Le Royaume du Divin Fiat chez les créatures
Le Livre du Ciel
Tome 1
Appel des créatures à revenir
à la place, au rang et au but
pour lesquels elles ont été créées par
Dieu
Luisa Piccarreta
La Petite Fille de la Divine Volonté
Luisa commence à écrire.
Un grand sacrifice m'est imposé par la sainte obéissance.
Je dois écrire ce qui s'est passé entre moi et mon Jésus
bien-aimé pendant une période de plus de 16 ans. Je me sens
écrasée par la tâche (1). Néanmoins, quoique
confuse, je veux m'appliquer de mon mieux. Je crois en Jésus, mon
Époux bien-aimé, qui pourra me rendre la tâche tolérable.
Ainsi, je pourrai la remplir pour la plus grande gloire de Dieu et pour
l'amour que je nourris pour la noble vertu d'obéissance.
«Je commence donc, ô Jésus, en vous, avec vous,
et pour vous. Je n'ai pas confiance en moi, mais j'ai foi en vous. Sans
vous, je ne peux rien faire. Puisse cet écrit, du commencement à
la fin, être fait pour votre plus grande gloire, pour la croissance
de mon amour envers vous et pour ma plus grande confusion.»
Neuvaine préparatoire à la fête de Noël.
À l'âge de 17 ans, je voulais, par la pratique journalière
de la méditation, de divers actes de vertu et de diverses mortifications,
me préparer à la fête de Noël, c'est-à-dire
à la fête de la Nativité de mon toujours aimable Jésus.
Et tout ceci, pendant la durée d'une neuvaine. D'une manière
spéciale, je voulais honorer les neuf mois pendant lesquels Jésus
avait choisi de rester dans le Sein virginal de la Sainte Vierge en faisant
pendant neuf jours neuf méditations par jour concernant le mystère
béni de l'Incarnation.
Premier excès d'Amour.
Dans une méditation, j'avais choisi d'aller au Paradis par la
pensée. Je m'imaginais la Très Sainte Trinité dans
un concile décisif, planifiant de racheter la race humaine tombée
dans la plus sordide misère, de laquelle, sans l'action divine,
elle ne serait jamais capable de se relever, pour parvenir à une
vie nouvelle d'absolue liberté. J'ai ensuite vu le Père prenant
la décision d'envoyer son Fils Unique sur la terre, celui-ci acquiesçant
au désir du Père, et le Saint-Esprit accordant son plein
accord -- le tout pour le salut des hommes.
Tout mon être s'émerveillait d'un si grand mystère
d'Amour réciproque entre les Personnes Divines, un Amour formidable
liant entre elles les Personnes Divines et s'irradiant sur les hommes.
Je considérai ensuite l'ingratitude de ceux-ci, rendant inopérant
un si grand Amour.
Je serais restée dans cet état toute la journée,
plutôt que pendant juste une heure, si Jésus ne m'avait pas
fait entendre une voix intérieure me disant: «C'est assez
pour le moment. Viens avec moi et tu verras d'autres et plus grands excès
de mon Amour envers toi.»
Deuxième excès d'Amour.
Ma pensée était amenée à considérer
mon toujours aimable Jésus, résidant dans le sein très
pur de Marie Vierge et Mère. J'étais étonnée
que notre grand Dieu, qui ne peut être contenu par les cieux, voulait,
par Amour pour les hommes, devenir si petit et être confiné
à un espace si restreint, jusqu'à ne pouvoir ni bouger ni
respirer.
Comme cette considération me consumait d'amour pour mon Jésus
nouveau-né, il me dit intérieurement: «Vois combien
je t'aime! Par pitié, fais-moi un peu de place dans ton coeur. Sors-y
tout ce qui n'est pas de moi, afin que j'y aie un peu plus d'aise pour
bouger et respirer.»
Mon coeur se sentit alors broyé d'amour pour lui. Donnant libre
cours à mes pleurs, je demandais pardon pour mes fautes, promettant
d'être toujours toute à lui. Cependant, je devais constater
que je répétais la même promesse jour après
jour et que, à ma grande confusion, je retombais toujours dans les
mêmes fautes. Ceci me causait une grande souffrance. Et je me suis
exclamée: «Ah! mon Jésus, comme tu as toujours été
bienveillant envers la misérable créature que je suis, et
que tu l'es encore! Aie toujours pitié de moi!»
Fin de la neuvaine.
C'est ainsi que se sont passées ma deuxième et ma troisième
heures de méditation. Et j'ai ainsi continué jusqu'à
la neuvième heure, que j'ai omise, à cause de mes insipides
et regrettables distractions. Cependant, la voix me demanda de poursuivre
avec les méditations de la neuvaine, m'avertissant que si je ne
le faisais pas, je n'aurais aucun répit, aucune paix. Et j'essayais
d'imaginer comment je pourrais mieux le faire, parfois agenouillée,
parfois prosternée jusqu'à terre. Il y avait des fois où
ma famille m'empêchait de le faire pendant que je travaillais. Mais
je voulais toujours satisfaire mon si bon Jésus.
C'est de cette façon que je passai tous les jours de ma sainte
neuvaine, jusqu'à la veille du jour où mon bien-aimé
Jésus me donna une récompense inhabituelle et inespérée.
C'était la nuit avant Noël. J'étais seule et sur le
point de terminer mes méditations quand, soudain, je ressentis en
moi un courant de ferveur inhabituelle et me suis trouvée en présence
du très gracieux bébé Jésus. Il était
si beau et si charmant! Mais à cause du manque d'amour qui lui était
donné par les créatures ingrates, il tremblait de froid.
Et il agissait comme s'il voulait m'embrasser. J'étais ravie de
joie. Je me suis levée immédiatement et j'ai couru pour l'embrasser.
Mais quand j'ai essayé de le serrer dans mes bras, il disparut.
Ceci arriva par trois fois, et chaque fois je n'ai pu l'embrasser.
J'en fus très contrariée. Et, toute pénétrée
d'amour, je suis tombée dans une ivresse amoureuse -- c'est difficile
pour moi de mettre tout ça dans des mots, car je n'ai pas la bonne
manière de m'exprimer. Je ne nie pas que j'étais toute transformée
d'amour par Jésus. Cette ferveur inhabituelle dura plusieurs jours.
Ensuite, elle diminua graduellement. Pendant longtemps, je n'ai laissé
transpirer absolument rien de tout cela à qui que ce soit.
Par la suite, la voix à l'intérieur de moi ne m'a jamais
laissée. Comme je continuais à tomber, la voix me réprimandait
après chacune de mes fautes coutumières. Elle me corrigeait
et m'enseignait que je devais tout faire très bien. Elle me donnait
un nouveau courage quand je tombais et me faisait promettre d'être
plus vigilante dans le futur.
À présent, Notre-Seigneur continue d'agir avec moi comme
un bon père envers son enfant, de toujours ramener l'enfant égarée
dans le chemin de la vertu, de toujours user d'efforts paternels pour la
garder à son devoir, afin qu'elle produise pour Dieu honneur et
gloire, et qu'elle recherche toujours la couronne enviable de la vertu.
Mais hélas, pour ma honte et ma confusion, je dois m'exclamer: «Ô
Jésus, comme j'ai été ingrate envers vous!»
Jésus agit dans l'âme de Luisa,
la détachant du monde extérieur.
Puis mon Bon et Divin Maître commença à dégager
mon coeur de toutes les affections qui l'attachaient aux créatures.
Il vint à moi et, comme à l'accoutumée, me dit par
une voix intérieure:
«Je suis ton Tout. Je mérite d'être aimé
de toi d'un amour égal à celui que j'ai pour toi. Si tu ne
laisses pas le petit monde de tes pensées, de tes affections et
de tes sentiments pour les créatures, je ne pourrai pas entrer complètement
en ton coeur et en prendre possession d'une façon permanente. Le
constant murmure de tes pensées t'empêche d'entendre clairement
ma Voix, ce qui m'empêche de déverser en toi mes grâces
et de te faire tomber complètement en amour avec moi. Je suis un
Époux très jaloux. Promets-moi que tu seras mienne totalement,
et moi je me mettrai au travail pour faire de toi ce que je veux. Tu dis
la vérité quand tu dis que tu ne peux rien faire par toi-même.
Mais n'aie pas peur, je ferai tout pour toi. Donne-moi ta volonté:
ce sera suffisant pour moi.»
Il me répétait souvent cela à l'occasion de la
Sainte Communion. Je m'abîmais alors en pleurs de regrets et je promettais
que, plus que jamais, j'allais être à lui totalement. Et si,
à ce moment, je prenais conscience que je n'agissais pas en accord
avec sa Volonté, je lui demandais pardon et lui déclarais
que vraiment je voulais l'aimer de tout mon coeur. Et sachant que, privée
de son aide, je ferais bien pire, je lui demandais de ne pas m'abandonner.
Et Jésus, me faisant entendre sa Voix dans mon coeur, me disait:
«Non! Non! Je serai avec toi partout où tu iras pour observer
toutes tes actions et diriger et unifier tous les mouvements et les désirs
de ton coeur.»
Je pensais à lui constamment. Quand il m'arrivait de me laisser
distraire par des conversations avec ma famille ou des paroles sans importance
ou non nécessaires, j'entendais rapidement sa Voix me dire: «Ces
conversations ne me plaisent pas. Elles remplissent ta pensée avec
des choses qui ne m'intéressent pas. Elles entourent ton coeur de
sentiments nuisibles, qui rendent inefficaces les grâces dont je
t'inonde, toi si faible et sans vie. Oh! essaie de m'imiter comme quand
j'étais dans la maison de Nazareth: ma pensée était
occupée seulement par ce qui concernait la Gloire de mon Père
et le salut des âmes. Ma Bouche s'ouvrait seulement pour dire des
choses saintes et pour persuader d'autres personnes de réparer pour
les offenses commises contre mon Père. Ainsi, les coeurs brisés
par le chagrin étaient attirés; et, adoucis par la grâce,
ils étaient amenés à mon Amour. Devrais-je te parler
des conférences spirituelles que j'avais avec ma Mère et
mon père putatif? Tout ce qui était dit rappelait Dieu, et
tout ce qui était fait était pour Dieu et se rapportait à
lui. Ne peux-tu pas en faire autant?»
Ainsi je devenais muette intérieurement et toute confuse, et
je désirais être seule dans la mesure du possible. Je confessais
à Jésus mes faiblesses et demandais son aide et ses grâces
pour être ponctuelle à exécuter ce qu'il me demandait.
Je confessais aussi que, par moi-même, je ne pouvais rien faire,
si ce n'est le mal. Et malheur à moi quand ma pensée ou mon
coeur occasionnellement se détournait de Jésus et s'intéressait
à des personnes que j'aimais. Vivement et brusquement, sa Voix revenait
alors et disait sur un ton sec: «Est-ce ceci ta manière de
m'aimer? Qui t'a aimée autant que moi? Sache que si tu n'arrêtes
pas, je me retirerai et te laisserai seule, à tes propres moyens.»
À la suite de tels et si nombreux reproches, je sentais mon coeur
se briser, et je ne pouvais que pleurer abondamment et implorer son pardon.
Un matin, après avoir reçu la Sainte Communion, il me
donna une claire vision du grand Amour qu'il avait pour moi, ainsi qu'une
vision de l'amour inconstant et volage que les créatures ont pour
lui. Mon coeur fut totalement saisi et, à partir de ce moment, j'étais
incapable d'aimer qui que ce soit, si ce n'est lui seul.
Il m'enseignait aussi comment aimer les créatures sans me séparer
de lui, en voyant chaque personne comme une image de Dieu. Par exemple,
si quelque bonne chose venait à moi, je devrais reconnaître
que lui, le moteur premier est l'auteur de ce bien et qu'il se sert de
créatures pour me prodiguer son Amour.
Si, d'autre part, il m'arrivait d'être affectée par quelque
mal, je devrais penser que Dieu le permettait pour mon bien spirituel ou
corporel. Ainsi, mon coeur se sentirait attiré vers Dieu et attaché
à lui. En voyant Dieu dans les créatures, mon estime pour
celles-ci en serait rehaussée. Si elles me contrariaient, je me
sentirais obligée de les aimer à travers Dieu et de croire
qu'elles m'apportent des mérites pour mon âme. Si les créatures
m'approchaient avec des louanges et des applaudissements, je les recevrais
avec dédain et me dirais: «Aujourd'hui elles m'aiment; demain
elles pourraient me haïr. Les créatures sont volages.»
Ainsi mon coeur acquit une liberté que je ne peux exprimer par des
mots.
Jésus continue son travail dans l'âme de Luisa, la
dégageant d'elle-même et purifiant son Coeur.
Après que mon Divin Précepteur m'eut coupée du
monde extérieur, m'ayant séparée des créatures
et libérée des pensées et des affections pour elles,
il commença à purifier l'intérieur de mon coeur. Sa
douce Voix résonnait souvent à mes oreilles en disant:
«Maintenant que nous sommes seuls, il n'y a rien pour nous déranger.
N'es-tu pas plus contente maintenant, qu'au temps où tu cherchais
à plaire à ceux qui vivaient autour de toi? Ne vois-tu pas
qu'il est plus facile de plaire à moi seul, plutôt que de
plaire à plusieurs? En retour, nous agirons comme si toi et moi
nous étions seuls dans le monde. Promets-moi de m'être fidèle
et je verserai en toi des grâces qui t'émerveilleront. J'ai
de grands desseins sur toi, que je pourrai réaliser seulement si
tu corresponds à ce que je te demande et que tu te conformes à
ma Volonté. Je me réjouirai en faisant de toi une image parfaite
de moi. Tu m'imiteras en tout ce que j'ai fait dans mon Humanité,
de ma Naissance à ma Mort. N'aie aucun doute de la réussite,
parce que je t'enseignerai peu à peu comment faire.»
Au jour le jour, spécialement après la Sainte Communion,
il me parlait de ce dont je devais me préoccuper -- sans dépasser
le seuil de la fatigue --, afin de faire mieux fructifier les grâces
qui m'étaient accordées. La première chose dont il
me parla, fut la nécessité de purifier l'intérieur
de mon coeur et de m'anéantir, afin d'acquérir l'humilité.
Dans ce but, il me disait souvent:
«Pour que je puisse déverser mes grâces dans ton
coeur, il est nécessaire que tu te convainques que, par toi-même,
tu n'es capable de rien. Je comble de mes dons et de mes grâces les
âmes qui hésitent à s'attribuer à elles-mêmes
les bons effets de leurs travaux faits avec ma grâce; je les regarde
avec beaucoup d'approbation. Les âmes qui considèrent mes
dons et mes grâces comme si elles les avaient acquises par elles-mêmes,
commettent beaucoup de larcins. Elles devraient se dire: «Les fruits
qui sont produits dans mon jardin ne doivent pas m'être attribués
à moi, pauvre et misérable créature, mais sont le
résultat des dons qui m'ont été accordés à
profusion par l'Amour divin.»
«Souviens-toi que je suis généreux et que je verse
des torrents de grâces sur les âmes qui reconnaissent leur
néant, qui n'usurpent rien pour elles-mêmes, et qui comprennent
que tout s'accomplit par le moyen de ma grâce. Ainsi, en voyant ce
qui se passe en elles, ces âmes me sont non seulement reconnaissantes,
mais elles vivent dans la peur de perdre mes grâces, mes dons et
mes faveurs si elles ne me plaisent plus.
«Je ne peux pas entrer dans les coeurs qui sont enfumés
par l'orgueil et qui sont si boursouflés d'eux-mêmes qu'ils
n'ont pas de place pour moi. Ils ne font pas crédit à mes
grâces et, de chute en chute, ils vont à leur ruine. C'est
pourquoi je veux que très souvent -- voire continuellement -- tu
fasses des actes d'humilité. Tu dois être comme un bébé
dans les langes qui, incapable de bouger ou de marcher dans la maison par
lui-même, doit se fier à sa mère pour tout. Je veux
qu'ainsi tu restes près de moi comme un nouveau-né, demandant
toujours mon aide et mon assistance, reconnaissant ton néant, attendant
tout de moi.»
En faisant ainsi, je suis devenue une petite et je me suis anéantie,
si bien que, quelquefois, je sentais tout mon être dissous et démembré,
incapable de faire un pas ou de prendre une respiration sans l'assistance
de Jésus. J'essayais de mon mieux de le satisfaire en tout, en devenant
humble et obéissante.
Jésus amène Luisa à la conscience de son néant.
Comparant l'état de vie auquel Jésus m'appelait et celui
dans lequel j'avais toujours vécu, je me sentais envahie par le
chagrin. J'avais honte de regarder les personnes parce que je me sentais
comme une des plus grandes pécheresses au monde. J'avais le goût
de me retirer dans ma chambre, loin des créatures, et de me dire:
«Si seulement ils savaient à quel point j'ai été
pécheresse et combien de grâces le Seigneur m'a accordées,
ils seraient horrifiés. J'espère que Jésus ne leur
permettra pas de me connaître, parce que s'ils le savaient, je pourrais
me suicider.»
En dépit de cela, le jour suivant, alors que je recevais Jésus
dans le Saint Sacrement, mon coeur était joyeux de se voir si anéanti.
Jésus me dit encore d'autres choses sur l'état du parfait
anéantissement auquel il m'appelait, et il me faisait des suggestions
-- toujours différentes de celles de la précédente
visite. Je peux affirmer sans me tromper que chacune des nombreuses fois
où Jésus me parlait, il se servait d'une approche différente
pour expliquer les causes et les effets de la vertu qu'il voulait insuffler
en moi. S'il l'avait voulu, il aurait pu parler sur la même vertu
un millier de fois de plus, et d'un millier de façons différentes:
«Oh! mon Divin Professeur, comme vous êtes savant, comme je
suis ingrate de ne pas vivre selon ce que tu espères de moi!»
Je confesse que ma pensée a toujours recherché la vérité
et a toujours cherché à se conformer à ce que Jésus
m'enseignait. Mais j'ai souvent perdu ce désir d'une manière
ou d'une autre, et je ne pouvais pas accomplir ce que Jésus me demandait,
même à la fin. À cause de cela, je m'humiliais davantage
moi-même. Je confessais ma nullité et, par la suite, je promettais
d'être plus attentive et disposée. En dépit de tout
cela, je n'aurais jamais pu réussir à faire le bien que sa
perfection requérait s'il ne m'avait pas assistée continuellement.
Il me disait souvent:
«Si tu avais été plus humble et plus près
de moi, tu n'aurais pas fait ce travail si pauvrement. Mais parce que tu
pensais que tu pouvais commencer, continuer et finir le travail sans moi,
tu l'as réussi, mais pas selon mes désirs à moi. Pour
cette raison, demande mon assistance au commencement de tout ce que tu
entreprends. Assure-toi que je sois toujours présent pour travailler
avec toi et ce que tu fais sera complété avec perfection.
Sache que si tu fais toujours cela, tu acquerras la plus grande humilité.
Si tu fais le contraire, l'orgueil rentrera en toi et étouffera
cette très belle vertu d'humilité qui a été
semée en toi.»
Ainsi il me donnait beaucoup de lumière et de grâces et
me faisait voir la laideur du péché d'orgueil. L'orgueil
est la plus terrible ingratitude envers Dieu et le plus grand affront qu'on
puisse lui faire; il aveugle l'âme complètement, l'amène
à tomber dans une grande impiété, et la conduit à
sa ruine.
L'âme doit être contrite de ses péchés, mais
Jésus
ne veut pas qu'elle s'attarde au passé.
Les grâces extraordinaires qui m'étaient données
par Jésus me laissaient dans une grande tristesse par rapport au
passé et dans une peur vive concernant l'avenir. Ne sachant que
faire pour réparer les dommages du passé, j'essayais des
mortifications choisies de mon propre chef. Je demandais aussi des mortifications
à mon confesseur, mais elles ne m'étaient pas toujours consenties.
Toutes les pénitences que je faisais me semblaient insignifiantes.
Parce que j'étais incapable de changer le passé et que je
ne savais que faire d'autre, je me mettais à pleurer à la
pensée de mes péchés passés. Je me tournai
finalement vers mon toujours aimable Jésus.
La peur d'être loin de lui me hantait, et la peur qu'ensuite
il m'en coûte plus cher encore, me laissait sans savoir vraiment
quoi faire. Qui pourrait dire combien de fois je courais vers Jésus
à l'intérieur de mon coeur pour lui demander mille pardons,
le remercier pour les nombreuses grâces qu'il m'accordait et lui
demander de rester toujours près de moi. Souvent, je lui disais:
«Voyez-vous, mon bon Jésus, combien de temps j'ai perdu et
combien de grâces j'ai gaspillées, alors que j'aurais pu augmenter
mon amour pour vous, mon plus grand Bien et mon Tout!»
Alors que d'une manière un peu ennuyeuse je continuais à
lui parler ainsi, Jésus me réprimanda sévèrement
en me disant:
«Je ne veux pas que tu reviennes sur le passé. Sache que
lorsqu'une âme, convaincue de ses péchés, s'humilie
en recevant mon sacrement de pénitence, elle devient plus disposée
à mourir plutôt que de m'offenser de nouveau. C'est un affront
à ma Miséricorde et un obstacle à mon Amour que de
persister mentalement à remuer la boue du passé. Mon Amour
ne peut accorder à une âme de prendre son envol vers le Ciel
si elle reste plongée dans des pensées affreuses et des idées
noires sur le passé. Sache que je ne me souviens plus du mal que
tu as commis, ayant parfaitement tout oublié. Vois-tu en moi quelque
rancoeur, ou même une ombre de mauvaise humeur envers toi?»
Et je repris: «Non, mon Seigneur, mon coeur se brise quand je
pense à votre Bonté, à votre Gentillesse et à
votre Amour envers moi, en dépit de mon ingratitude.» Et il
me répondit en disant: «Très bien, mon enfant. Mais
pourquoi veux-tu revenir sur le passé? Comme il serait beaucoup
mieux si nous pensions à notre amour l'un pour l'autre! Essaie à
l'avenir d'uniquement me plaire et tu seras toujours en paix.»
La créature doit garder son regard fixé sur Jésus,
et n'agir qu'avec lui et que pour lui.
À partir de ce moment, pour satisfaire mon adorable Jésus,
je ne pensais vraiment plus au passé. Cependant, je l'ai souvent
imploré pour qu'il m'enseigne comment faire réparation pour
mes péchés passés. Et il me dit: «Tu vois bien
que je suis prêt à t'accorder ce que tu désires: essaie
de te souvenir de ce que je t'ai dit il y a quelque temps. La meilleure
chose à faire est d'imiter ma vie. Dis-moi maintenant ce que tu
veux.»
Je lui répondis: «Seigneur, j'ai besoin de tout, car je
n'ai rien.» Et Jésus poursuivit: «Très bien,
n'aie pas peur, car petit à petit nous ferons tout. Je sais comment
tu es faible. C'est de moi que tu recevras la force, la persévérance
et la bonne volonté. Fais ce que je t'ai dit. Je veux que tes efforts
soient honnêtes. Tu dois garder un oeil sur moi et l'autre sur ce
que tu fais. Je veux que tu saches faire abstraction des personnes, pour
que, quand on te demande de faire quelque chose, tu le fasses comme si
la demande venait directement de moi. Les yeux fixés sur moi, ne
juge personne. Ne regarde pas pour voir si la tâche est douloureuse,
dégoûtante, facile ou difficile. Tu fermeras tes yeux à
tout cela et tu les ouvriras sur moi, sachant que je suis en toi et que
je surveille ton travail.
«Dis-moi souvent: «Seigneur, donnez-moi la grâce
de bien faire du commencement à la fin tout ce que j'entreprends,
et que j'agisse seulement pour vous. Je ne veux plus être l'esclave
des créatures.» Fais ainsi pour que, quand tu marches, tu
parles, tu travailles, ou fais n'importe quoi d'autre, tu agisses seulement
pour ma satisfaction et mon plaisir. Quand tu subis des contradictions
ou reçois des blessures, je veux que tu aies les yeux fixés
sur moi et que tu croies que tout cela vient de moi et non pas des créatures.
«Fais comme si, de ma bouche, tu entendais ceci: «Ma fille,
je veux que tu souffres un peu. Par ces souffrances, je te ferai belle.
Je veux enrichir ton âme de nouveaux mérites. Je veux travailler
sur ton âme pour que tu deviennes comme moi.» Et pendant que
tu endures tes souffrances pour mon Amour, je veux que tu me les offres
en me remerciant de t'avoir fait gagner des mérites. En le faisant,
tu compenseras avantageusement pour ceux qui t'ont fait du mal ou qui t'ont
fait souffrir. Ainsi tu marcheras tout droit devant moi. Ces choses ne
te dérangeront pas, et tu connaîtras une paix parfaite.»
La créature doit mourir à elle-même et ne vivre
que pour Dieu. Pour cela, elle a besoin d'esprit
de charité et d'esprit de mortification.
Après une période de temps où je faisais ce que
Jésus me demandait, il m'entretint de l'esprit de mortification.
Il me fit comprendre que toutes les choses, même les sacrifices héroïques
et les plus grandes vertus seront considérés comme rien s'ils
ne sont pas faits par amour pour lui. Si les mortifications ne sont pas
motivées du commencement à la fin par l'amour de lui, elles
sont insipides et sans mérite. Il me disait:
«La charité est la vertu qui donne aux autres vertus leur
lustre, et les actions faites sans la charité sont des oeuvres mortes.
Mes Yeux ne font pas attention aux actions qui ne sont pas faites en esprit
de charité. Elles n'atteignent pas mon Coeur. Par conséquent,
sois attentive et fais tes actions, même les plus petites, en esprit
de charité et de sacrifice. Fais-les en moi, avec moi et pour moi.
Je ne reconnaîtrai pas tes actions comme miennes si elles ne portent
pas les deux sceaux, celui de tes sacrifices et mon propre Sceau. Comme
la monnaie doit avoir l'image du roi imprimée sur elle pour être
acceptée comme valable par les sujets du roi, ainsi tes actions
doivent porter la marque de la Croix pour être acceptées par
moi.
«Nous ne nous préoccuperons plus maintenant de travailler
à éliminer tes affections pour les créatures, mais
ton affection pour toi-même. Je veux te faire mourir à toi-même
pour que tu puisses vivre seulement pour moi. Je veux imprimer en toi rien
d'autre que ma Vie. C'est vrai qu'il t'en coûtera davantage, mais
prends courage et n'aie pas peur. Moi avec toi et toi avec moi, nous ferons
tout.»
Il me donnait de nouvelles idées en ce qui concerne l'anéantissement
de soi-même. Il me disait: «Tu n'es pas, et tu ne dois pas
te considérer plus qu'une ombre qui passe rapidement et qui t'échappe
quand tu essaies de l'attraper. Si tu veux voir en toi-même quelque
chose qui soit digne de moi, considère que tu n'es rien; et alors
moi, heureux de ton véritable abaissement, je verserai mon Tout
en toi.»
En me disant cela, mon bon Jésus imprimait dans ma pensée
et mon coeur un tel anéantissement que j'aurais voulu me cacher
dans le gouffre le plus profond. Sachant qu'il m'était impossible
de lui cacher ma honte, et pendant que je poursuivais dans la destruction
de mon estime personnelle, il me dit: «Approche-toi de moi, appuie-toi
sur mon bras: je te soutiendrai et te donnerai la force de toujours travailler
pour moi, de tout faire pour moi.»
L'âme doit totalement mourir à elle-même, et on
doit mortifier sa volonté dans tous ses choix.
Étant infiniment parfait, Dieu ne peut que désirer que
chacune de ses oeuvres tende à sa perfection spécifique.
Si donc tout ce qu'il a créé tend naturellement vers sa perfection
et ne peut cesser de marcher vers son amélioration, alors, à
bien plus forte raison, une créature à laquelle Dieu a donné
une intelligence et une volonté personnelles ne peut laisser son
perfectionnement stagner, si elle veut vraiment que Dieu trouve en elle
son plaisir. Créé par Dieu à son image et à
sa ressemblance, l'homme peut atteindre la plus haute perfection s'il s'applique
à se conformer à la Volonté de Dieu et à correspondre
aux grâces qui lui sont accordées par lui.
Si le Seigneur est près de moi et veut que je m'appuie sur son
Bras, et si, par sa seule attirance, il me presse de me jeter dans ses
Bras paternels, et si, de plus, il veut que je prenne toute ma force en
lui afin de bien faire toutes choses, ne suis-je pas une idiote si je refuse
cette grâce et que je ne me soumette pas à sa Divine Volonté?
C'est pourquoi, moi, plus que toute autre créature, je crois qu'il
est de mon devoir de toujours suivre mon adorable Jésus, lui qui
me dit:
«Par toi-même, tu es aveugle, mais n'aie pas peur. Ma Lumière,
maintenant plus que jamais, sera ton guide. Je serai en toi et avec toi
pour faire des choses merveilleuses. Suis-moi en toute chose et tu verras.
Pour un temps, je me placerai devant toi comme un miroir, et tout ce que
tu auras à faire sera de me regarder, de m'imiter et de ne pas me
perdre de vue.
«La première chose que tu dois faire est de mortifier
ta volonté et de détruire ton ego qui désire tout,
sauf le bien. Ta volonté doit être sacrifiée devant
moi, pour que ma Volonté et la tienne ne fassent qu'un. Es-tu satisfaite
de cela? Alors prépare-toi à des interdits de ma part, tout
particulièrement par rapport aux créatures.»
Comme le vent fait bouger les pétales de la fleur, qui laisse
ainsi voir le fruit minuscule qui se développe, ainsi est notre
volonté départie de son expression personnelle, comme me
l'a dit Jésus. Et quand viennent les mises en garde, je dois me
conformer. Par exemple, si je ne me levais pas immédiatement à
mon réveil le matin, j'entendais intérieurement sa Voix me
dire: «Tu te reposais confortablement pendant que je n'avais pas
de lit, mais plutôt ma Croix. Vite, vite, lève-toi! Ne sois
pas si complaisante!» Et si je portais mon regard trop loin quand
je marchais, il me grondait en disant: «Je ne veux pas que ton regard
s'étende au-delà du nécessaire, afin que tu ne trébuches
pas.»
Si je me trouvais dans la campagne, entourée de plantes, d'arbres
et de fleurs variées, il me disait: «J'ai tout créé
par Amour pour toi, et toi, par amour de moi, refuse-toi ce plaisir.»
Si, à l'église, je fixais mon regard sur des décorations
sacrées, il me réprimandait en disant: «Quelles délices
y a-t-il pour toi, à part moi?» Si en travaillant, j'étais
assise confortablement, il me disait: «Tu es trop confortable. Tu
ne considères pas que ma Vie en fut une de souffrances continuelles!»
Et, vivement, pour le satisfaire, je m'assoyais seulement sur la moitié
de la chaise. Si je travaillais lentement et paresseusement, il me disait:
«Dépêche-toi et viens vite demeurer avec moi en prière...»
Occasionnellement, il m'assignait un travail à faire dans un
temps donné et je me mettais à l'oeuvre pour lui plaire.
Quand je ne venais pas à bout de ma besogne, je lui demandais de
l'aide. Plusieurs fois il m'aidait en faisant le travail avec moi afin
que je sois libre plus tôt, généralement pas pour me
divertir, mais pour avoir plus de temps pour la prière. Il arrivait
parfois que, par moi-même ou avec lui, le travail qui devait m'occuper
toute la journée était terminé en peu de temps. Il
m'attirait alors vers la prière et me tenait complètement
absorbée par la contemplation des nombreuses grâces accordées
par lui aux créatures.
Après un certain temps, je commençai à me sentir
plus impliquée et j'aurais aimé rester en prière indéfiniment;
je n'expérimentais jamais la fatigue ou l'ennui, et je me sentais
si bien, qu'il me semblait n'avoir besoin d'aucune autre nourriture que
celle qui me venait de la prière. Mais Jésus me corrigeait
en disant: «Dépêche-toi, ne tarde pas! Je veux que tu
manges par amour pour moi. Prends la nourriture qui sera absorbée
par ton corps. Demande que mon Amour s'unisse au tien, afin que mon Esprit
s'unisse à ton âme et que ton être tout entier soit
sanctifié par mon Amour.»
Occasionnellement, pendant que je mangeais, j'aimais un aliment et
je continuais de le manger. Et Jésus me disait: «As-tu oublié
que je n'avais pas d'autre désir que de me mortifier par Amour pour
toi? Arrête de manger cela et tourne-toi vers quelque chose pour
lequel tu n'as aucun désir.»
De cette manière, Jésus essayait de tuer ma volonté,
même dans les plus petites choses, pour que je vive seulement en
lui. Ainsi, il me permettait de faire l'expérience des paradoxes
de l'amour, de l'amour entièrement saint et tourné vers lui.
Quand approchait le jour où j'allais pouvoir communier, je ne
faisais rien le jour et la nuit d'avant, excepté de me préparer
à le recevoir le mieux possible. Je ne fermais pas les yeux pour
le sommeil à cause des actes d'amour continuels que je faisais à
Jésus. Je disais souvent: «Hâte-toi, Seigneur, je ne
peux plus attendre. Raccourcis les heures, fais que le soleil aille plus
vite, car mon coeur défaille du désir de la Sainte Communion.»
Et Jésus me répondait: «Je suis seul et je languis
sans toi. Ne te désole pas que tu ne puisses dormir. C'est un sacrifice
que de demeurer à distance de ton Dieu -- ton Époux, ton
Tout --, lui qui reste éveillé par Amour pour toi. Viens
et sens les offenses qui sont continuellement commises contre moi par les
créatures. Ah! ne me refuse pas le soulagement de ton aimable compagnie.
Les palpitations de ton amour unies aux miennes effaceront partiellement
l'amertume que beaucoup d'offenses me donnent jour et nuit. Je ne te laisserai
pas seule avec tes souffrances et tes afflictions; plutôt je te rendrai
la pareille par ma compagnie.»
Au lever du jour, j'allais à l'église avec un grand désir
de recevoir Jésus dans le Saint Sacrement. J'approchais mon confesseur
sans lui dire un mot de ce désir. Plus d'une fois il me dit: «Aujourd'hui
je veux que tu sois privée de la Sainte Communion.» Ceci était
si dur pour moi que souvent je commençais à pleurer; mais
je ne voulais pas révéler à mon confesseur l'amertume
que mon coeur ressentait. Puisque Jésus voulait que je me résigne
aux désappointements, je cédais pour qu'il ne me gronde pas.
Il voulait que j'aie une complète confiance en lui, lui mon plus
grand Bien. Souvent je lui ouvrais mon coeur et lui disais:
«Oh! mon doux Amour, est-ce que ceci est le fruit de cette vigile
que nous avons faite tous les deux cette nuit? Qui aurait pu imaginer qu'après
tant d'attentes et de désirs, j'aurais à me passer de vous!
Je sais bien que je dois t'obéir en tout. Mais, dis-moi mon bon
Jésus, puis-je rester sans toi? Qui me donnera la force qui me manque
présentement? Est-ce que j'aurai le courage et la force de quitter
l'église sans t'amener à la maison avec moi? Je ne sais pourtant
que faire d'autre. Mais toi, ô mon Jésus, si tu le désires,
tu peux remédier à tout ça!»
Une fois, pendant que je parlais ainsi, j'ai ressenti une chaleur inhabituelle
en moi. Ensuite une flamme d'amour fut allumée en moi et j'entendis
sa Voix me dire intérieurement: «Sois calme, sois calme, je
suis déjà dans ton coeur. Pour quelle raison es-tu effrayée?
Ne sois pas triste. Je veux moi-même sécher tes larmes. Pauvre
petite, c'est vrai, tu ne pourrais pas vivre sans moi, n'est-ce pas?»
Je m'émerveillai de ces Paroles de Jésus et du travail
qu'il accomplissait en moi. Anéantie à l'intérieur
de moi-même, je me tournai vers mon Jésus et lui dis: «Si
je n'avais pas été aussi méchante, tu n'aurais pas
inspiré à mon confesseur de me rebuter comme il l'a fait!»
Et j'implorai Jésus de ne pas permettre de tels paradoxes, car,
sans lui, je ne pourrais pas m'empêcher de mal faire et je ferais
nombre d'étourderies. Parce que Jésus veut rendre mon âme
amoureuse et l'amener à souffrir par Amour, il m'a conduite à
me plonger dans l'océan infini de sa Passion.
La première vision de Jésus souffrant.
Un jour, après la Sainte Communion, Jésus Tout Amour
me donna tant d'affection que je m'émerveillai et lui dis: «Jésus,
pourquoi tant de tendresse envers moi, moi si méchante et si incapable
de répondre à votre Amour? Sachant que je dois vous aimer
de retour, j'ai peur que tu me laisses à cause de mon indifférence.
Cependant je vous vois plutôt toute bonté et me pressant sur
vous plus que jamais.»
Alors, aimablement comme toujours, il me dit: «Ma bien-aimée,
les choses du passé n'ont rien fait de plus que de te préparer
un peu. Maintenant j'en viens au travail. Je veux que ton coeur soit disposé
à entrer dans l'immense océan de mon atroce Passion, si bien
que, quand tu auras vraiment compris l'intensité de mes Souffrances,
tu puisses comprendre l'Amour qui me consumait quand je souffrais pour
toi. Dis-toi ceci: «Quel est celui qui a tant souffert pour moi?
Et que suis-je, moi, si vile créature?» Et tu ne repousseras
pas les blessures et les peines de la passion que tu souffriras par amour
pour moi. Enflammée par l'amour, ton âme acceptera la croix
que j'ai préparée pour toi. Quand tu considéreras
tout ce que moi, ton Professeur, j'ai souffert pour toi, ta souffrance
te semblera une ombre. Elle te semblera douce et tu atteindras un point
où tu ne pourras plus vivre sans souffrance.»
À ces mots, je me sentis plus désireuse de souffrir.
Néanmoins, ma nature tremblait à la pensée des souffrances
que j'aurais à endurer. Aussi, j'ai prié Jésus de
me donner assez de force et de courage et de me faire expérimenter
l'amour à travers les souffrances auxquelles il m'appelait. Par
cette requête, je n'avais pas voulu l'offenser, ni tirer parti du
grand Pourvoyeur de dons qu'il est. Mais Jésus, dans tout son Amour
et sa Douceur poursuivit ainsi:
«Ma chère, ceci va de soi. Si une personne qui entreprend
quelque chose ne ressent pas un transport d'amour pour ce qu'elle entreprend,
elle ne peut être motivée pour accomplir son travail. D'autre
part, ceux qui entreprennent quelque chose de mauvaise foi, même
s'ils l'achèvent, ne recevront pas ma récompense. Quant à
toi, pour tomber en amour avec ma Passion, tu dois avant tout considérer
calmement et dans la méditation tout ce que j'ai enduré pour
toi, afin que ton jugement se conforme au mien, qui ne ménage rien
par Amour pour l'aimé.»
Ainsi encouragée par Jésus, je commençai à
méditer sur sa Passion, ce qui fit beaucoup de bien à mon
âme. Je puis assurer que ce bien me vint de la Fontaine de la Grâce
et de l'Amour. À partir de ce moment, la Passion de Jésus
fit son chemin dans mon coeur, mon âme et mon corps -- dans lequel
les souffrances de la Passion seront manifestées. Je devins immergée
dans la Passion comme dans une immense mer de Lumière qui, avec
ses chauds rayons, embrasait mon être tout entier d'amour pour Jésus,
lui qui a tant souffert pour moi.
Plus tard, cette immersion me fera comprendre clairement la patience
et l'humilité, l'obéissance et la charité de Jésus,
et tout ce qu'il endura par Amour pour moi. Voyant quelle grande distance
il y avait entre lui et moi, je me sentais complètement anéantie.
Les rayons qui me submergeaient me semblaient comme des réprimandes
me disant silencieusement: «Un Dieu si patient! Et qu'en est-il de
toi? Un Dieu si humble, assujetti à ses ennemis! Et qu'en est-il
de toi? Un Dieu de toute Charité qui souffre beaucoup pour toi!
Et qu'en est-il de toi? Où sont les souffrances que tu portes par
amour pour lui? Où sont-elles?»
Occasionnellement, Jésus me parlait des douleurs de son Agonie
et de ses Souffrances d'Amour pour moi. Et j'en étais émue
jusqu'aux larmes. Un jour, pendant que je travaillais et que je méditais
sur les cruelles souffrances de Jésus, ma tête devint oppressée
au point que j'en perdais la respiration. Par peur qu'il m'arrive quelque
chose de sérieux, je voulus faire diversion en sortant sur le balcon.
Là, je vis une foule immense de gens passant dans la rue. Ils conduisaient
mon très gentil Jésus, le poussant et le tirant. Jésus
portait sa Croix sur son Épaule. Il était exténué
et suait le sang. Il faisait pitié au point d'émouvoir une
pierre. Il leva les yeux vers moi pour me demander du secours.
Qui pourrait décrire le chagrin que j'ai alors ressenti? Qui
pourrait décrire l'effet que cette épouvantable scène
eut sur moi? Je suis rapidement retournée dans ma chambre, ne sachant
plus où je me trouvais. Mon coeur était brisé de douleur
et j'ai commencé à pleurer en me disant: «Comme tu
souffres, mon bon Jésus! Je souhaiterais pouvoir t'aider à
te libérer de ces loups enragés, ou souffrir des douleurs
et des tortures pour toi, pour te donner du soulagement. Ô mon Dieu,
permets que je souffre à tes côtés. Ce n'est pas juste
que tu souffres tant par Amour pour moi, une pécheresse, et que
moi je ne souffre rien pour toi!»
Jésus alluma tant d'amour en moi pour sa douce souffrance que
c'était plus dur pour moi de ne pas souffrir. Ce vif désir
qui prit vie en moi ne s'est jamais éteint. Dans la Sainte Communion,
je ne demandais rien d'autre plus ardemment: qu'il me soit permis de faire
l'expérience de douces souffrances similaires aux siennes. Quelquefois
il me satisfaisait en enlevant de sa Couronne une épine qu'il jetait
dans mon coeur. Occasionnellement, il enlevait les clous de ses Mains et
de ses Pieds et les jetait en moi, ce qui me causait des douleurs très
grandes, mais jamais égales aux siennes.
À d'autres occasions, il me semblait que Jésus prenait
mon coeur dans ses Mains et qu'il le serrait si fort que la douleur me
faisait perdre l'usage de mes sens. De peur que les gens autour de moi
puissent noter ce qui m'arrivait, je le priais en disant: «Mon Jésus,
donne-moi la grâce de souffrir sans que mes souffrances soient perçues
par les autres.» Je fus satisfaite pour quelque temps, mais à
cause de mes péchés, mes souffrances étaient parfois
observées par les autres.
Jésus prive Luisa de toute consolation sensible pour
qu'elle apprenne la résignation et l'humilité.
Un jour, après la Sainte Communion, Jésus me dit: «Ta
souffrance ne peut pas être similaire à la mienne, parce que
tu souffres avec ma Présence. Je vais t'aider. Je veux te laisser
seule un peu. Sois plus attentive qu'avant, parce que je ne te donnerai
pas la Main pour te supporter et t'aider en tout. Tu agiras et tu souffriras
avec bonne volonté, sachant que mes Yeux seront fixés sur
toi, même si je ne me laisse plus voir ni ressentir par toi. Si tu
me restes fidèle, je te récompenserai quand je reviendrai.
Si tu es infidèle, je viendrai te punir.»
À ces paroles, je devins horrifiée et lui dis: «Seigneur,
toi qui es ma Vie et mon Tout, dis-moi comment je peux vivre sans toi,
mon Dieu! Qui me donnera la force de bien me conduire? Toi seul as été,
es et seras ma force et mon soutien. Est-il possible que, maintenant, tu
veuilles me laisser à mes seuls moyens, privée de ta présence,
après que tu m'aies invitée à laisser le monde extérieur
et tout ce qui va avec. As-tu oublié que je suis méchante
et que sans toi je ne peux rien faire de bien?»
Et Jésus, doucement et calmement, me répondit: «Je
ferai cela pour que tu puisses comprendre ce que tu vaux sans moi. Ne désespère
pas. Je te ferai cela pour ton plus grand bien, pour préparer ton
coeur à recevoir les nouvelles grâces dont je vais t'inonder.
Jusqu'à présent, je t'ai aidée visiblement. Maintenant,
invisiblement, je te ferai sentir ton néant en te laissant seule
avec toi-même. Je vais faire en sorte que tu atteignes la plus profonde
humilité. Et je te donnerai mes grâces, les meilleures, pour
te préparer pour les hauts niveaux auxquels je te destine. Ainsi,
plutôt que de désespérer, sois joyeuse et remercie-moi,
parce que plus tu traverseras cette mer orageuse rapidement, plus vite
tu atteindras le port. Plus les tests auxquels je te soumettrai seront
sévères, plus seront grandes les grâces que je t'accorderai.
Sois courageuse car, bientôt, je viendrai te consoler dans ton chagrin.»
Alors il me bénit et se retira. Qui pourrait exprimer la douleur
que je ressentis, le vide qui envahit mon coeur, les larmes que je versai,
quand je vis mon Jésus qui, pendant qu'il me bénissait, me
quittait. Néanmoins, je m'étais résignée à
sa Très Sainte Volonté. Et après avoir embrassé
sa Main mille fois, cette Main qui me bénissait de loin, je lui
dis: «Au revoir Saint Époux, au revoir! Souviens-toi de ta
promesse que tu vas me revenir bientôt! Aide-moi toujours et fais
que je sois totalement tienne.»
Et je me vis complètement seule. C'était comme si la
fin arrivait pour moi. Parce que Jésus avait été mon
Tout, sans lui je n'avais maintenant plus aucune consolation. Tout autour
de moi se changeait subitement en amer chagrin. Il me semblait entendre
les créatures se moquer de moi et me répéter dans
un langage muet: «Tu vois ce que te fait ton Amoureux, ton Bien-Aimé;
où est-il maintenant?» Quand je regardais l'eau, le feu, les
fleurs, même les pierres familières de ma chambre, tout semblait
dire: «Ne vois-tu pas que toutes ces choses sont de ton Époux?
Tu as le privilège de voir ses oeuvres, mais tu ne peux pas le voir,
lui!» Et je leur disais: «Oh! vous, les créatures de
mon Seigneur, donnez-moi des nouvelles de lui! Dites-moi où je peux
le trouver! Il m'a dit qu'il reviendra bientôt, mais qui parmi vous
peut me dire quand il reviendra, quand je le verrai à nouveau?»
Dans cet état, chaque jour me semblait une éternité.
Les nuits étaient des veilles sans fin, les heures et les minutes
étaient comme des siècles et ne m'amenaient que des désolations.
Je me sentais sur le point de m'effondrer. Mon coeur et ma respiration
s'arrêtaient, et je me sentais parfois comme si tout mon être
était gelé, envahi par une sensation de mort.
Les membres de ma famille remarquèrent que ça n'allait
pas. Ils en parlaient beaucoup entre eux et attribuaient ma souffrance
à une maladie physique. Ils insistaient pour que je rencontre le
médecin. Cela se fit, mais ne m'apporta aucun bien. Pour ma part,
je continuais à me souvenir de ce que le bon Jésus m'avait
promis, de ce qu'il avait fait en moi, de l'onction de sa grâce.
Je me remémorais une à une ses douces et tendres Paroles.
Je me rappelais aussi ses réprimandes paternelles pour me rappeler
au devoir de l'aimer.
Mon âme sait qu'elle est incapable de faire quoi que ce soit
sans Jésus et que tout lui est dû. Il est le vrai directeur
spirituel qui enseigne à mon âme comment rester humble et
abandonnée à travers la prière, la Sainte Communion
et les visites au Saint Sacrement.
Par elle-même, l'âme n'est capable
de rien; elle doit tout à Jésus.
Ne pas reconnaître que tout ce qui a été accompli
en moi est redevable à la surabondance des grâces du Seigneur
serait pure fourberie de ma part. Sans ses grâces et sa lumière,
en effet, je n'aurais rien fait de bien: que du mal. Qui d'autre que mon
aimable Jésus m'a éloignée des frivolités du
monde? Qui a suscité en moi le désir si fort de faire une
neuvaine pour Noël, avec neuf méditations par jour portant
sur l'Incarnation de Jésus, lesquelles m'ont apporté du Ciel
tant de grâces et de lumières surnaturelles? Et quelle était
cette voix intérieure qui me prévenait que je n'aurais aucun
répit ni aucune paix si je ne faisais pas ce que Jésus me
demandait? Et qui me fit tomber en amour avec lui en me faisant voir le
ravissant bébé Jésus?
N'était-ce pas Jésus qui agissait avec moi comme mon
professeur, m'instruisant, me corrigeant, me réprimandant, amenant
mon coeur à se départir de ses affections, infusant en moi
les véritables esprits de mortification, de charité et de
prière? Il ouvrit en moi la voie qui me conduisit à l'immense
mer de sa Passion. C'est par lui que j'expérimentai la douceur de
la souffrance et l'amertume quand je ne souffre pas. Ces choses n'ont-elles
pas toutes été faites par sa grâce?
Maintenant qu'il me joue un tour en se retirant de ma vue, j'expérimente
à fond que, sans lui, je ne ressens pas cet amour sensible comme
avant. Je ne vois plus la lumière dans mes méditations; je
ne suis plus capable de rester absorbée en méditation pendant
deux ou trois heures. Pendant que j'essaie de faire ce que j'avais l'habitude
de faire avant, j'entends se répéter en moi ces mots: «Si
tu me restes fidèle, je viendrai te récompenser; et si tu
es infidèle, je te punirai.» Je n'ai vraiment plus le succès
que j'avais quand il était auprès de moi visiblement et sensiblement.
Dans cet état de privation, je passais tous mes jours dans une
presque totale amertume, dans le silence et l'anxiété; j'attendais
Jésus qui ne venait toujours pas comme il l'avait promis: «Je
reviendrai à toi bientôt.» Mon seul réconfort
était de le recevoir dans le Saint Sacrement, parce que, comme je
l'espérais, je le trouvais là. Quand je répétais
mes supplications, j'étais presque toujours satisfaite. Mon coeur
battait plus vite, quoique pas de la même manière ineffable
qu'avant. Il m'avait un peu sévèrement mise à l'épreuve,
sans rien me dire.
Quand, finalement, la période de disette fut terminée
et que, de mon mieux, j'avais terminé tout ce que Jésus voulait,
je l'ai senti de nouveau dans mon coeur: «Petite Fille de ma Volonté,
dis-moi tout ce que tu veux; dis-moi ce qui s'est passé en toi,
tes doutes, tes peurs et tes difficultés, de telle manière
que je puisse t'enseigner comment te conduire dans le futur quand je serai
absent.» Alors, je lui racontai fidèlement ce qui m'était
arrivé:
«Seigneur, sans toi j'ai été incapable de bien
faire. Depuis le début, la méditation me dégoûte
beaucoup; je n'ai pas eu le courage de t'offrir tout cela. Je n'ai pas
voulu rester en communion avec toi, parce que l'attirance de ton Amour
me manquait. Le vide et la douleur que je ressentais m'ont fait éprouver
les agonies de la mort. Pour contrer la souffrance de rester seule, j'essayais
de tout compléter. Quand je tardais, il me semblait que je perdais
du temps. La peur qu'à ton retour tu me punisses de mes infidélités
me faisait continuer. Mes souffrances intérieures augmentaient quand
je pensais que toi, mon Dieu, tu es continuellement offensé; et
je ne pouvais pas faire d'actes de réparation ni de visites au Saint
Sacrement sans toi. Toi, tu aurais pu m'aider, mais je ne pouvais pas te
trouver. Maintenant que tu es avec moi, dis-moi ce que j'aurais dû
faire.»
En me parlant tendrement, il me dit: «Tu avais tort d'être
si troublée. Ne savais-tu pas que je suis l'Esprit de Paix. La première
chose que je t'avais recommandée n'était-elle pas que ton
coeur ne soit pas angoissé? En prière, quand tu te sens dispersée,
ne pense à rien et sois en paix. Ne cherche pas les raisons pour
lesquelles ta prière est aride, parce que ceci cause davantage de
distractions. Humilie-toi plutôt, crois aux mérites de la
souffrance, et reste tranquille.
«Comme un agneau qui permet au couteau du tondeur de l'érafler
légèrement, toi, quand tu te vois secouée, battue
et seule, sois résignée à ma Volonté; remercie-moi
du fond du coeur, et reconnais-toi digne de souffrir. Offre-moi tes désappointements,
tes ennuis et tes détresses en sacrifice de louange, de satisfaction
et de réparation pour les offenses qui me sont faites. Tes prières
s'élèveront alors comme une fragrance d'encens jusqu'à
mon Trône. Elles blesseront d'amour mon Coeur et t'attireront de
nouvelles grâces et de nouveaux dons de mon Esprit-Saint. Le démon,
te voyant humble, résignée et inébranlable dans ton
néant, n'aura plus la force de t'approcher. Il se mordra les lèvres
de désappointement. Conduis-toi de cette manière et tu acquerras
des mérites, non pas des démérites comme tu le pensais.
«En ce qui a trait à la Sainte Communion, je ne veux pas
que tu sois triste quand tu ne n'attardes pas là, privée
de la puissance magnétique de mon Amour. Fais de ton mieux pour
bien me recevoir, et remercie-moi après m'avoir reçu. Demande-moi
les grâces et l'aide dont tu as besoin et ne t'inquiète pas.
Ce que je te fais souffrir à la Sainte Communion n'est qu'une ombre
comparé à ma souffrance à Gethsémani. Si tu
es si en détresse maintenant, qu'en sera-t-il lorsque je te ferai
participer à ma flagellation, aux épines et aux clous? Je
te dis ceci parce que les pensées que je te donne actuellement concernant
des souffrances majeures pourront te donner plus de courage dans les souffrances
mineures. Quand tu es seule et que tu agonises après la Communion,
pense à l'Agonie de mort que j'ai soufferte pour toi au Jardin de
Gethsémani. Tiens-toi près de moi pour que tu puisses comparer
ta souffrance à la mienne.
«C'est vrai que tu auras encore à te sentir seule et sans
moi. Alors tu devras me voir seul et abandonné par mes plus grands
amis. Tu les trouveras endormis parce qu'ils ont omis leurs prières.
Par les lumières que je te donnerai, tu me verras dans de terribles
souffrances, entouré d'aspics, de vipères venimeuses et de
chiens féroces qui représenteront les péchés
passés des hommes, leurs péchés actuels, ceux à
venir, et tes propres péchés. Mon Agonie pour ces péchés
était si écrasante que je me suis senti dévoré
vivant. Mon Coeur et ma Personne tout entière se sentaient enserrés
comme dans un pressoir à vin. Je transpirais le sang au point de
mouiller le sol. Et ajoute à tout ceci l'abandon de mon Père.
Dis-moi, quand ta souffrance a-t-elle atteint ce degré?
«Si tu te trouves privée de moi, privée de consolations,
pleine d'amertume, débordante de douleurs et d'angoisses, alors
pense à moi. Essaie de sécher mon Sang et soulage ma très
amère Agonie en m'offrant tes légères peines. De cette
manière tu recommenceras à t'attarder avec moi après
la Communion. Ceci ne veut pas dire que tu ne souffrais pas, car la privation
de moi est par elle-même la douleur la plus dure et la plus amère
que je puisse infliger aux âmes qui me sont chères. Sache
aussi que tes souffrances et ta conformité à ma Volonté
me donnent beaucoup de soulagements et de consolations.
«Quant aux visites que tu me fais et aux actes de réparation
que tu me fais dans le Sacrement de mon Amour -- que j'ai institué
pour toi --, sache que je continue de revivre et de souffrir tout ce que
j'ai souffert dans les trente-trois années de ma vie mortelle. J'aime
naître dans le coeur des mortels; de cette manière, j'obéis
à celui qui m'appelle du Ciel à m'immoler moi-même
sur l'autel. Je m'humilie moi-même en attendant, en appelant, en
enseignant, en illuminant.
«Quiconque le veut, peut revenir à moi à travers
les sacrements. Aux uns je donnerai des consolations, à d'autres
la force: je prierai le Père pour qu'il leur pardonne. J'en enrichis
quelques-uns; je me marie à d'autres; je reste vigilant pour tous.
Je défends ceux qui veulent être défendus. Je divinise
tous ceux qui veulent être divinisés. J'accompagne ceux qui
veulent de la compagnie. Je pleure pour l'imprudent et l'insouciant. Je
me maintiens en adoration perpétuelle pour que l'harmonie universelle
soit ramenée sur la terre et qu'y soit accompli le dessein divin
suprême, qui est l'absolue glorification du Père dans le parfait
hommage qui lui est dû, mais qui ne lui est pas donné par
toutes les créatures. Pour cela, je vis ma Vie Sacramentelle.
«Pour me retourner l'Amour infini que j'ai pour les créatures,
je veux que tu me visites trente-trois fois par jour pour honorer les années
que mon Humanité a vécues sur la terre pour toi et pour tous.
Joins-toi à mon Sacrement d'Amour, gardant toujours en mémoire
mes intentions pour l'expiation, la réparation, l'adoration et l'immolation.
Tu feras ces trente-trois visites en tout temps, à chaque jour et
où tu seras: et je les recevrai comme si elles étaient faites
à ma Présence Sacramentelle.
«Chaque matin, ta première pensée sera pour moi,
Prisonnier d'Amour. Tu me donneras alors ton premier souhait d'amour. Ce
sera notre première rencontre intime et nous demanderons l'un à
l'autre comment nous avons passé la nuit, puis nous nous encouragerons
l'un l'autre. Ta dernière pensée et affection de la soirée
sera celle de recevoir ma Bénédiction, pour que tu puisses
te reposer en moi, avec moi et pour moi. Tu prendras ce dernier baiser
d'amour avec la promesse de t'unir à moi dans le Saint Sacrement.
Tu feras d'autres visites du mieux que tu pourras, suivant les occasions,
te concentrant entièrement sur mon Amour.»
Pendant que Jésus parlait, j'ai senti sa grâce se déverser
dans mon coeur, comme s'il voulait me consumer dans son Amour. Ma pensée
devint confuse et noyée dans une immense Lumière d'Amour.
Cela m'a enhardie et je l'ai prié comme suit: «Mon bon Professeur,
je t'implore de rester toujours tout près de moi, pour que, sous
ta direction, je sois toujours disposée à bien faire. La
preuve m'a été donnée que je peux tout bien faire
avec toi et que, sans toi, je fais tout de travers.» Et, toujours
tendrement, Jésus ajouta: «J'essayerai de te satisfaire sur
ce point, comme je l'ai fait sur beaucoup d'autres. Je veux seulement ta
bonne volonté, et je te donnerai à profusion l'aide que tu
attends de moi.»
Oh! comme il était doux avec moi, mon bon Jésus. Jamais
il ne manquait à ses promesses. À la vérité,
je dois admettre qu'il en faisait toujours plus qu'il me promettait. Et
moi, par la suite, j'arrivais à lui plaire. En agissant avec lui,
j'éliminais de mon coeur tout doute ou toute perplexité,
même si on me disait que ce qui se passait en moi n'était
qu'une évasion fantaisiste. Pendant les jours que j'avais passés
sans Jésus, je n'arrivais même pas à une bonne pensée.
J'étais incapable de dire un seul mot en esprit de charité,
et je n'avais pas de bons sentiments pour quiconque.
Jésus insiste pour que l'âme s'embellisse et s'enrichisse
toujours davantage, et qu'elle s'unisse intimement
à lui pour soutenir la terrible lutte contre les démons.
Pendant que Jésus était près de moi, il me parlait
et me permettait de le voir. Et je comprenais bien que s'il venait à
une âme d'une manière inhabituelle, il n'avait pas d'autre
pensée que de préparer cette âme à recevoir
de nouvelles et plus lourdes croix. Sa stratégie est d'attirer l'âme
par la grâce afin qu'elle s'attache à son Amour. Son objectif
est que l'âme en vienne à ne plus s'opposer à lui.
Un jour, après la Sainte Communion, je me sentais attachée
à lui comme avec des lacets dorés. Il me teint des propos
amoureux tels que: «Es-tu vraiment disposée à faire
ce que je veux? Si je te demandais le sacrifice de ta vie, serais-tu disposée,
par amour pour moi, à le faire de bonne grâce? Sache que si
tu es prête à faire tout ce que je veux, alors, de mon côté,
je ferai tout ce que tu veux.»
Et je lui répondis: «Mon Amour et mon Tout, est-il possible
que tu me donnes quelque chose de plus beau, de plus saint, de plus adorable
que toi-même? Aussi, pourquoi me demandes-tu si je suis prête
à faire ce que tu désires? Il y a longtemps que je t'ai livré
ma volonté: elle t'est acquise, même si ton désir était
de me déchirer en morceaux. Oui, je suis disposée à
cela, si cela te plaît. Je me suis abandonnée à toi,
saint Époux. Fais en moi et sur moi tout ce qui te plaît.
Fais avec moi tout ce que tu désires, mais donne-moi toujours de
nouvelles grâces, puisque je ne peux rien faire par moi-même.»
Et Jésus me dit: «Es-tu vraiment prête à
faire tout ce que je te demande?» À cette question, qu'il
me posait pour la deuxième fois, je me suis sentie écrasée
et anéantie. Et je lui ai dit: «Mon toujours aimable Jésus,
dans mon néant, je suis toujours craintive et vacillante. Tu sembles
te méfier de moi, alors que moi je te fais confiance complètement;
je sens mon âme prête à surmonter toutes les épreuves
auxquelles tu voudras bien me soumettre.»
Alors Jésus poursuivit: «Très bien! Je veux purifier
ton âme de tout défaut qui pourrait faire obstacle à
mon Amour en toi. Je veux savoir si tu m'es vraiment fidèle, assez
pour être toute mienne. Et pour que tu me prouves que tout ce que
tu m'as dit est vrai, je vais te mettre à l'épreuve dans
une très âpre bataille. Tu n'as rien à craindre et
tu ne souffriras d'aucun mal. Je serai ton bras et ta force, et je me battrai
à tes côtés.
«La bataille est prête et les ennemis sont cachés
dans les ténèbres, prêts à te livrer une bataille
sanglante. Je leur donnerai la liberté de t'attaquer, de te tourmenter,
de te tenter de toutes les façons, de manière à ce
que, quand tu seras libérée -- grâce aux armes de tes
vertus, lesquelles tu brandiras en opposition à leurs vices --,
tu pourras triompher d'eux pour toujours. Tu te trouveras alors en possession
de plus grandes vertus. Tu seras comme un roi victorieux, tout décoré
de médailles, retournant glorieusement dans son royaume et rapportant
d'immenses richesses.
«Et je ne ferai pas qu'enrichir ton âme de nouveaux mérites
et dons, mais je me donnerai aussi à toi. Pour cette raison, prends
courage, car après ta victoire, je ferai ma résidence stable
et permanente en toi. Nous serons alors unis pour toujours. C'est vrai
que je vais te soumettre à une très rude épreuve,
à une rageuse et sanglante bataille, car les démons ne te
donneront ni repos ni trêve, pendant le jour et la nuit. Mais tu
devras toujours garder en mémoire ceci: commence la bataille en
mon nom; invoque continuellement ce bouclier de sécurité.
Utilise mon nom comme le sceau d'achèvement de ce très douloureux
combat, qui commencera, se continuera, et se terminera victorieusement,
dans ma Volonté. Ma Volonté te rendra complètement
semblable à moi. Il n'y a pas d'autre voie, d'autre manière
pour parvenir à la victoire. Tu seras plus tard bien récompensée.»
Je ne puis décrire quelles furent ma peur et ma consternation
en entendant mon bon Jésus prédire cette furieuse bataille
contre les démons? J'ai senti mon sang se geler dans mes veines
et mes cheveux se dresser sur ma tête. Mon imagination était
remplie de noirs fantômes voulant me dévorer vivante. Déjà,
je me sentais entourée de tous côtés d'esprits infernaux.
Dans cet état angoissant, je me tournai vers Jésus et lui
dis:
«Mon Seigneur, aie pitié de moi, s'il te plaît;
ne me laisse pas seule avec mon âme si découragée.
Ne vois-tu pas que les démons me pressent avec rage; ils ne vont
même pas laisser ma poussière derrière moi. Comment
m'est-il possible de leur résister si tu me quittes? Tu connais
ma froideur, mon esprit volage et mon inconstance. Je suis si méchante
que, sans toi, je ne peux rien faire, que du mal.
«Mon Bien, au moins donne-moi beaucoup de grâces nouvelles
pour que je ne t'offense pas davantage. N'es-tu pas conscient des souffrances
qui torturent mon âme? La seule pensée que tu pourrais me
laisser seule dans cette épreuve diabolique me terrifie. Qui me
donnera la force pour m'engager dans un tel combat? À qui dois-je
adresser mes supplications pour obtenir des instructions pratiques sur
la manière de triompher de l'ennemi?
«Quoi qu'il en soit, je bénis ta Sainte Volonté.
Forte de tes Paroles, et inspirée par celles que ma Très
Sainte Mère a dites à l'archange Gabriel, je te dis de toute
la force de mon coeur: «Je suis ta servante, fais de moi selon ta
Volonté, qui est vie éternelle.»
Jésus me répondit: «Ne te chagrine pas. Sache que
je ne permettrai jamais aux démons de te tenter au-delà de
ta capacité. Sache que je ne permets jamais à une âme
qui bataille contre les démons de périr. En fait, j'évalue
en premier la force de l'âme, je lui donne ma grâce actuelle,
puis je la conduis dans la bataille. Si une âme tombe occasionnellement,
ce n'est jamais parce que je lui refuse ma grâce sollicitée
par ses prières continuelles, mais parce qu'elle n'est pas restée
unie à moi. Quand cela arrive, l'âme doit supplier pour être
plus sensible à mon Amour, duquel elle s'est détachée.
Elle n'a pas réalisé que moi seul peux remplir à satiété
le coeur de l'homme. Quand une âme est remplie de son propre raisonnement,
elle dévie de la voie sûre de l'obéissance, croyant
témérairement que son propre jugement est plus exact et mieux
balancé que le mien. Ce n'est pas une surprise qu'elle tombe alors.
«J'insiste donc pour que, par-dessus tout, tu sois constamment
en prière, même si cela pouvait signifier souffrir des douleurs
au point d'en mourir. Cependant, ne néglige pas les prières
que tu fais habituellement. Quand tu te sentiras plus particulièrement
menacée, invoque-moi avec des prières confiantes, et sois
certaine que je t'aiderai.
«Je veux que tu ouvres ton coeur à ton confesseur et que
tu lui fasses connaître tout ce qui se passe en toi actuellement,
de même que tout ce qui doit arriver dans le futur, en n'omettant
rien. Fais tout ce qu'il te dira sans délai. Souviens-toi que tu
seras entourée de ténèbres épaisses -- aussi
épaisses que la noirceur éprouvée par un aveugle.
Ton obéissance aux indications de ton confesseur sera la main amie
qui te guidera, les yeux qui, comme la lumière et le vent, dissiperont
les ténèbres.
«Entre dans la bataille sans frénésie. Une armée
ennemie est très consciente de la force et du courage de son adversaire.
Si tu affrontes l'ennemi sans avoir peur, tu seras capable de soutenir
les plus violentes batailles. Les démons craignent beaucoup l'âme
entraînée dont le courage est basé sur moi. Supportée
par moi, elle devient invincible contre tout démon qui se présente
à elle. Apeurés et terrifiés, les démons essaient
alors de s'enfuir, mais en sont incapables parce qu'ils sont forcés
par ma Volonté d'endurer une grande et ignominieuse défaite.
Sois courageuse. Si tu m'es fidèle, je te comblerai de force et
d'abondantes grâces pour triompher d'eux.»
Luisa réussit dans son terrible combat contre les démons.
Qui pourra décrire le changement qui se fit en moi? Oh! quelle
horreur me saisit! L'amour pour mon aimable Jésus que je sentais
si fort un moment plus tôt se changea subitement en haine féroce,
me causant d'indescriptibles souffrances. Mon âme se sentit torturée
à la pensée que ce Dieu qui avait été si bienveillant
envers moi était maintenant abhorré et blasphémé
comme s'il était un implacable ennemi. J'étais incapable
de regarder son image, parce que je ressentais une rage terrible. Mon incapacité
de tenir dans mes mains les grains de mon chapelet et de les baiser me
mettait en pièces. Une telle résistance en moi me fit trembler
de la tête aux pieds. Oh! mon Dieu, quelle torture! Je crois que
s'il n'y avait pas de souffrance en enfer, la souffrance de ne pas aimer
Dieu constituerait l'enfer. Ainsi l'enfer était, est, et sera horrible!
Parfois, les démons plaçaient devant moi toutes les grâces
dont Dieu m'avait gratifiée, faisant en sorte qu'elles m'apparaissent
n'avoir été que de pures inventions de ma fantaisie; et ils
insistaient pour que j'aie une existence plus libre et plus confortable.
Alors que, naguère, les grâces m'apparaissaient réelles,
les démons me semonçaient maintenant en disant: «Vois-tu
le grand bien que Jésus voulait pour toi? Vois comment tu as été
récompensée pour avoir répondu à ses grâces!
Il t'a laissée entre nos mains, comme tu le mérites. Maintenant
tu es à nous, entièrement à nous. Tout est fini pour
toi! Tu es devenue notre jouet! Il n'y a plus aucune espérance qu'il
t'aime encore.»
À ces paroles infernales, je me suis sentie envahie par un inexprimable
mépris de Dieu et par un extrême désespoir pour mon
salut. Alors que je tenais une image sainte dans mes mains, je fus, par
l'indignation et le désespoir, entraînée à la
mettre en pièces. L'ayant fait, je pleurais des larmes brûlantes
et je ne cessais d'embrasser les morceaux déchirés. Si on
m'avait demandé comment ces choses étaient arrivées,
j'aurais dit que je ne le savais pas et que je fus forcée de le
faire. Je suis maintenant convaincue que l'acte de les déchirer
vint du démon avec une force incontrôlable et que mes baisers
étaient l'effet de la grâce opérant en moi.
Immédiatement après, en réfléchissant sur
ce qui m'arrivait, j'ai senti mon âme torturée par le chagrin.
En voyant ce qu'ils avaient fait, les démons croyaient qu'ils avaient
gagné et ils jubilaient. Ils me ridiculisaient et, avec des cris
et des bruits infernaux, ils me disaient: «Vois comment tu es devenue
nôtre! Tout ce qu'il nous reste à faire est de t'amener en
enfer corps et âme, et c'est ce que nous allons bientôt faire.»
Les pauvres démons ne pouvaient pas voir à l'intérieur
de mon âme. Là j'étais toujours unie à Jésus,
pour qui j'avais un océan de bons désirs et pour qui je pleurais
et j'embrassais sans cesse les morceaux d'image. Ils se fâchaient
quand ils me voyaient prier et me prosterner par terre. De temps en temps,
ils tiraient sur ma robe ou remuaient la chaise où je m'appuyais.
Ils me faisaient parfois si peur que j'en oubliais de prier et que je me
mettais à croire que je pourrais me libérer d'eux toute seule.
Ces choses arrivaient souvent la nuit quand j'étais au lit.
Pour faire venir le sommeil, je priais mentalement. Mais quand ils s'en
apercevaient, ils me molestaient en tirant sur les draps et les oreillers.
Ainsi, incapable de fermer les yeux pour dormir, je restais éveillée
comme une personne qui sait qu'un ennemi qui a juré de lui ôter
la vie est tout près, attendant le bon moment pour asséner
le coup fatal. J'étais forcée de garder les yeux ouverts
pour pouvoir résister quand ils viendraient me prendre pour m'amener
en enfer. Dans cet état d'esprit, mes cheveux se dressaient sur
ma tête comme des aiguilles et tout mon corps était couvert
d'une sueur froide qui glaçait mon sang et me pénétrait
jusqu'à la moelle des os. Mes nerfs détraqués par
la peur devenaient convulsifs.
À d'autres moments, je me sentais fortement incitée au
suicide. Par exemple, en passant près d'un puits, j'ai senti une
forte pulsion à m'y jeter pour mettre fin à mes jours. Consciente
de l'habileté des démons, je fuyais, évitant toute
occasion où ils pourraient m'attaquer. Néanmoins, je continuais
d'entendre des propos diaboliques dans le genre de: «Il est inutile
pour toi de vivre après avoir commis tant de péchés.
Ton Dieu t'a abandonnée, parce que tu lui as été infidèle.»
Les démons me laissaient croire que j'avais commis beaucoup
de crimes méchants, jamais commis auparavant, et qu'il était
en conséquence inutile pour moi d'espérer que Dieu me fasse
miséricorde. Dans le tréfonds de mon être j'entendais:
«Comment peux-tu vivre si hostile à Dieu, si froide envers
lui? Connais-tu ce Dieu que tu as tant torturé, blasphémé
et haï? Tu osais offenser ce grand Dieu qui t'entoure de tous côtés?
Et n'oublie pas que tu l'offensais devant ses propres yeux. Maintenant
que tu l'as perdu, qui te donnera quelque paix?»
Entendant ces discours, j'éprouvais tant de détresse
que je me sentais sur le point de mourir. Me mettant à pleurer,
je priais de mon mieux. Pour augmenter ma terreur, les démons poursuivaient
avec des vexations inhabituelles, en me battant sur chaque partie de mon
corps, en pénétrant mon corps avec des aiguilles pointues,
et en m'étouffant à la gorge pour me faire croire que j'étais
en train de mourir.
Une fois, pendant que j'étais prosternée et que je priais
le bon Jésus d'avoir pitié de moi et de me soutenir avec
de nouvelles grâces pour que je puisse résister aux provocations
diaboliques, j'ai senti la terre s'ouvrir sous mes pieds et des flammes
rouges émerger du sol et m'envelopper. Et au moment où ces
flammes se retirèrent, les démons firent un violent essai
pour m'entraîner dans les profondeurs. Mais par mes invocations à
Jésus, ils me laissèrent libre et sans mal.
Après cette expérience, comme après bien d'autres
où je me sentais à l'article de la mort, mon très
miséricordieux Jésus vint me réanimer et me redonner
vigueur. Après m'avoir ravivée, il me fit comprendre qu'il
n'y avait aucune offense dans tout ce qui m'arrivait, parce que ma volonté
en éprouvait de la répugnance et que la pensée de
l'ombre même d'un péché ajoutait à ma souffrance.
Il m'incita à ne pas m'occuper du diable, qui était un esprit
sauvage et menteur. Il me dit: «Prends patience et continue de souffrir
avec tous ces désagréments, car, éventuellement, tu
auras la paix totale.» Alors il disparut, me laissant seule et habitée
d'un nouvel esprit.
De temps en temps, Jésus venait à moi avec des paroles
réconfortantes, spécialement quand j'étais tentée
de mettre fin à mes jours ou exposée à de nouveaux
et brusques tourments diaboliques. À ces occasions, il m'apparaissait
tout rayonnant et en fête; il émettait des rayons surnaturels
de Lumière, et l'expression qu'il prenait aurait été
impossible à percevoir par quelqu'un qui n'aurait jamais eu la pleine
capacité de comprendre ces choses.
Plus tard, je me suis trouvée engagée dans une nouvelle
bataille où, remplie de doutes, je tombai dans un profond état
de tristesse et d'anxiété. Je veux vous parler ici de l'hostilité
des démons par rapport à la Sainte Communion. Ils trouvaient
toutes sortes de raisons pour m'empêcher de recevoir le sacrement.
Ils réussissaient à me convaincre qu'après tant de
péchés et de haine envers Dieu, il était effronté
de m'approcher de lui et de recevoir le Dieu Sacrement. Ils réussissaient
aussi à me convaincre que si je recevais la Communion, Jésus
ne viendrait pas et qu'à la place un très méchant
démon viendrait avec plusieurs tourments violents pour causer ma
mort éternelle.
Il est vrai qu'après la Sainte Communion, je recevais d'indescriptibles
et mortelles souffrances. J'en étais réduite à l'état
d'immobilité; mais je récupérais immédiatement
quand j'invoquais le nom de Jésus ou que je me rappelais que l'obéissance
requérait que je ne reste pas dans cet état. Je demandais
parfois à mon confesseur la permission de m'abstenir de communier
pour ne pas éprouver cette agonie de mort, mais il me demandait
de recevoir le sacrement quand même. Cependant, en plusieurs occasions,
je me suis abstenue, prévoyant la guerre que me feraient les démons.
D'autres fois, je communiais sans préparation ou remerciements pour
ne pas trop souffrir.
Dans les soirées, pendant que je priais ou que je méditais,
les démons me terrifiaient et m'empêchaient de prier, d'abord
en éteignant ma lampe, ensuite en émettant des bruits assourdissants
ou des plaintes qui ressemblaient à celles de personnes mourantes.
Il est impossible de dire tout ce que ces chiens infernaux me faisaient
pour semer la terreur en moi ou pour m'empêcher de faire de bons
actes spirituels.
J'ai vécu cette cruelle épreuve durant trois ans, à
l'exception d'un sursis d'environ une semaine, où les attaques étaient
mitigées. Quiconque n'a pas été appelé par
Dieu à soutenir de tels combats aura probablement de la difficulté
à croire que j'aie pu vivre de telles épreuves. Cependant,
pour ceux qui croient et veulent savoir comment mener ces luttes, je dirai
que Dieu, à la Sainte Communion, m'enseigna comment combattre ces
esprits infernaux. Il me suggéra de les ignorer, de les défier
comme s'ils étaient des fourmis, de les réduire à
la plus basse humiliation.
Il me conseilla aussi de méditer profondément sur Dieu
dans la prière et la contemplation, de méditer plus particulièrement
sur les Plaies sacrées de Notre-Seigneur, et d'unir mon esprit à
Jésus qui souffrit dans son Humanité pour racheter l'homme
de la perte de la grâce, pour l'élever à la vie surnaturelle
et lui communiquer l'esprit de «Jésus Triomphant», c'est-à-dire
de Jésus qui a triomphé du monde.
En vérité, dès que je commençai à
mettre en pratique ces enseignements de Jésus, je ressentis tant
de force et de courage que, en quelques jours, toute peur avait disparu.
Quand les démons chahutaient, je leur disais de façon réprobatrice:
«On voit bien que vous, misérables crapules, vous n'avez aucune
manière d'occuper votre temps autre que de satisfaire votre goût
pour les idioties. Continuez et quand vous serez fatigués vous arrêterez.
Pendant ce temps, moi, infime créature, j'ai autre chose à
faire. Par le moyen de la prière, je veux faire mon chemin vers
la sainte Maison de Jésus, afin de pouvoir aimer et souffrir davantage.»
À de tels propos, les démons, enragés, faisaient
encore plus de bruit. Ils m'approchaient avec ostentation et une violence
invraisemblable. Pendant qu'ils feignaient de me prendre pour me conduire
ailleurs, leurs bouches infernales dégageaient une puanteur horrible
et suffocante qui m'enveloppait totalement. J'essayais d'arrêter
tout cela avec courage et énergie en leur disant:
«Menteurs que vous êtes, vous feignez avoir du pouvoir
pour m'amener, mais, si c'était vrai, vous l'auriez fait dès
la première fois. Vous ne racontez que des mensonges, et ce qui
vous est permis par le Dieu Tout-Puissant est pour mon bien. Vous chantez
votre refrain jusqu'à ce que vous mourriez de rage et de dépit,
tandis que moi je me sers de vos tourments pour obtenir la conversion d'un
grand nombre de pécheurs. J'ai accepté de souffrir à
la demande de mon bon Jésus, et je le fais pour le salut des âmes
par l'union de ma volonté à la sienne.»
À la suite de ces propos, ils hurlaient et grondaient comme
des chiens enchaînés essayant d'attraper un voleur. Avec un
grand calme -- plus qu'avant --, je disais: «N'avez-vous rien d'autre
à faire? Vous avez complètement manqué votre coup
et une âme vous a été reprise et est retournée
dans les bras de mon bon Jésus. Vous avez maintenant une bonne raison
de vous lamenter.»
Si les démons sifflaient, je me moquais d'eux en disant: «Vous,
pauvres infortunés, vu que vous ne vous sentez pas bien, je vais
vous soulager de votre maladie.» Et je me prosternais et priais pour
la conversion des pécheurs les plus endurcis en faisant des actes
d'amour à mon miséricordieux Jésus pour la conversion
des âmes pécheresses. Voyant cela, ils essayaient par tous
les moyens de m'empêcher de prier. J'offrais alors cette nouvelle
souffrance en réparation pour les outrages continuellement commis
contre Dieu et je disais ironiquement: «Vile engeance, n'avez-vous
pas honte de vous abaisser aussi bas que d'essayer de faire peur au pur
néant que je suis? Ne vous comportez-vous pas comme des êtres
idiots et ridicules?»
Alors, se mordant les lèvres, ils sacraient et hurlaient des
invectives contre moi, essayant de me faire sacrer et haïr le bon
Seigneur. Ressentant des douleurs indicibles en les entendant blasphémer
le Saint Nom de Dieu, je réfléchissais sur la bonté
du Seigneur qui mérite l'amour total des êtres doués
de raison. Ensuite je transformais en prière l'amère souffrance
que les démons provoquaient en moi, l'offrant à Dieu en réparation
des blasphèmes commis contre lui par ceux qui ne se rappellent de
lui qu'à travers les jurons. Je disais avec ferveur: «Accepte
mes actes d'amour et de reconnaissance en compensation du manque d'amour
et de reconnaissance des pécheurs.»
Mais cela n'arrêtait pas les démons. Ils se servaient
de toutes les ruses possibles pour m'inciter au désespoir. Pour
contrer ce désespoir, je leur disais: «Je ne me sens pas préoccupée
par ce qui m'attend dans le futur, à savoir si j'irai au Ciel ou
en enfer. Je veux seulement aimer le Bon Dieu et le faire aimer par les
autres. Le temps présent m'est donné, non pas pour vivre
dans le futur, mais pour vivre en harmonie avec Dieu et le rendre toujours
plus favorable à moi, moi qui ai été créée
par sa Bonté et son Amour. Je laisse la question du Paradis et de
l'enfer entre ses Mains. Ma seule préoccupation est d'aimer et de
faire aimer mon Dieu. Il me donnera ce qu'il voudra: j'accepte tout d'avance
pour sa gloire.»
Et je leur disais aussi: «Sachez que cette doctrine m'est enseignée
par mon bon Professeur, Jésus-Christ. Il m'a enseigné que
le moyen le plus efficace pour acquérir le Paradis est de tout faire
pour ne jamais l'offenser volontairement, même au prix de sa vie,
et de ne pas craindre d'avoir mal agi quand il n'y a pas en soi la volonté
de mal faire. C'est votre tactique, misérables esprits infernaux,
d'essayer de décourager les personnes naïves en créant
en elles des doutes et des peurs, non pour les amener à aimer Dieu
davantage, mais pour les amener au désespoir total. Sachez que je
n'ai pas l'intention de réfléchir pour savoir si, oui ou
non, j'ai mal fait. Mon intention est de toujours aimer Dieu davantage.
C'est suffisant que j'aie cette intention, même s'il m'arrive parfois
d'offenser Dieu. Dégagée de toute peur, mon âme se
sent libre de parcourir les cieux à la recherche de mon seul Bien.»
Qui pourrait décrire la colère des démons quand
ils constataient que leurs manoeuvres tournaient à leur confusion.
Ils espéraient des gains, mais enregistraient des pertes. D'un autre
côté, à la suite de leurs tentations et pièges,
mon âme semblait acquérir un amour plus ardent pour Dieu et
mon prochain. Quand les démons me battaient et m'humiliaient, je
suivais les enseignements inspirés en moi par Jésus et je
le remerciais, offrant tout pour l'expiation des offenses commises continuellement
dans le monde.
Souvent les démons essayaient de me pousser au suicide. Et je
leur disais: «Ni vous ni moi n'avons le droit de détruire
notre vie. Vous pouvez me tourmenter, mais le résultat est que je
gagne davantage. Vous n'avez pas le pouvoir de m'enlever la vie. Et pour
contrer votre dépit démentiel, je veux toujours vivre en
Dieu, l'aimer davantage, lui être utile, et me souvenir de mon prochain,
offrant pour lui tout ce que vous me faites subir.»
Il comprirent finalement qu'il n'y avait pour eux aucune espérance
d'obtenir de moi ce qu'ils voulaient et que, par leur harcèlement,
ils perdaient beaucoup d'âmes. Alors ils arrêtèrent
pour de longues périodes, avec l'intention de recommencer quand
je m'y attendrais le moins.
Luisa voit Jésus-Souffrant pour la deuxième fois.
Elle accepte le rôle de victime.
Je vais maintenant vous parler de la nouvelle vie de souffrances qui
vint pour moi.
Voyant mon mauvais état de santé, ma famille m'envoya
à la campagne pour y reprendre des forces, mais Dieu continuait
en moi son action en m'appelant à un nouvel état de vie.
Un jour, à la campagne, les démons voulurent faire un dernier
assaut. Ce fut si dur pour moi que je vins sur le point de perdre connaissance.
Vers le soir, j'ai en fait perdu connaissance et je fus réduite
à l'état de moribonde. C'est à ce moment que j'ai
vu Jésus entouré d'innombrables ennemis. Quelques-uns le
battaient durement, d'autres le frappaient de leurs mains, et d'autres
enfonçaient les épines dans sa Tête. Il en y avait
qui disloquaient ses jambes et ses bras, le mettant presque en pièces.
Ensuite ils le placèrent tout meurtri dans les bras de la Sainte
Vierge.
Comme cela se passait à distance, la Vierge Mère, chagrinée
et en larmes, m'invitait à m'approcher en disant: «Tu vois,
mon enfant, ce qu'ils ont fait à mon Fils! Réfléchis
un peu comment l'homme traite Dieu, son Créateur et son plus grand
Bienfaiteur. L'homme ne donne à mon Fils ni repos ni répit
et me l'amène tout brisé. Médite sur les offenses
énormes que commettent les hommes en traitant Dieu de cette manière,
ainsi qu'aux terribles punitions que Dieu leur Père ne manquera
pas de leur donner.»
Pendant une vision, j'essayais d'apercevoir Jésus agonisant
et j'ai vu son Corps sanglant, plein de plaies, tout coupé et laissé
pour mort. Je ne voulais pas qu'il souffre ainsi. Je ressentais un si grand
chagrin pour lui que, si on me l'avait permis, je serais morte mille fois
pour lui et j'aurais souffert la même âpre Passion que lui.
À cette vision, j'avais honte de mes petites souffrances causées
par les démons, comparées à celles endurées
par Jésus pour les hommes.
Ensuite, Jésus, me dit: «As-tu observé les énormes
offenses commises contre moi par ceux qui marchent sur le chemin d'iniquité?
Beaucoup, inconsciemment, ont une propension pour le mal et, d'abîme
en abîme, tombent dans le chaos infernal. Viens avec moi et offre-toi
toi-même. Viens devant la Justice divine comme victime de réparation
pour les nombreuses violations commises contre cette Justice, pour que
mon Père Céleste veuille donner la conversion aux pécheurs
qui, les yeux fermés, boivent à la fontaine empoisonnée
du mal.
«Sache cependant qu'un double champ s'ouvre devant toi: un plus
souffrant et un autre de souffrances moins sévères. Si tu
refuses le premier, tu ne pourras pas participer aux grâces pour
lesquelles tu as bravement combattu. Mais si tu acceptes, sache que je
ne te laisserai plus seule et que je viendrai en toi pour souffrir tous
les outrages commis contre moi par les hommes. C'est là une grâce
très singulière qui n'est donnée qu'à quelques-uns,
parce que la plupart ne sont pas prêts à entrer dans l'univers
de la souffrance. Deuxièmement, c'est une grâce que je t'ai
promise, celle de t'élever à une gloire proportionnelle aux
souffrances que je te présenterai. Et, troisièmement, je
te donnerai l'assistance, la gouverne et le réconfort de ma Très
Sainte Mère, à qui est donné le privilège de
t'accorder toutes grâces -- même la grâce des grâces
--, dans la mesure de ta coopération. Cet immense bien te semble-il
petit? Essaie-le et tu te retrouveras élevée au-dessus de
tous les mortels.
Ainsi il me confiait à sa Très Sainte Mère qui,
avec joie, semblait m'accepter. Avec reconnaissance, je m'offrais à
Jésus et à la Très Sainte Vierge, prête à
me soumettre à tout ce qu'ils voudraient de moi.
Quand je suis revenue de cet acte de déférence envers
Dieu, où ma volonté s'était conformée à
celle de Jésus, je me suis retrouvée dans de terribles souffrances
d'anéantissement dont je n'avais jamais connu l'expérience
jusqu'alors. Je me voyais comme une misérable indigente, comme un
ver de terre qui ne sait rien d'autre que de ramper sur le sol. Pour cette
raison, je me suis tournée vers Dieu et lui ai dit:
«Aide-moi, ô mon bon Jésus. Ton Omnipotence en moi
et en dehors de moi est si lourde qu'elle m'écrase totalement. Je
vois bien que si tu ne me soulages pas, je finirai anéantie dans
mon néant. Donne-moi de souffrir, je l'accepte; cependant, je te
prie de me donner plus de force, parce que dans cet état, je sens
que je vais mourir.»
À compter de ce jour, j'eus plus de grâces et d'aide.
Les visites du Seigneur et de la Très Sainte Vierge alternaient
presque continuellement, surtout quand j'avais été attaquée
par les démons, car, plus j'étais disposée à
la souffrance, plus ils étaient furieux contre moi.
Les souffrances qui m'étaient infligées par les démons
étaient indescriptibles. Mais elles me semblent maintenant comme
des ombres, comparées aux souffrances acceptées par Jésus,
dont l'intention était d'expier et de réparer pour les très
grandes et très nombreuses offenses commises par les hommes contre
Dieu. Mais moi, qui crois en Dieu, qui tombe et me relève, qui suis
parfois dépressive, parfois consolée, je suis disposée
à souffrir pour sa plus grande Gloire et pour le bien de mon prochain,
comme Dieu le veut.
La victime poursuit sa mission en participant
aux souffrances de Jésus couronné d'épines,
pour réparer pour les péchés, spécialement
ceux d'orgueil. Début du jeûne de Luisa.
Après quelques jours, alors que je m'étais accoutumée
à être une victime, et après plusieurs invitations
de Jésus et de sa Très Sainte Mère, je me suis sentie
encore une fois sur le point de m'évanouir. Alors Jésus s'approcha
de moi et me dit tendrement:
«Mon enfant, vois comment les hommes, qui n'ont aucun amour pour
moi, me font souffrir. En ces tristes temps, leur orgueil est si grand
qu'il a même infecté l'air qu'ils respirent. Son odeur s'est
répandue partout et a atteint le Trône du Père dans
le Ciel. Comme tu peux le comprendre, cette misérable condition
a fermé pour eux les portes du Ciel. Ils n'ont plus d'yeux pour
voir la Vérité, parce que le péché d'orgueil
a complètement obscurci leur cerveau et produit la dépravation
de leur coeur. En les voyant ainsi perdus, je souffre d'intolérables
souffrances. Oh! donne-moi du soulagement et des réparations pour
les si nombreuses fautes commises contre moi. Ne veux-tu pas amoindrir
la souffrance que cette terrible couronne d'épines produit en moi?»
À ces mots, je ressentis beaucoup de honte et d'anéantissement
et je répondis immédiatement: «Mon très doux
Jésus, remplie de confusion, terrifiée de te voir perdre
ton Sang, et en t'entendant parler si tendrement, j'ai oublié de
te demander cette couronne afin que je puisse soulager ta souffrance. Maintenant
que tu me l'offres, je t'en remercie et je te prie de me donner de nouvelles
grâces pour bien la porter.»
Là-dessus, Jésus enleva sa couronne, et après
l'avoir bien installée sur ma tête et m'avoir encouragée
à bien souffrir, il disparût. Qui pourrait décrire
les atroces spasmes que j'ai ressentis en revenant à moi-même.
À chaque mouvement de ma tête, les douleurs devenaient plus
grandes. Je sentais les épines pénétrer dans mes yeux,
mes oreilles, ma nuque, et jusqu'à ma bouche, déclenchant
des spasmes, de telle manière que je ne pouvais prendre aucune nourriture.
Pendant deux à trois jours, je suis restée dans cet état
de souffrance. En m'abstenant de manger, je diminuais les spasmes. Quand
ils se calmaient et que je recommençais à prendre un peu
de nourriture pour me restaurer, mon Jésus immédiatement
et sensiblement prenait ma tête dans ses Mains et serrait. Les douleurs
étaient renouvelées et plus intenses qu'avant, et parfois
je perdais complètement mes sens et m'évanouissais.
Dès le commencement mon état de victime fut doublé
par mon inquiétude au sujet de ma volonté de souffrir pour
mon bon Jésus et par les continuels tracas causés à
ma famille qui, me voyant souffrir et se voyant incapable de m'amener à
prendre quelque nourriture, croyait que j'avais contracté cette
indisposition parce que je ne voulais plus rester à la campagne.
Ils attribuaient chaque refus de nourriture à mes caprices, ayant
pour objectif mon retour rapide en ville.
Ma nature se rebellait contre cette double souffrance. Mais comme ma
famille n'était pas une composante importante de ma souffrance,
mon Seigneur me taquinait en me menaçant de me retirer sa grâce
si j'avais du ressentiment contre ma famille.
Souffrances de Luisa provenant de sa famille. Sa grande
répugnance à ce que quelqu'un remarque ce qui lui
arrivait. Jésus voit à ce que rien ne soit remarqué.
Un soir, j'étais assise à la table et je souffrais d'une
façon qui m'empêchait d'ouvrir la bouche. Ma famille, d'abord
avec douceur, puis avec indignation, exigea que j'obéisse et que
je mange. Incapable de les satisfaire, je commençai à pleurer.
Afin de ne pas être vue ainsi, je me suis retirée dans ma
chambre, où j'ai continué à pleurer. J'ai supplié
mon Jésus et la Sainte Vierge de me donner la force de supporter
cette épreuve. Pendant ce temps, je faiblissais et, de tout mon
coeur je dis:
«Mon bon Seigneur, c'est un dur tourment pour moi de voir ma
famille si ennuyée par ce qui m'arrive, et cela pour une si injuste
raison. Ne permets pas qu'ils me voient dans cet état. Je préférerais
mourir, plutôt que de leur laisser connaître ce qui se passe
entre nous deux. Ce sentiment est si fort en moi que, sans trop que je
sache pourquoi, je ne puis m'empêcher de me cacher pour que personne
ne puisse me voir ainsi.
«Quand je suis surprise et que je n'ai pas le temps de dissimuler
mes souffrances et mes larmes, je me sens anéantie et comme si tout
mon être fondait comme de la neige dans un feu. Mon corps éprouve
alors une chaleur anormale qui me fait transpirer abondamment et qui, par
la suite, me fait trembler de froid. Ô mon bon Jésus, seulement
toi peux changer cet état de choses. Garde-moi cachée de
la vue des autres et donne à ma famille de réaliser que je
ne m'éloigne d'eux que pour prier. Et j'aimerais beaucoup, ô
mon Dieu, que ce qui m'arrive ne soit connu que de toi.»
Pendant que je me soulageais de mon fardeau par des pleurs, des prières
et des promesses, Jésus se montra à moi entouré d'innombrables
ennemis qui lui hurlaient toutes sortes d'insultes. Quelques-uns le piétinaient,
d'autres lui tiraient les cheveux, d'autres encore le blasphémaient
avec des sarcasmes diaboliques. Mon adorable Jésus semblait vouloir
se dégager des pieds puants qui l'oppressaient et il regardait autour
comme s'il cherchait un ami qui le libérerait. Je remarquai qu'il
n'y avait là personne pour lui offrir de l'aide.
Réalisant l'affront immense qui était fait à Jésus,
je pleurais beaucoup. J'aurais aimé me rendre au milieu de ces loups
enragés pour le libérer, mais je me suis rendu compte que
je n'étais pas capable, et je n'ai pas osé. Aussi, de loin,
j'ai fait de ferventes prières à Jésus pour qu'il
me rende digne de souffrir l'épreuve à sa place -- tout au
moins en partie --, et je disais: «Ah! Jésus, si seulement
je pouvais prendre ce fardeau pour te soulager et te libérer de
ces ennemis.»
Et pendant que je disais cela, ces ennemis furieux, comme s'ils avaient
entendu ma prière, se jetèrent sur moi comme des chiens enragés:
ils me battaient, me tiraient les cheveux et me piétinaient. Je
ressentais de la joie en moi, quand j'ai réalisé que, même
de loin, j'étais en mesure d'accorder à Jésus quelque
soulagement. Alors me voyant joyeuse, les ennemis disparurent. Puis Jésus
s'approcha pour me consoler, même si je n'osais dire un seul mot.
Il brisa le silence et dit:
«Mon enfant, tout ce que tu as vu qu'on me faisait n'est rien
comparé aux nombreuses offenses commises contre moi par les hommes.
Leur aveuglement les tient submergés dans les choses terrestres,
ce qui les rend sans pitié et cruels envers moi et envers eux-mêmes.
Ils ont répudié chaque vérité surnaturelle
en se donnant complètement à la recherche de l'or. Ceci les
a jetés dans la boue; et ils sont tombés dans la complète
négligence en regard de leur vie éternelle.
«Ô mon enfant, qui élèvera une digue contre
cette monstrueuse vague d'ingratitudes, qui augmente toujours dans le monde
des faux plaisirs? Qui aura pitié et me délivrera de tant
de personnes qui me font saigner et qui vivent noyés dans la puanteur
des choses terrestres? Viens avec moi et prie, pleure et offre des réparations
pour les offenses qu'ils commettent contre mon Père. Ils sont aveuglés,
sans esprit ni coeur, et ils n'ont d'yeux que pour les choses terrestres.
Ils s'opposent à moi et piétinent mes nombreuses grâces
comme si elles étaient de la boue, et ils placent tout ce que j'ai
fait pour eux sous leurs pieds mondains.
«Oh! toi au moins, élève-toi contre ce que tu connais
du monde; abhorre et hais tout ce qui ne m'appartient pas; chéris
toujours les choses du Ciel. Maintenant que tu m'as vu souffrir, ne t'inquiète
pas des blessures qui te viennent de ta famille. Il y a des insultes bien
plus grandes. Aie mon honneur dans ton coeur et fais des réparations
pour les nombreuses offenses commises continuellement contre moi. Et pense
à la perte de beaucoup d'âmes. Oh! ne me laisse pas seul avec
de si nombreuses déceptions qui me déchirent le Coeur. Sache
que tout ce que tu souffres maintenant n'est rien en comparaison de ce
que tu souffriras dans le futur. N'ai-je pas répété
plusieurs fois que je veux de toi une imitation de ma Vie. Vois comme tu
es différente de moi! Aussi, prends courage et n'aie pas peur, car
tu arriveras à trouver une manière de m'aider.»
Après ces Paroles de Jésus, au moment où je suis
revenue à moi, j'ai remarqué que j'étais entourée
de membres de ma famille qui pleuraient et qui étaient bouleversés.
Ils pensaient que j'étais sur le point de mourir et se dépêchaient
pour me conduire à la ville pour être examinée par
des médecins. J'étais incapable d'expliquer ce qui m'arrivait,
et je voyais bien que ma famille était consciente du problème
physique que je vivais et que j'allais devoir me soumettre à un
examen médical. Aussi, je pleurais et je me suis plainte à
Jésus en lui disant:
«Combien de fois, mon bon Jésus, t'ai-je dit que je veux
souffrir avec toi, mais en secret seulement! C'est ma seule joie! Pourquoi
m'en prives-tu? Oh! quand donc aurai-je la paix avec ma famille? Toi seul,
mon bon Jésus, tu peux arranger tout ça. S'il te plaît,
fais en sorte qu'ils n'aient pas à craindre autant. Ne vois-tu pas
comme ils sont tristes? N'entends-tu pas ce qu'ils disent et ont l'intention
de faire! Certains pensent d'une manière, d'autres d'une autre.
Quelques-uns veulent que j'essaye un remède, d'autres un autre.
Tous les yeux sont tournés vers moi; on ne me laisse jamais seule
et cela m'empêche de retrouver ma paix perdue. S'il te plaît,
aide-moi dans ces inquiétudes -- les unes pires que les autres --
qui me font faiblir.»
À ces paroles, mon bon Jésus me dit avec douceur: «Mon
enfant, ne sois pas attristée par cela. Comme une personne morte,
essaie plutôt de t'abandonner dans mes Bras. Pendant que tes yeux
sont fixés sur ce qu'ils font et disent à ton sujet, je ne
suis pas libre d'agir en toi comme je le veux. Ne veux-tu pas me faire
confiance? N'as-tu pas fait l'expérience de mon Amour pour toi?
Sache que tout ce que je permets qu'il t'arrive, soit par les démons,
soit par les créatures, ou sous mon action directe, est pour ton
bien. Tout est fait pour guider ton âme vers cet état final
que j'ai prévu pour toi. Pour cette raison, je veux que tu fermes
les yeux, que tu restes en paix dans mes Bras, et que tu ne regardes pas
autour pour examiner ce qui t'arrive. Tu perds ainsi ton temps et tu risques
de ne pas atteindre l'état de vie auquel tu as été
appelée.
«Ne sois pas préoccupée par les personnes qui t'entourent.
Accepte leurs silences, sois joyeuse et soumise en tout. Conduis-toi de
manière à ce que ta vie, tes pensées, tes battements
de coeur, tes respirations et tes affections soient des actes de réparation
continuels pour apaiser la Justice divine. Offre-moi tout.»
Après que Jésus m'eut enseigné cela, il disparut,
et moi je m'efforçais de faire de mon mieux pour être soumise
à la Divine Volonté. Parfois je pleurais amèrement,
parce que ma famille me plaçait dans des conditions difficiles et
m'obligeait à subir des examens médicaux. Ils décidèrent
que ma maladie n'était qu'une question de nerfs, et ils me prescrirent
de marcher, de prendre des bains froids et d'avoir des distractions continuelles.
Ils décidèrent aussi que, pendant ma période d'ajustement,
ils ne modifieraient pas mon entourage, car un tel changement pourrait
aggraver plutôt qu'améliorer ma situation.
À partir de ce jour, il s'établit une guerre de feintes
et de silences entre ma famille et moi. L'un m'empêcherait d'aller
à l'église, un autre m'enlèverait ma liberté
en étant constamment présent à la maison, un autre
me convaincrait de prendre mes médicaments, et les autres feraient
pression pour que je suive l'avis du docteur qui voulait même que
je sois gardée la nuit. Néanmoins, il était facile
pour eux de remarquer qu'il m'arrivait des choses qu'ils ne pouvaient pas
comprendre.
Après une longue période de temps, incapable de supporter
tout cela plus longtemps, je ramassai mon courage et me plaignis à
mon Seigneur: «Ô mon bien-aimé Jésus, comme il
m'est devenu difficile de supporter ma famille. La situation a atteint
un point tel qu'ils me privent de choses qui me sont particulièrement
chères. Je suis privée d'à peu près tout, même
des sacrements. Qui aurait deviné que j'atteindrais un état
où je serais incapable de m'approcher de toi dans les sacrements,
ou de simplement te rendre visite? Qui sait où cet état de
choses finira? Ô Jésus, donne-moi une aide nouvelle et ta
force; autrement ma nature va craquer.»
Là-dessus, Jésus se laissa voir et reprit vivement: «Courage,
mon enfant. Je suis venu t'aider. Pourquoi as-tu peur? Souviens-toi que
j'ai souffert par rapport à toutes sortes de personnes. Quelques-unes
pensaient d'une manière, d'autres d'une autre. Les choses les plus
saintes que je faisais étaient jugées par quelques-uns comme
mauvaises. J'étais même accusé d'être possédé
du démon. D'autres me regardaient avec mauvaise volonté et
avec des regards haineux; ils cherchaient des manières pour m'enlever
la vie. Ma présence pour beaucoup était devenue intolérable.
J'étais jugé mauvais par les méchants, alors que j'étais
une consolation pour les bons. Aussi, ne veux-tu pas devenir comme moi
et désirer souffrir, au moins en partie, les souffrances que j'ai
endurées pour les créatures?»
Et je répondis: «J'embrasse tout par amour pour toi, mon
Seigneur.»
Pendant sa vie sur la terre, il était pénible également
pour
Jésus que ses souffrances soient connues par d'autres.
Je vécus plusieurs années de cette manière --
souffrant par les démons, par les créatures, et par Jésus
lui-même qui me mettait à part pour partager ses souffrances.
Avec le temps, j'atteignis un point où j'avais honte de moi-même:
je rougissais quand j'étais vue par quelqu'un. D'ailleurs, même
à l'époque où j'étais en bonne santé,
le simple fait de rencontrer quelqu'un ou d'avoir à converser avec
les autres, y compris avec les gens de ma famille, était pour moi
un grand sacrifice. Dans cet état de souffrance, maintenant plus
que jamais, je faisais l'expérience d'embarras et de troubles stupéfiants.
Voyant que le traitement prescrit par le premier médecin était
sans effet, ma famille me fit voir par d'autres médecins, qui eux
aussi furent incapables d'améliorer ma santé. Fondant en
larmes, je dis à mon bien-aimé Jésus: «Seigneur,
ne vois-tu pas que mes souffrances deviennent plus apparentes, pas seulement
pour ma famille, mais aussi pour beaucoup d'étrangers qui, maintenant,
connaissent mon affaire? Je suis confuse et je sens que ceux qui me regardent
me montrent du doigt comme si j'avais fait quelque choses de honteux, ou
comme si ma souffrance était contagieuse. Je ne peux pas t'exprimer
la détresse que cela me cause. Qu'est-ce qui m'est arrivé
pour que ces terribles peurs me reviennent encore et encore? En fait, si
on les examine attentivement, on voit bien qu'elles sont injustifiées.
Toi seulement, ô Jésus, tu peux me libérer d'une telle
publicité et de telles appréhensions. Toi seul peux permettre
que mes souffrances restent secrètes. Je supplie ta Bonté
de m'entendre.»
En premier, Notre-Seigneur fit comme s'il ne m'entendait pas. Et ma
souffrance augmentait. Ensuite, il eut pitié de moi et dit: «Viens
à moi, mon enfant, je veux te consoler. Parce que tu souffres, tu
as raison de te lamenter. Mais rappelle-toi combien plus j'ai souffert
par Amour pour toi. D'une certaine façon, mes souffrances étaient
cachées elles aussi. Néanmoins la Volonté de mon Père
était que je souffre publiquement. Là-dessus j'ai fait face
à tous les mépris, les disgrâces et les confusions,
même d'être privé de mes vêtements: je suis apparu
nu devant une très grande foule. Peux-tu imaginer une plus grande
confusion que celle-là?
«Ma nature ressentait elle aussi ce type de confusion, mais mon
Esprit était fixé sur la Volonté de mon Père.
J'offrais cette épreuve en réparation des nombreuses indécences
commises sans broncher devant le Ciel et la terre, ces orgueilleuses ostentations
qui sont accomplies avec cran comme des actes grandioses. Et j'ai dit à
mon Père: «Père Saint, accepte ma confusion et ma disgrâce
en réparation des nombreux péchés commis effrontément
en public, et qui sont parfois de grands scandales pour les petits enfants.
Pardonne à ces pécheurs et donne-leur la lumière céleste
pour qu'ils puissent réaliser la laideur du péché
et revenir dans la voie de la vertu.»
«Et si tu veux m'imiter, n'as-tu pas aussi à participer
à ce genre de souffrances, que j'ai supporté pour le bien
de tous? Ne sais-tu pas que les plus beaux cadeaux que je puisse donner
aux âmes qui me sont chères, ce sont les croix et les épreuves
ressemblant à celles que j'ai vécues dans mon Humanité?
Tu es seulement une petite enfant sur le chemin de la croix et donc tu
te sens très faible. Quand tu seras plus vieille et que tu auras
compris combien il est précieux de simplement souffrir, alors le
désir de le faire deviendra plus grand. Pour cette raison, appuie-toi
contre moi et repose-toi, et tu acquerras la force et l'amour de la souffrance.»
Luisa doit rester au lit pendant de longues périodes.
Son impossibilité de manger devient plus manifeste.
Appelé pour une première fois, son confesseur
la libère de son état de pétrification.
Après avoir vécu six ou sept ans dans ces souffrances,
j'empirai et fus forcée de rester au lit. Très souvent, je
m'évanouissais et ma bouche et ma mâchoire se fermaient si
fort que je ne pouvais prendre aucune nourriture. Quand je réussissais
à avaler quelques gouttes de liquide, immédiatement je devais
les régurgiter en vomissant continuellement, ce qui m'arrivait toujours
pendant mes plus sévères souffrances.
Après dix-huit jours de médications sans résultat,
un confesseur fut appelé pour me confesser. Quand il vint et me
trouva dans cet état de pétrification, il me plaça
sous obéissance et m'ordonna de me libérer moi-même
de cet état de léthargie mortelle. Il fit le signe de la
Croix et m'aida à me libérer moi-même de cette maladie
nerveuse. Quand je fus guérie, il me dit: «Dis-moi ce qui
ne va pas.» Je demeurai silencieuse sur tout, mais je lui dis seulement:
«Père, cela doit être quelque chose du démon.»
Sans autre interrogation, il me dit: «N'aie pas peur, ce n'est
pas le démon. Et si c'est lui, moi, au Nom de Dieu, je le chasserai
de toi.» Alors, je récupérai la liberté de mouvement
pour mes bras et la capacité de librement ouvrir ma bouche.
Après que le confesseur fut parti, je pensai à ce qui
était arrivé et je conclus que ce qui s'était passé
était un miracle qui s'était produit par la sainteté
de ce prêtre. Je pensai en moi-même: «Si j'avais continué
dans cet état, ma vie se serait terminée en un rien de temps.
Mais me voilà plutôt engagée dans une vie nouvelle.»
Je serai toujours reconnaissante à Dieu de m'avoir redonné
la santé par la sainteté de son ministre. Je ne peux cependant
pas cacher le fait que, dans ma situation, j'étais résignée
à mourir et que, étant maintenant libre, je regrettais de
ne pas être déjà morte. Mais Jésus ne permit
pas que je meure, car il voulait compléter ses desseins sur moi.
Ainsi, en un jour, il me montra qu'il voulait que je sois une victime à
perpétuité. De temps à autre, il me ramenait à
mon ancien état, mais seulement quand j'étais seule.
Après avoir recouvré la santé, je retournai à
l'église pendant une période de temps pour satisfaire à
mes devoirs religieux. Quand je recevais Jésus dans la Sainte Communion,
il me disait quand réserver du temps pour les souffrances. Quelquefois
il désignait l'heure à laquelle il reviendrait. Parce que
mes souffrances m'étaient annoncées à l'avance par
Jésus lui-même, je ne crus pas qu'il fut nécessaire
d'en parler à mon confesseur. Car, à la seule pensée
de pouvoir annoncer à l'avance mes souffrances, je serais devenue
l'âme la plus fière du monde, même si j'étais
guidée par la sainteté de mon père spirituel. Aussi,
pendant longtemps, ma souffrance était soulagée, non par
une assistance humaine, mais par Jésus qui faisait tout.
Il arriva qu'après m'avoir fait partager ses souffrances, Jésus
ne me donna pas la capacité de retrouver mes sens par moi-même.
Ainsi, ma famille dut faire revenir le confesseur. Après qu'il m'eut
fait recouvrer mes sens, il me dit: «À partir de ce jour,
quand tu viendras à l'église, ou avant la communion, ou après
ton action de grâce, viens me voir dans le confessionnal et je te
donnerai la bénédiction pour que tu puisses te sortir toi-même
de ton état de souffrance sans que j'aie besoin d'aller chez toi.»
Une nouvelle et très lourde croix pour Luisa: l'obligation,
en tant que victime, de se soumettre aux prêtres.
Un matin, après la Communion, Notre-Seigneur me fit comprendre
que, en ce jour même, alors que je serai en complet état de
léthargie, il m'invitera à lui tenir compagnie en participant
aux souffrances que lui faisaient subir certains hommes pervers. Sachant
que mon confesseur était à la campagne, je dis à Jésus:
«Mon bon Jésus, si tu veux me transférer tes douleurs,
aie la bonté de me réanimer toi-même, car, si ma famille
voulait faire chercher le confesseur, il ne serait pas disponible.»
Le Seigneur, dans toute sa bonté, me dit: «Mon enfant,
ta confiance doit être placée pleinement en moi. Sois tranquille,
confiante et résignée de manière à ce que tout
en toi repose en moi. Cela rendra ton âme lumineuse et fera que toutes
tes passions resteront calmes. En attirant ton âme par mes rayons
de lumière, j'en prendrai possession et je la transformerai pleinement
en moi, faisant de ta vie ma propre Vie.»
Après ces Paroles, je ne pouvais m'opposer à lui et me
résignai à sa Volonté. J'offris la Sainte Communion
que je venais de vivre comme si elle était ma dernière. Ainsi,
devant le Saint Sacrement, je fis à Jésus un dernier adieu
et quittai l'église. En dépit de ma résignation, je
me sentais un peu inconfortable quand je pensais à ce qui allait
m'arriver. Aussi je pleurai et priai pour que le Seigneur me communique
des forces neuves pour me raviver si je perdais connaissance.
Ce jour-là, je fus surprise par l'attaque qui me plongea dans
cet état mortel. Ce fut une très amère, nouvelle et
extrêmement lourde souffrance pour moi. Ce fut la pire et la plus
lourde que j'avais subie jusque-là.
En entrant dans cet état de souffrances extrêmes, je me
résignai à faire la Volonté de Dieu et j'étais
prête à mourir. Voyant mon état, ma famille envoya
chercher un prêtre -- autre que mon confesseur habituel qui était
absent. Ce prêtre, je le dis dans la charité, qui pouvait
avoir l'intention de m'aider, refusa de venir à la maison. Ainsi,
pendant dix jours, je fus dans cet état de pétrification
mortelle, mais sans mourir. Finalement, au onzième jour, le confesseur
que j'avais eu pour ma première communion vint. Il me réanima
comme mon autre confesseur le faisait.
De cet événement, je compris deux choses: ce n'est pas
seulement la sainteté des prêtres qui réanime mes sens,
mais le pouvoir de Dieu lié au sacerdoce de ses ministres. Deuxièmeme