée
d'humilité devient précieuse.
Ah oui! l'humilité attire la grâce, brise les plus fortes
chaînes et fait surmonter chaque barrière entre l'âme
et Dieu. L'humilité est la petite plante toujours verte et fleurie
qui n'est pas sujette à être rongée par les vers et
qui ne peut être abîmée ou flétrie par les vents,
la grêle ou la chaleur. Alors même qu'elle est la plus petite
plante, elle développe les plus grandes branches qui pénètrent
dans le Ciel et rejoignent le Coeur de Notre-Seigneur. Seulement les branches
qui proviennent de cette petite plante ont leurs entrées gratuites
dans cet adorable Coeur.
L'humilité est l'ancre de paix dans la mer des tempêtes
de cette vie. L'humilité est le sel qui assaisonne toutes les vertus
et préserve l'âme de la corruption du péché.
L'humilité est la petite herbe qui pousse près des chemins;
elle disparaît quand elle est piétinée mais elle repousse
ensuite plus belle qu'avant. L'humilité est cette greffe domestique
qui ennoblit la plante sauvage. Elle est la monnaie de la grâce.
L'humilité est la lune qui nous guide dans les ténèbres
de la nuit de cette vie. L'humilité est le marchand rusé
qui sait comment vendre ses biens et qui ne gaspille pas même un
sou de la grâce qui lui est donnée. L'humilité est
la clef du Paradis où personne ne peut entrer sans elle. L'humilité
est le sourire de Dieu et de tout le Paradis et les pleurs de tout l'enfer.
17 janvier 1900
Ce matin, mon adorable Jésus est venu et reparti sans m'avoir
parlé. Après, j'ai senti que je quittais mon corps. Le dos
tourné, il m'a dit:
«En beaucoup, il n'y a plus de droiture. Ils disent: "Aussi longtemps
que les choses continueront de cette manière, nous n'aurons pas
de succès dans nos projets. Feignons donc la vertu, prétendons
être droits, feignons être de vrais amis; ainsi, il sera plus
facile de tisser notre filet et de les abuser. Quand nous arriverons à
eux pour leur faire du mal et les dévorer, eux, croyant que nous
sommes des amis, tomberont spontanément dans nos mains." Voilà
à quel niveau de sournoiserie l'homme peut atteindre.»
Par la suite, désirant de moi une réparation spéciale,
Jésus béni sembla m'enlever la vie en me présentant
à la Justice divine. De par sa manière de faire, j'ai pensé
qu'il me ferait quitter cette vie. C'est pourquoi je lui ai dit: «Seigneur,
je ne veux pas entrer au Ciel sans tes marques de distinction. Crucifie-moi
d'abord et, ensuite, amène-moi.»
Il transperça mes mains et mes pieds avec des clous. Et pendant
qu'il le faisait, à mon plus grand regret, il disparut et je me
suis retrouvée dans mon corps. Je me suis dit intérieurement:
«Me voilà encore ici! Ah! combien de fois m'as-tu fait cela,
mon cher Jésus. Tu as un art spécial pour me faire ce coup:
tu me laisses croire que je vais mourir, ce qui m'amène à
me rire du monde et des douleurs en me disant que la séparation
d'avec toi est terminée, puis, quand j'ai commencé à
me réjouir, je me retrouve encore enfermée dans la prison
de ce corps fragile. Par suite, oubliant mes réjouissances, je reviens
à mes pleurs, à mes lamentations et aux souffrances de ma
séparation de toi. Ah! Seigneur, reviens vite, car je suis profondément
consternée.»
22 janvier 1900
Après avoir vécu des jours très amers de privation,
mon pauvre coeur se débattait entre la peur d'avoir perdu Jésus
à tout jamais et l'espérance que peut-être je le reverrai
encore. Ô Dieu! Quelle guerre sanglante mon coeur eut à soutenir!
Sa souffrance était telle qu'à un instant il gelait et, à
l'instant suivant, il était comme sous le pressoir et dégouttait
le sang.
Pendant que j'étais dans cet état, j'ai senti mon doux
Jésus tout près de moi. Il retira le voile qui me couvrait
les yeux et, finalement, j'ai pu le voir. Immédiatement, je lui
ai dit: «Ô Seigneur, tu ne m'aimes plus?» Il me répondit:
«Oui, oui je t'aime! Ce que je te recommande, c'est la correspondance
à ma grâce. Et, pour être fidèle, tu dois être
comme l'écho qui se répercute dans l'atmosphère et
qui, aussitôt que quelqu'un commence à faire entendre sa voix,
immédiatement, sans le moindre retard, répète ce qu'il
entend. C'est ainsi que tu dois faire. Aussitôt que tu commences
à recevoir ma grâce, sans même attendre que je finisse
de te la donner, tu dois immédiatement commencer à faire
entendre l'écho de ta correspondance.»
27 janvier 1900
Je continuais d'être quasi totalement privée de mon doux
Jésus. Ma vie s'écoulait dans la douleur. Je sentais un grand
ennui, une grande lassitude de vivre! Je me disais intérieurement:
«Oh! comme mon exil est prolongé! Oh! quel serait mon bonheur
si je pouvais dissoudre les liens de ce corps. Ainsi, mon âme prendrait
librement son envol vers mon plus grand Bien!» Une pensée
m'effleura l'esprit: «Et si tu allais en enfer!» Pour empêcher
que le démon ne m'attaque sur ce point, je me suis dépêchée
de dire: «Alors, même en enfer, j'enverrais mes soupirs à
mon doux Jésus; même là, je l'aimerais.»
Pendant que j'entretenais ces pensées et bien d'autres (il serait
trop long de les mentionner toutes), mon aimable Jésus se montra
pendant un court temps et, d'un ton sérieux, il me dit: «Ton
temps n'est pas encore arrivé.» Dans une lumière intellectuelle,
il me fit comprendre que tout doit être ordonné dans une âme.
L'âme possède beaucoup de petites chambres, une pour chaque
vertu, chaque vertu ayant avec elle toutes les autres, de telle manière
que si l'âme semble ne posséder qu'une vertu, celle-ci est
accompagnée de toutes les autres. Néanmoins, les vertus sont
toutes distinctes et chacune a sa place dans l'âme. Elles proviennent
toutes de la Très Sainte Trinité qui, tout en étant
une, est formée de trois personnes distinctes.
J'ai aussi compris que chacune des chambres de l'âme est, ou
bien remplie par une vertu, ou bien par le vice opposé, et que s'il
n'y a ni vertu ni vice, elle reste vide. Il semblait que mon âme
était comme une maison qui contient beaucoup de chambres, toutes
vides; quelques-unes remplies de serpents, quelques-unes de boue, d'autres
sombres. Ah! Seigneur, toi seul peux mettre de l'ordre dans ma pauvre âme!
28 janvier 1900
Le même état persistait. Ce matin, Jésus me transporta
hors de mon corps. Après avoir attendu si longtemps, il semblait
que, cette fois, je le voyais clairement. Cependant, je me suis vue si
mauvaise que je n'osais pas dire un mot. Nous nous regardâmes l'un
l'autre, mais en silence. À travers ces regards mutuels, j'ai compris
que Jésus était rempli d'amertume, mais je n'ai pas osé
lui dire: «Verse ton amertume en moi.»
Il s'approcha cependant de moi et commença à déverser
son amertume. L'ayant reçue, je fus incapable de la contenir et
je la rejetai sur le sol. Alors il me dit: «Que fais-tu là?
Tu ne veux plus partager mon amertume? Tu ne veux plus me soulager dans
mes douleurs?»
Je lui dis: «Seigneur ce n'est pas que je ne veux pas. Je ne
sais ce qui m'arrive. Je me sens si remplie de ton amertume que je n'ai
pas de place pour la contenir. Seulement un prodige de ta part peut agrandir
mon intérieur; ainsi, je pourrai recevoir ton amertume.»
Jésus fit sur moi un grand signe de croix et il déversa
encore son amertume. Cette fois, il me sembla que j'étais capable
de la contenir. Il dit ensuite: «Ma fille, la mortification est comme
un feu qui fait sécher toutes les mauvaises humeurs qui sont dans
l'âme et qui l'inonde d'une humeur de sainteté, donnant naissance
aux plus belles vertus.»
31 janvier 1900
Jésus vint plusieurs fois, mais toujours en silence. Je sentais
un vide en moi et de la peine, car je n'entendais pas sa très douce
Voix. Revenant pour me consoler, il me dit:
«La grâce est la vie de l'âme. Comme l'âme
donne vie au corps, ainsi la grâce donne vie à l'âme.
Pour le corps, il ne suffit pas qu'il ait une âme pour maintenir
sa vie, il lui faut aussi de la nourriture pour qu'il puisse grandir jusqu'à
sa pleine stature. Ainsi, pour l'âme, il n'est pas suffisant qu'elle
ait la grâce pour la maintenir en vie, il lui faut aussi de la nourriture
pour qu'elle puisse progresser vers sa pleine stature. Et cette nourriture
est la correspondance à la grâce. La grâce et la correspondance
à la grâce forment une chaîne qui conduit l'âme
au Ciel. Dans la mesure où l'âme correspond à la grâce,
les maillons de cette chaîne se forment.»
Et il ajouta: «Quel est le passeport pour entrer dans le royaume
de la grâce? C'est l'humilité. L'âme qui regarde toujours
son néant et qui perçoit n'être rien que poussière
et vent met sa confiance dans la grâce qui devient comme son maître.
Prenant les commandes, la grâce conduit l'âme sur le chemin
de toutes les vertus et lui fait atteindre les sommets de la perfection.
Sans la grâce, l'âme est comme le corps départi de son
âme qui devient rempli de vers et de pourriture et qui horrifie le
regard. Ainsi, sans la grâce, l'âme devient si abominable qu'elle
horrifie le regard, non pas des hommes, mais de Dieu lui-même.»
4 février 1900
Ce matin, je me suis trouvée dans un état de grand découragement,
spécialement parce que j'étais privée de la présence
de Jésus, mon plus grand Bien. Il s'est montré et m'a dit:
«Le découragement est une humeur toxique qui infecte les
plus belles fleurs et leurs fruits les plus plaisants. Cette humeur toxique
pénètre dans les racines de l'arbre, l'imprégnant
complètement, le faisant se dessécher et devenir répugnant.
Si quelqu'un ne le guérit pas en l'arrosant de l'humeur contraire,
l'arbre s'écroule. Il en est ainsi pour l'âme qui s'imbibe
de l'humeur toxique du découragement.»
Après ces propos de Jésus, je me sentais encore découragée,
toute repliée sur moi-même, et je me suis vue si méchante
que je n'ai pas osé me précipiter vers lui. Mon esprit se
disait: «Il est inutile pour moi d'espérer plus longtemps
ses visites continuelles, ses grâces, ses charismes comme avant.
Tout est fini pour moi.»
Presque en me réprimandant, Jésus ajouta: «Que
fais-tu? Que fais-tu? Ne sais-tu pas que le manque de confiance rend l'âme
comme moribonde? En pensant qu'elle va mourir, l'âme ne sait comment
disposer de la vie, comment acquérir la grâce, comment s'en
servir, comment se rendre plus belle ou comment agir pour se guérir
de son affaissement.»
Ah! Seigneur, il me semble voir ce fantôme du manque de confiance,
malpropre, amaigri, craintif et tout tremblant et qui, de tout son art,
sans autre instrument que la peur, conduit l'âme à la fosse.
Et ce qui est pire, ce fantôme ne se montre pas comme un ennemi,
car alors l'âme pourrait le démasquer; il se montre plutôt
comme un ami; il s'infiltre secrètement, feignant d'agoniser avec
l'âme et se disant prêt à mourir avec elle. Et si l'âme
n'est pas attentive, elle ne saura comment se débarrasser de cette
tromperie.
5 février 1900
Alors que je continuais dans le même état, mais avec un
peu plus de courage, mon très cher Jésus vint et me dit:
«Ma fille, quelquefois l'âme rencontre le vice face à
face. Si, rassemblant son courage, elle triomphe de cet ennemi, la vertu
opposée devient plus resplendissante et plus profondément
enracinée en elle. Mais l'âme doit être prudente afin
de ne pas fournir la corde avec laquelle elle peut être attachée,
cette corde étant le manque de confiance. Cela se fera en dilatant
son coeur dans la confiance, tout en demeurant à l'intérieur
du cercle de la vérité, qui est la connaissance de son néant.»
13 février 1900
Ce matin, après avoir communié, j'ai vu mon adorable
Jésus, mais dans une attitude toute nouvelle. Il me semblait sérieux,
réservé et sur le point de me réprimander. Quel changement
dramatique. Au lieu d'être soulagé, mon pauvre coeur se sentit
oppressé, transpercé par cette attitude inhabituelle de Jésus.
Cependant, comme j'avais été privée de sa présence
dans les jours précédents, je sentais un grand besoin de
soulagement.
Il me dit: «Comme la chaux a le pouvoir de dévorer les
objets qui sont plongés en elle, ainsi la mortification a le pouvoir
de dévorer les imperfections et les défauts qui se trouvent
dans l'âme; elle va aussi loin que de spiritualiser le corps. Elle
se place près de l'âme et y scelle toutes les vertus. Jusqu'à
ce qu'elle ait bien dévoré ton âme et ton corps, elle
ne pourra pas sceller parfaitement en toi les marques de ma crucifixion.»
Ensuite, on perça mes mains et mes pieds (je ne suis pas sûre
qui le faisait, bien qu'il me semblait que c'était un ange). Puis,
avec une lance qu'il tira de son Coeur, Jésus perça mon coeur,
ce qui me donna une vive douleur. Ensuite, il disparut, me laissant plus
affligée qu'auparavant.
J'ai bien compris qu'il était nécessaire que la mortification
soit pour moi une inséparable amie, mais que pas même l'ombre
d'une amitié avec elle existait en moi! «Ah! Seigneur, attache-moi
à la mortification par une amitié indissoluble car, par moi-même,
mes manières sont toutes rustiques.»
Ne se voyant pas chaudement reçue par moi, la mortification
devient tout respect envers moi; elle me ménage toujours, craignant
qu'un jour je lui tourne le dos complètement. Jamais elle ne mènera
son majestueux travail à son achèvement car, aussi longtemps
que nous serons à couteaux tirés, ses mains prodigieuses
ne m'atteindront pas pour travailler sur moi et me présenter devant
Jésus comme un digne travail de ses saintes mains.
16 février 1900
Ce matin, après avoir renouvelé en moi les douleurs de
la crucifixion, Jésus me dit: «Par le bon air ou le mauvais
air qu'une personne respire, son corps est purifié ou infecté.
La mortification doit être l'air de l'âme. Par l'air que l'âme
respire, on reconnaît si elle est saine ou malade. Si une personne
respire l'air de la mortification, chaque chose sera purifiée en
elle; tous ses sens sonneront d'un même son concordant. Mais si elle
ne respire pas l'air de la mortification, tout sera discordant en elle;
elle aura une haleine répugnante. Pendant qu'elle domptera une passion,
une autre se lèvera. Sa vie se déroulera comme un jeu d'enfant.»
Il me sembla voir la mortification comme un instrument de musique,
qui, si ses cordes sont toutes bonnes et fortes, produit un son harmonieux.
Mais si ses cordes ne sont pas de bonne qualité, alors on doit en
ajuster une, puis une autre, et ainsi sans cesse, de sorte qu'on doit toujours
ajuster l'instrument sans jamais pouvoir en jouer. Et si on essaie d'en
jouer, on n'entend que des sons discordants.
19 février 1900
Ce matin, mon adorable Jésus est venu et m'a transportée
hors de mon corps. J'ai vu beaucoup de personnes en action, mais je ne
peux dire si c'était la guerre ou la révolution. Pour ce
qui est de Notre-Seigneur, les gens ne faisaient que lui tresser des couronnes
d'épines. Pendant qu'avec soin je lui en ai enlevé une, ils
lui en ont fixé une autre encore plus douloureuse.
Ah! il me semble bien que notre âge sera désavoué
à cause de son orgueil! La plus grande infortune, c'est de perdre
le contrôle de sa tête car, une fois qu'une personne a perdu
le contrôle de sa tête et de son cerveau, tous ses membres
deviennent invalides, ou ils deviennent ennemis les uns des autres.
Mon patient Jésus toléra toutes ces couronnes d'épines.
Et à peine les eus-je enlevées qu'il se tourna vers les gens
et leur dit: «Certains dans la guerre, certains en prison, d'autres
dans les tremblements de terre. Quelques-uns resteront. L'orgueil a dirigé
votre vie, et l'orgueil vous donnera la mort.»
Après cela, me tirant d'au milieu de ces personnes, Jésus
béni s'est changé en enfant. Je l'ai porté dans mes
bras pour qu'il se repose. Il m'a dit: «Entre toi et moi, que tout
soit pour moi; et que ce que tu concéderas aux créatures
ne soit rien d'autre que le débordement de notre amour.»
20 février 1900
Mon Jésus béni continuait de venir. Après que
j'eus communié, il renouvela en moi les douleurs de la crucifixion.
J'en étais si atteinte que je ressentais le besoin d'un soulagement,
mais je n'ai pas osé le demander.
Un peu plus tard, Jésus revint sous la forme d'un enfant et
il m'embrassa plusieurs fois. De ses Lèvres très pures coulait
un lait très doux que j'ai bu à grandes gorgées. Comme
je faisais cela, il me dit: «Je suis la fleur du Paradis céleste
et le parfum que j'exhale est tel que tout le Ciel en est parfumé.
Je suis la Lumière qui éclaire tout le Ciel; tous sont imprégnés
de cette Lumière. Mes saints tirent de moi leurs petites lampes.
Il n'y a pas de lumière au Paradis qui ne soit tirée de cette
Lumière.»
Ah oui! il n'y a pas de parfum de vertu sans Jésus; sans lui,
il n'y a pas de lumière, même au plus haut des cieux.
21 février 1900
Mon aimable Jésus recommença ses délais habituels.
Qu'il soit toujours béni! En vérité, on a besoin d'avoir
la patience d'un saint pour fonctionner avec lui. Celui qui n'a pas expérimenté
cela ne peut le croire. Il est presqu'impossible de ne pas avoir une petite
dispute avec lui.
Après avoir été patiente en l'attendant longuement,
il vint finalement et me dit: «Ma fille, le don de la pureté
n'est pas un don naturel mais une grâce acquise. L'âme l'obtient
en se faisant attrayante par la mortification et les souffrances. Oh! comme
les âmes mortifiées et souffrantes se rendent attrayantes.
J'ai un tel goût pour elles que j'en deviens fou. Tout ce qu'elles
veulent, je le leur donne. Quand tu es privée de moi -- ce qui est
la souffrance la plus douloureuse pour toi --, accepte cette privation
par amour pour moi; j'aurai pour toi un plus grand Amour qu'auparavant
et je t'accorderai de nouvelles grâces.»
23 février 1900
Ce matin, alors que j'avais presque perdu l'espérance que Jésus
béni vienne, il revint soudain. Il renouvela en moi les douleurs
de la crucifixion et me dit: «Le temps est arrivé. La fin
se dessine, mais l'heure est incertaine.» Alors que je me demandais
si ces mots avaient trait à ma crucifixion complète ou aux
châtiments, je lui dis: «Seigneur, j'ai peur que mon état
ne soit pas conforme à la Volonté de Dieu.» Jésus
reprit: «Le signe le plus sûr pour savoir si un état
est conforme à ma Volonté, c'est quand on ressent la force
de vivre dans cet état.»
Je lui dis: «Si c'était ta Volonté, tu ne cesserais
pas de venir comme avant!» Il répondit: «Quand une personne
est devenue familière dans une famille, toutes ces cérémonies
et ces respects ne sont plus utilisés comme ils l'étaient
auparavant, quand elle était encore une étrangère.
Et ce n'est pas là le signe que cette famille ne veut plus de la
personne, ni qu'elle ne l'aime pas plus qu'avant. Il en va ainsi avec moi.
Par conséquent, reste tranquille; laisse-moi faire. Ne te torture
pas le cerveau ou ne perds pas la paix de ton coeur. Au temps voulu, tu
comprendras mes oeuvres.»
24 février 1900
Ce matin je me suis trouvée tout apeurée. Je croyais
que tout était fantaisie ou que le démon voulait m'abuser.
C'est pourquoi je détestais tout ce que je voyais et j'étais
mécontente. J'ai vu que le confesseur priait Jésus de renouveler
en moi les douleurs de la crucifixion et j'ai essayé de résister.
Au commencement, Jésus béni le toléra ainsi mais,
parce que le confesseur insistait, il me dit: «Ma fille, manquerons-nous
réellement à l'obéissance cette fois-ci? Ne sais-tu
pas que l'obéissance doit sceller l'âme et la rendre malléable
comme la cire, de telle façon que le confesseur puisse lui donner
la forme qu'il veut?»
Alors, ne s'occupant pas de mes résistances, il me fit partager
les douleurs de la crucifixion. Et ne pouvant plus résister au commandement
de Jésus et du confesseur (car je ne voulais pas consentir de peur
que ce ne soit pas de Jésus), j'ai dû m'abandonner à
la souffrance. Que Jésus soit toujours béni et que toutes
les créatures le glorifient en toute chose et toujours!
26 février 1900
Après avoir vécu plusieurs jours dans la privation de
Jésus (au plus, il est venu quelques fois comme une ombre, puis
il fuyait), je ressentais une telle peine que j'ai fondu en larmes. Compatissant
à ma peine, Jésus béni vint, me regarda attentivement
et me dit:
«Ma fille, n'aie pas peur, car je ne te laisserai pas. Quand
tu es privée de ma présence, je ne veux pas que tu perdes
coeur. Plutôt, à partir d'aujourd'hui, quand tu seras privée
de moi, je veux que tu prennes ma Volonté et que tu te réjouisses
en elle, m'aimant et me glorifiant en elle, en la considérant comme
si elle était ma Personne même. En faisant ainsi, tu m'auras
dans tes mains mêmes.
«Qu'est-ce qui forme la béatitude du Paradis? Certainement
ma Divinité. Et de quoi sera formée la béatitude de
mes bien-aimés sur la terre? Certainement de ma Volonté.
Elle ne vous fuira jamais. Vous l'aurez toujours en votre possession. Si
tu restes dans ma Volonté, là tu expérimenteras des
joies ineffables et des plaisirs très purs. En ne quittant pas ma
Volonté, l'âme se rend noble; elle devient riche, et tous
ses travaux réfléchissent le Soleil divin, comme la surface
de la terre réfléchit les rayons du soleil.
«L'âme qui fait ma Volonté est ma noble reine; elle
prend sa nourriture et son breuvage uniquement dans ma Volonté.
À cause de cela, il coule dans ses veines un sang très pur.
Sa respiration exhale un arôme qui me rafraîchit totalement,
car il provient de ma propre Respiration. Ainsi, je ne veux rien de toi,
si ce n'est que tu formes ta béatitude à l'intérieur
de ma Volonté, sans en sortir, même un bref instant.»
Pendant qu'il disait cela, je demeurais tout alarmée et apeurée
à cause des Paroles de Jésus soutenant qu'il ne viendrait
pas et que je devais me calmer dans sa Volonté. Ô Dieu, quelle
peine, quelle angoisse mortelle! Mais, avec douceur, Jésus ajouta:
«Comment puis-je te laisser alors que tu es une âme victime?
Je cesserai de venir quand tu cesseras d'être une âme victime.
Mais tant que tu seras victime, je me sentirai toujours attiré à
venir à toi.»
Ainsi j'ai retrouvé mon calme. Je me suis sentie comme entourée
par l'adorable Volonté de Dieu, de telle manière que je ne
trouvais aucune ouverture pour m'échapper. J'espère qu'il
me gardera toujours ainsi emprisonnée dans sa Volonté.
27 février 1900
Alors que j'étais toute abandonnée à l'aimable
Volonté de Notre-Seigneur, je me suis vue complètement entourée
par mon doux Jésus, intérieurement et extérieurement.
Je me suis vue comme transparente et, partout où je regardais, je
voyais mon plus grand Bien. Mais, ô merveille, pendant que je me
voyais entourée en dedans et en dehors par Jésus, moi-même,
avec ma propre volonté, j'entourais Jésus de la même
manière, de telle façon qu'il n'avait pas d'ouverture par
où s'échapper, parce que, unie à la sienne, ma volonté
le tenait enchaîné. Ô admirable secret de la Volonté
de mon Seigneur, indescriptible est le bonheur qui vient de toi!
Comme je me trouvais dans cet état, Jésus béni
me dit: «Ma fille, dans l'âme qui est toute transformée
en ma Volonté, je trouve un doux repos. Cette âme devient
pour moi comme ces lits moelleux qui ne perturbent en aucune manière
ceux qui s'y reposent; même si les personnes qui s'en servent sont
fatiguées, courbaturées et arides, la douceur et le plaisir
qu'elles y trouvent sont tels qu'en s'éveillant, elles se trouvent
fortes et en santé. Telle est pour moi l'âme conforme à
ma Volonté. Et comme récompense, je me laisse moi-même
lier par sa volonté et j'y fais briller mon Soleil divin comme en
son plein midi.»
Ayant dit cela, il disparut. Plus tard, après que j'eus reçu
la sainte communion, il revint et me transporta hors de mon corps. Je vis
beaucoup de gens. Il me dit: «Dis-leur qu'ils font un grand mal en
murmurant l'un contre l'autre; ils attirent mon indignation. Et cela est
juste car, alors qu'ils sont tous sujets aux mêmes misères
et faiblesses, ils ne font que s'intenter des procès l'un contre
l'autre. Si, au contraire, avec charité ils se jugent l'un l'autre
avec compassion, alors je me sens attiré à user de miséricorde
avec eux.»
J'ai répété ces choses à ces gens, puis
nous nous sommes retirés.
2 mars 1900
Ce matin, après que j'eus reçu la sainte communion, mon
doux Jésus se montra à moi crucifié. Intérieurement,
je me suis sentie attirée à me regarder en lui afin de pouvoir
lui ressembler. Et lui-même se regarda en moi pour m'entraîner
à lui ressembler.
Comme je faisais cela, j'ai senti que les douleurs de mon Seigneur
crucifié s'infusaient en moi. Plein de bonté, il me dit:
«Je veux que ta nourriture soit la souffrance, mais pas la souffrance
pour elle-même, mais la souffrance comme fruit de ma Volonté.
Le baiser qui liera notre amitié sera l'union de nos volontés;
et le lien indissoluble qui nous liera dans un enlacement continuel sera
une souffrance continuelle partagée.»
Pendant qu'il disait cela, Jésus béni devint décloué.
Il prit sa Croix et l'étendit à l'intérieur de mon
corps. J'en devins si étirée que j'ai senti mes os se disloquer.
De plus, une main (je ne sais pas de qui elle était) perça
mes mains et mes pieds et Jésus, qui était assis sur la Croix
étendue en moi, prit grand plaisir à me voir souffrir et
à voir la personne qui perça mes mains et mes pieds.
Puis il dit: «Maintenant je peux me reposer en tranquillité.
Je n'ai même pas à me donner la peine de te crucifier, car
l'obéissance fera tout cela par elle-même; je te laisse libre
dans les mains de dame obéissance.»
Quittant la Croix, il se plaça sur mon coeur pour se reposer.
Qui pourrait dire combien j'ai souffert dans cette position! Après
une longue période et alors que, contrairement aux autres fois,
Jésus ne se pressait pas pour me délivrer et me faire revenir
à mon état naturel, je n'ai plus vu cette main qui m'avait
crucifiée. Je l'ai dit à Jésus. Il me répondit:
«Qui t'a mise sur la croix? Était-ce moi? C'était l'obéissance,
et l'obéissance doit te libérer!» Il semblait qu'il
voulait blaguer cette fois. Et il me libéra lui-même.
7 mars 1900
Ce matin, me retrouvant hors de mon corps, j'ai dû chercher à
gauche et à droite pour trouver Jésus béni. Par hasard,
je suis entrée dans une église et je l'ai trouvé sur
l'autel où le Sacrifice divin était offert. Immédiatement,
j'ai couru à lui et je l'ai embrassé en disant: «Finalement,
je t'ai trouvé! Tu m'as laissé te chercher ici et là
au point de me fatiguer, et tu étais ici!»
En me regardant avec gravité, et non pas selon sa manière
bienveillante habituelle, il me dit: «Ce matin, je me sens très
chagriné et je sens un grand besoin de recourir aux châtiments
pour m'enlever mon fardeau.» Immédiatement, j'ai répondu:
«Mon Cher, ce n'est rien! Nous allons remédier à cela
à l'instant! Tu vas déverser ton amertume en moi et, ainsi,
tu seras soulagé, n'est-ce pas?» Alors, il déversa
son amertume en moi.
Ensuite, me pressant sur lui-même, comme s'il était libéré
d'un grand poids, il ajouta: «L'âme conforme à ma Volonté
sait si bien comment maîtriser ma Puissance qu'elle en vient à
me lier complètement; elle me désarme comme il lui plaît.
Ah! toi, combien de fois tu me lies!» Pendant qu'il disait cela,
il revint à son aspect doux et bienveillant habituel.
9 mars 1900
Étant un peu agitée à propos d'une certaine chose,
mon esprit errait ici et là. Je cherchais à me rassurer et
à retrouver ma paix, mais Jésus béni m'empêchait
d'arriver à mon but. Comme j'insistais, il me dit: «Pourquoi
vagabondes-tu ainsi? Ne sais-tu pas que celui qui va contre ma Volonté
va hors de la lumière et s'emprisonne dans la noirceur?»
Comme pour me distraire de ce que je cherchais, il me transporta hors
de mon corps et, changeant de sujet, il me dit: «Le soleil illumine
toute la terre d'un bout à l'autre, de telle manière qu'il
n'y a pas un endroit qui ne profite de sa lumière. Il n'y a personne
qui puisse se plaindre d'être privé de ses rayons bienfaisants.
Chacun peut en bénéficier comme s'il l'avait pour lui seul.
Seulement ceux qui se cachent dans des lieux obscurs peuvent se plaindre
de ne pas en jouir. Cependant, continuant son office charitable, il laisse
quand même passer pour eux quelques rayons.
«Le soleil qui éclaire tous les peuples est une image
de ma grâce. Les pauvres et les riches, les ignorants et les savants,
les chrétiens et les incroyants peuvent en bénéficier.
Personne ne peut dire qu'il en est privé, parce que la lumière
de la Vérité inonde le monde comme le soleil en son plein
midi.
«Mais quelle n'est pas ma peine de voir que les gens passent
au milieu de cette lumière les yeux fermés et que, défiant
ma grâce par leurs torrents d'iniquités, ils s'éloignent
de cette lumière et vivent volontairement dans des régions
ténébreuses au milieu de cruels ennemis. Ils sont exposés
à mille dangers parce qu'ils n'ont pas la lumière; ils ne
peuvent discerner s'ils sont au milieu d'amis ou d'ennemis et, ainsi, ne
savent pas contourner les dangers qui les entourent.
«Ah! tous seraient horrifiés si l'homme faisait ce genre
d'affront au soleil, poussant son ingratitude jusqu'à s'arracher
les yeux pour le vexer et ne pas voir ses rayons, pour être ainsi
plus certains de vivre dans les ténèbres. S'il pouvait raisonner,
le soleil enverrait des lamentations et des pleurs plutôt que sa
lumière, ce qui tournerait la nature sens dessus dessous.
«Quoiqu'il serait horrifié de voir faire cela en ce qui
concerne la lumière naturelle, l'homme atteint de tels extrêmes
en ce qui concerne la lumière de ma grâce. Mais, toujours
bienveillante, la grâce continue d'envoyer ses rayons sur les ténèbres
humaines. Ma grâce n'ignore personne! C'est plutôt l'homme
qui, volontairement, la boude. Et quoiqu'il n'ait plus cette lumière
en lui, celle-ci lui octroie quand même son scintillement.»
Pendant qu'il disait cela, Jésus semblait extrêmement
affligé. Je fis ce que je pouvais pour le consoler, le priant de
déverser son amertume en moi. Il ajouta: «J'implore ta compassion,
même si je suis la cause de ton affliction car, de temps en temps,
je sens la nécessité d'alléger ma douleur en parlant
à mes âmes bien-aimées de l'ingratitude des hommes.
Je veux émouvoir ces âmes amies pour les amener à me
faire réparation pour tous ces excès, et aussi pour les amener
à la compassion envers les hommes eux-mêmes.» Je lui
dis: «Seigneur, j'aimerais que tu ne m'épargnes pas en me
faisant participer à tes douleurs.» Et, sans que j'aie pu
en dire plus, il disparut et me fit réintégrer mon corps.
10 mars 1900
Ce matin, après que j'eus reçu la sainte communion, j'ai
vu mon cher Jésus sous la forme d'un enfant, avec une lance à
la main, désirant transpercer mon coeur. Comme j'avais dit une certaine
chose à mon confesseur, Jésus, voulant me réprimander,
me dit: «Tu veux éviter de souffrir, mais je veux que tu commences
une nouvelle vie de souffrance et d'obéissance!»
Comme il disait cela, il transperça mon coeur avec la lance.
Puis il ajouta: «L'intensité du feu correspond à la
quantité de bois qu'on y met. Plus le feu est grand, plus grande
est sa capacité de brûler et de consumer les objets qu'on
y dépose, et plus grandes sont la chaleur et la lumière qu'il
développe. Telle est l'obéissance. Plus elle est grande,
plus elle est capable de détruire dans l'âme ce qui est matériel.
Comme à une cire molle, l'obéissance donne à l'âme
la forme qu'elle veut.»
11 mars 1900
Tout se passait comme à l'accoutumée. Ce matin, j'ai
vu Jésus plus affligé que d'habitude et il menaçait
de mort des personnes. J'ai vu aussi que, dans certains pays, beaucoup
mouraient.
Plus tard, j'ai passé dans le purgatoire et, y ayant reconnu
une amie décédée, je l'ai questionnée sur différentes
choses concernant mon état. Je voulais spécialement savoir
si mon état correspondait à la Volonté de Dieu et
si c'était Jésus qui venait ou le démon. Je lui ai
dit: «Puisque tu te trouves devant la Vérité et que
tu connais les choses clairement sans pouvoir être trompée,
tu peux me dire la vérité sur mes affaires.»
Elle me répondit: «N'aie pas peur. Ton état est
selon la Volonté de Dieu et Jésus t'aime beaucoup. C'est
pour cette raison qu'il daigne se manifester à toi.»
Alors, lui soumettant quelques-uns de mes doutes, je la priai d'avoir
la bonté d'examiner ces choses devant la lumière de la Vérité
et d'être assez charitable de venir ensuite m'éclairer. J'ai
ajouté que si elle faisait cela, en récompense, je ferais
célébrer une messe à ses intentions.
Elle dit: «Si le Seigneur le veut! Car nous sommes si plongés
en Dieu que nous ne pouvons pas même bouger nos paupières
sans son consentement. Nous vivons en Dieu comme des personnes qui vivent
dans un autre corps. Nous pouvons penser, parler, travailler, marcher,
autant qu'il nous est donné par ce corps d'appoint. Pour nous, ce
n'est pas comme pour toi, qui as le libre choix, qui dispose de ta propre
volonté. Pour nous, nos volontés personnelles ont comme cessé
de fonctionner. Notre volonté est uniquement celle de Dieu. Nous
vivons en elle. En elle nous trouvons tout notre contentement, tout notre
bien et toute notre gloire.»
Puis, dans un contentement inexprimable concernant la Volonté
divine, nous nous sommes séparées.
14 mars 1900
Le confesseur m'avait demandé de prier le Seigneur pour qu'il
me manifeste la manière d'attirer les âmes au catholicisme
et d'éliminer l'incroyance. J'ai prié Jésus sur ce
point pendant plusieurs jours et il daigna aborder cette question.
Ainsi, ce matin, je me suis trouvée hors de mon corps, transportée
dans un jardin. Il me sembla que c'était le jardin de l'Église.
Il y avait là beaucoup de prêtres et d'autre dignitaires qui
discutaient sur la question. Un chien immense et puissant vint et laissa
la plupart si effrayés et épuisés qu'ils se sont laissés
mordre par la bête. Par la suite, ils se retirèrent de la
réunion comme des peureux.
Cependant le chien féroce n'avait pas la force de mordre ceux
qui avaient Jésus dans leur coeur comme le centre de toutes leurs
actions, de toutes leurs pensées et de tous leurs désirs.
Ah oui! Jésus était le bouclier de ces personnes; la bête
devint si faible devant elles qu'elle n'avait pas la force de respirer.
Pendant que les gens discutaient, j'ai entendu Jésus qui disait
derrière mon dos:
«Toutes les autres sociétés connaissent ceux qui
appartiennent à leur groupe. Seulement mon Église ne sait
pas qui sont ses fils. Le premier pas est de savoir quels sont ceux qui
lui appartiennent. Vous pouvez les connaître en établissant
une réunion à laquelle ceux qui sont catholiques seront invités,
à un endroit bien choisi pour une telle réunion. Et là,
avec l'aide de laïcs catholiques, établissez ce qui doit être
fait.
«Le deuxième pas est d'obliger les catholiques présents
à se confesser, ceci étant la chose principale qui renouvelle
l'homme et en fait un vrai catholique. Ceci n'est pas seulement pour ceux
qui assistent, mais aussi pour celui qui est le supérieur. Il devra
aussi obliger ses sujets à se confesser. Pour ceux qui refuseront,
il devra avec courtoisie les congédier.
«Quand chaque prêtre aura formé le groupe de ses
catholiques, on pourra ensuite faire d'autres pas. Et pour reconnaître
les temps appropriés pour avancer, on doit faire comme pour les
arbres qui ont besoin d'être émondés. Les arbres émondés
produisent des fruits de qualité, mais si l'arbre n'est pas émondé,
il affiche un bel étalage de branches feuillues et de fleurs, mais
il n'a pas suffisamment de sève et de force pour transformer autant
de fleurs en fruits. Puis, quand une grosse pluie ou un coup de vent arrive,
les fleurs tombent et l'arbre devient dénudé. Il en va ainsi
pour les choses de la religion.
«Premièrement, vous devez former un corps de catholiques
suffisant pour se tenir debout devant les autres groupes. Ensuite, vous
pouvez entrer dans les autres groupes pour n'en former plus qu'un.»
Après qu'il eut dit cela, je ne l'ai plus entendu. Sans même
le revoir, je me suis retrouvée en mon corps. Qui pourrait dire
ma peine de ne pas avoir vu Jésus béni pendant toute la journée
et toutes les larmes que j'ai versées!
15 mars 1900
Puisque Jésus continuait d'être absent, j'étais
consumée par la peine et j'ai senti en moi monter une fièvre
au point d'en devenir délirante. Le confesseur vint pour célébrer
le sacrifice divin et j'ai reçu la communion. Cependant, je n'ai
pas vu mon cher Jésus comme d'habitude quand je communie. C'est
pourquoi j'ai commencé à parler d'une manière insensée:
«Dis-moi, mon Bien, pourquoi ne te montres-tu pas? Il me semble
que cette fois je n'ai pas occasionné ton évasion! Quoi?
Tu me laisses tout simplement? Ah! pas même des amis de cette terre
agissent de cette manière. Quand il ont à partir, au moins
ils disent au revoir. Et tu ne me dis même pas au revoir! Peut-on
agir de cette manière? Pardonne-moi si je parle comme cela. C'est
la fièvre qui me rend délirante et qui me fait tomber dans
cette folie!»
Qui pourrait dire toutes les idioties que je lui ai ainsi dites? J'étais
délirante et je pleurais. À un moment, Jésus montrait
une main, à un autre, un bras. J'ai vu le confesseur qui me donna
l'autorisation de souffrir la crucifixion. Ainsi contraint par l'obéissance,
Jésus se montra. Je lui dis: «Pourquoi ne te montrais-tu pas?»
Et lui, d'un ton sévère, me dit: «Ce n'est rien!
Ce n'est rien! C'est seulement que je veux châtier la terre. Mais
le fait d'être en bonne relation avec ne fût-ce qu'une seule
personne me rend désarmé et je n'ai plus la force de mettre
les châtiments en marche; quand tu vois que je veux envoyer des châtiments,
tu commences à dire: "Verse-les sur moi. Fais-moi souffrir." Alors
je me sens vaincu par toi et je ne passe jamais aux châtiments. Mais,
pendant ce temps, l'homme ne fait que devenir plus provoquant.»
Le confesseur m'autorisa à souffrir la crucifixion. Mais Jésus
se montra lent à procéder, contrairement aux autres fois
où il passait immédiatement aux actes. Il me dit: «Que
veux-tu faire?» Je lui répondis: «Seigneur, ce que tu
veux.» Se tournant alors vers le confesseur, il lui dit d'un ton
sérieux: «Veux-tu, toi aussi, me lier en lui donnant cette
permission pour que je la fasse souffrir?»
Pendant qu'il disait cela, il commença à me faire partager
les douleurs de la Croix. Par la suite, pacifié, il déversa
en moi son amertume. Puis il dit: «Où est le confesseur?»
Je répondis: «Je ne sais pas. Il n'est sûrement plus
avec nous.» Jésus dit: «Je veux le voir car, puisqu'il
m'a rafraîchi, je veux moi aussi le rafraîchir.»
17 mars 1900
Ce matin, Jésus béni me montra le Saint-Père avec
des ailes étendues. Il était à la recherche de ses
enfants pour les rassembler sous ses ailes. J'ai entendu ses gémissements:
«Mes enfants, combien de fois j'ai essayé de vous rassembler
sous mes ailes, mais vous me fuyez. Par pitié, entendez mes gémissements
et compatissez à ma douleur!» Il pleurait amèrement.
Il semblait que ce n'était pas seulement des laïcs qui s'écartaient
du Pape, mais aussi des prêtres; et cela lui donnait des douleurs
plus grandes encore. Comme il est pénible de voir le Pape dans cet
état!
Après, j'ai vu Jésus faire écho aux gémissements
du Saint-Père en disant: «Parmi ceux qui sont restés
fidèles, quelques-uns vivent pour eux-mêmes; ils n'ont pas
le zèle de s'exposer pour ma gloire et pour le bien des âmes.
D'autres sont retenus par la peur. D'autres parlent, proposent et promettent,
mais ne passent jamais aux actes.» Puis il disparut.
Un peu plus tard il revint et je me suis sentie toute anéantie
par sa présence. Me voyant anéantie, il me dit: «Ma
fille, plus tu t'abaisses, plus je me sens attiré à me courber
vers toi et à te remplir de mes grâces. L'humilité
attire ma lumière.»
20 mars 1900
Ayant reçu la sainte communion, j'ai vu mon doux Jésus.
Il m'invita à sortir avec lui, à la condition cependant que
partout où nous irions, si je voyais qu'il était contraint
par les péchés d'envoyer des châtiments, je ne m'opposerais
pas. Nous sommes ainsi allés de par le monde.
En premier, j'ai vu que tout était desséché en
certains endroits. J'ai dit à Jésus: «Seigneur, que
feront ces pauvres gens s'ils manquent de nourriture pour se nourrir? Oh!
tu peux tout. Juste comme tu as fait que ces terres se dessèchent,
rends-les florissantes.» Comme il portait une couronne d'épines,
j'ai tendu mes mains en disant: «Mon Bien, qu'est-ce que ces personnes
t'ont fait? Peut-être t'ont-elles mis cette couronne d'épines?
Alors, donne-la moi. Ainsi, tu seras apaisé et tu leur donneras
de la nourriture afin qu'ils ne périssent pas.»
Prenant sa couronne d'épines, je l'ai pressée sur ma
tête. Comme je faisais cela, Jésus me dit: «Il est bien
évident que je ne peux pas t'amener avec moi, car t'amener avec
moi et ne pouvoir rien faire, c'est la même chose.» Je lui
répondis: «Seigneur, je n'ai rien fait! Pardonne-moi si tu
penses que j'ai mal agi. Mais, par pitié, garde-moi avec toi.»
Il me dit: «Tes façons d'agir me lient complètement!»
Et je poursuivis: «Ce n'est pas moi qui fais ainsi, c'est toi-même
car, me trouvant avec toi, je vois que tout t'appartient et il me semble
que si je ne prends pas soin de tes choses, je ne prends pas soin de toi.
Par conséquent, tu dois me pardonner si j'agis de cette manière,
car je le fais par amour pour toi. Tu ne dois pas m'écarter de toi
pour cela!»
Ensuite, nous avons continué notre tournée. Je faisais
tout ce que je pouvais pour ne rien dire afin de ne pas lui donner l'occasion
de me congédier. Mais quand je ne pouvais plus me retenir, je commençais
à m'opposer. Nous sommes arrivés à un point en Italie
où on était à inventer un moyen de provoquer un grand
écroulement, mais je ne comprenais pas ce que c'était. J'ai
commencé à dire: «Seigneur, ne permets pas cela! Ces
pauvres gens, que feront-ils?» Voyant que je devenais anxieuse et
que je voulais l'empêcher d'agir, il me dit avec autorité:
«Recule, recule!»
Prenant une ceinture pleine de clous et d'épingles qui était
enfoncée dans son Corps et qui le faisait beaucoup souffrir, il
ajouta: «Recule et prends cette ceinture avec toi; tu me soulageras
beaucoup.» Je lui dis: «Oui, je vais la mettre à ta
place, mais laisse-moi rester avec toi.» Il ajouta: «Non! Recule!»
Il m'a dit cela avec une telle autorité que, incapable de résister,
je suis retournée dans mon corps. Je n'ai pas pu comprendre ce qu'était
cette invention.
25 mars 1900
Ce matin, en arrivant, mon adorable Jésus me dit: «Comme
le soleil est la lumière du monde, ainsi le Verbe de Dieu, en s'incarnant,
devint la lumière des âmes. Comme le soleil matériel
donne la lumière à tous en général et à
chacun en particulier (de sorte que chacun peut en jouir comme si elle
lui était personnelle), ainsi le Verbe, alors qu'il donne la lumière
en général, la donne à chacun en particulier; chacun
peut l'avoir comme si elle était son bien personnel.»
Qui pourrait dire tout ce que j'ai compris concernant cette divine
lumière et les effets bénéfiques qu'elle procure aux
âmes. Il me sembla qu'en possédant cette lumière, l'âme
fait fuir les ténèbres de l'esprit comme le soleil matériel
fait fuir les ténèbres de la nuit. Si l'âme est froide,
cette divine lumière la réchauffe; si elle est dénuée
de vertus, elle la rend fertile; si elle est infectée par la tiédeur,
elle la stimule à la ferveur. En un mot, le divin Soleil inonde
l'âme de tous ses rayons et va jusqu'à la transformer en sa
propre lumière.
Comme je me sentais épuisée, Jésus me dit: «Ce
matin, je veux me réjouir en toi.» Et il commença à
faire ses artifices amoureux coutumiers.
1er avril 1900
Après que je l'eus attendu beaucoup, mon doux Jésus se
montra dans mon coeur. Je le vis comme un soleil qui envoyait ses rayons.
Au centre de ce soleil, je percevais l'auguste Figure de Notre-Seigneur.
Mais ce qui m'émerveillait le plus était que je voyais plusieurs
servantes habillées de blanc avec des couronnes sur la tête;
elles entouraient le divin Soleil et se nourrissaient de ses rayons. Oh!
comme elles étaient belles, modestes, humbles et toutes appliquées
à se réjouir en Jésus!
Ne sachant pas la signification de tout cela et ayant un peu peur,
j'ai demandé à Jésus de me dire qui étaient
ces demoiselles. Il me dit: «Ces demoiselles sont tes passions que
moi, par ma grâce, j'ai changées en autant de vertus et qui
me font un noble cortège. Elles sont toutes à ma disposition
et je les nourris de mes grâces continuelles.»
Ah! Seigneur, je me sens si mauvaise que j'ai honte de moi!
2 avril 1900
Ce matin, j'ai beaucoup souffert de l'absence de mon cher Jésus.
Néanmoins, il allait me récompenser de ma peine en répondant
à un désir de connaître une certaine chose qui m'habitait
depuis longtemps. Voici:
Je l'appelais par des prières, des larmes et des chants (qui
sait, peut-être qu'il serait touché par ma voix et qu'il se
laisserait trouver), mais tout cela en vain. J'ai répété
mes pleurs. J'ai demandé à beaucoup où je pourrais
le trouver. Finalement, au moment où je ne pouvais plus continuer
et où j'ai senti mon coeur éclater, je l'ai trouvé.
Mais je l'ai vu de dos. À ce moment, je me suis souvenu d'une résistance
que je lui avais faite (que je dirai dans le livre du confesseur) et je
lui en ai demandé pardon. Il me sembla ensuite que nous étions
en bons termes. Il me demanda ce que je voulais et je lui dis:
«Aie la gentillesse de m'indiquer ce que je dois faire quand
je me trouve avec très peu de souffrance ou quand tu ne viens pas
et que, si tu viens, tu le fais comme une ombre. Alors, ne te voyant pas,
je ne quitte pas mes sens et, dans cet état, je trouve que je fais
les choses par moi-même et qu'il n'est pas nécessaire d'attendre
la venue du confesseur pour sortir de mon état.
Que tu souffres ou que tu ne souffres pas, répondit Jésus,
que je vienne ou que je ne vienne pas, ton état est toujours celui
de victime, conformément à ma Volonté et à
la tienne. Je ne juge pas suivant ce qui est fait, mais suivant la volonté
avec laquelle la personne agit.
Mon Seigneur, lui dis-je, ce que tu dis est bien; mais je me sens inutile
et je trouve que beaucoup de temps est perdu. Je me sens concernée
par ce que tu dis et, en même temps, j'ai un peu peur. Je ne suis
pas sûre que de faire venir le confesseur soit selon ta Volonté.
Penses-tu, poursuivit Jésus, que de faire venir le confesseur
soit un péché?»
Non, mais je crains que ce ne soit pas ta Volonté.
Tu dois fuir l'ombre même du péché et, à
tout le reste, n'accorde même pas une pens&